MALESHERBES NOMMÉ MINISTRE
ces vaines paroles qu'il répétait autrefois : a Si le rai le savait! » Tout le monde commençait à comprendre que le roi n'était qu'un prétexte, qu'un bouclier destiné à masquer des convoitises; et la manière dont le clergé accueillit la nomination de Malesherbes, ne pouvait que confirmer l'opinion publique dans ses défiances. « Le clergé, dit un journal, est fort alarmé de voir M. de Malesherbes succéder au duc de La Vrillière... Les liaisons intimes de ce nouveau ministre avec M. de Turgot font craindre au corps épiscopal que ce dernier ne soit étayé de l'autre au Conseil, pour faire passer divers projets tendant au détriment du clergé, d eta de la religion conséquemment, » ajoutait-il avec une pointe d'ironie.
Voltaire, transporté de joie à l'annonce du choix Joie de. yoitai de Malesherbes par le roi, s'écria : <r La France est- de\iT™8ii«î elle assez heureuse pour que M. de Malesherbes soit ^'îl^e pûbï dans le ministère? Voilà donc de tous côtés le règne de la raison et de la vertu. Je vois qu'il faut songer à vivre. » Le choix <l que le roi a fait de M. de Malesherbes, écrit un journal, fait honneur à la droiture de son cœur et confirme son aversion pour la flatterie. » Quand le nouveau ministre parut à l'Opéra, un murmure d'approbation parcourut la salle, et la présence de la reine empêcha seule qu'il ne se traduisit en bruyants applaudissements.
La reine avait reçu froidement Malesherbes la prc- opinion puw miere fois qu il s était présente devant elle, mais ses duciergé sentiments de bienveillance reparurent à la seconde dri^c^" entrevue qu'elle eut avec lui. Il ne pouvait en être * ^""^'^^ " de même du clergé, qui se sentait en lutte avec l'opinion publique et craignait un ministre disposé aux
réformes. La nation, préoccupée des impôts, accueillait tous les projets qui avaient pour but de les rendre moins lourds en les étendant sur tous les Français indistinctement. Le clergé, par ses richesses, attirait non-seulement ses regards, mais excitait ses instincts de justice. Parmi les projets multiplies qu'on présentait au gouvernement pour la reforme des finances, il en est un qu'on voudrait voir réaliser, dit un journal, à la date du mois de mars 1775, celui « de vendre les biens du clergé pour subvenir aux besoins du royaume, ce qui ne serait point en dénaturer la destination, puisque c'est le patrimoine des pauvres; d'assurer à cet ordre des revenus fixes, proportionnés à la dignité des membres, mais bornés. y>
 peu près à la même date, les protestants de la Guyenne demandaient au roi, dans les termes les plus pressants, la liberté de conscience ; ils invoquaient leur titre de citoyens fidèles, produisant des certificats de la noblesse du pays qui attestaient leur patriotisme, et ils sollicitaient la rentrée en France de leurs coreligionnaires, si cruellement proscrits. A cet apjpel à Louis XVI, qui était du 3 février, le ministre La Vrillière répondait en renouvellant, le 1®' mars, pour trois années, la défense « aux sujets de la religion prétendue réformée X) de vendre sans permission leurs biens meubles et immeubles.
i farii Turgot, qui avait le sentiment du mouvement des rTupgot, esprits, et pressentait l'impression fausse que pour- ^'' rait donner à un jeune homme pieux la réunion prochaine de rassemblée générale du clergé, s'était