‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 36 sur 95 · BAIL DES POUDRES · texte numérisé non relu

BAIL DES POUDRES

cette noble résolution , et son ministre , vivement préoccupé des aspirations de l'opinion publique et des dangers que peut courir un État, quand les esprits s'exaltent, avait continué avec ténacité la réalisation des réformes qu'il méditait.

Examinant, les unes après les autres, les récla- ^ ?;^«"

^ *^ bail des

mations qui s'élevaient contre les privilèges oné- ^ m reux aux populations, Turgot avait été amené à étudier lé droit donné aux salpêtriers de fouiller non-seulement les écuries, les granges, les bergeries, pour récolter les matières dont ils avaient besoin, mais les salles basses des maisons. Les communautés où ils] s'établissaient étaient obligées de leur fournir des voitures, le logement gratis et des bois à vil prix. Ces exigences, qui coûtaient aux seuls villages de la Franche -Comté soixante-neuf mille livres par an, l'amenèrent à examiner comment était fournie à l'État et aux particuliers la poudre, cette matière si indispensable à la défense d'une nation. La compagnie qui avait traité avec le ministre des finances n'était inspectée par personne, car le commissaire délégué pour ce service était un des fermiers, généralement celui qui avait le plus gros intérêt dans l'entreprise. La compagnie devait fournir annuellement un million de livres de poudre aux arsenaux ; et si, par suite dune guerre, l'Etat en consommait trois ou quatre millions, c'était à lui à se pourvoir comme il l'entendrait, la compagnie ayant satisfait à ses obligations. En temps de paix, si les arsenaux ne demandaient que cinq cent mille livres par an, la compagnie percevait toujours six sous par livre de poudre sur un

atO LIVRE TROISIÈME.

million de livres. La compagnie avait Tobligation de prendre le salpêtre aux salpêtrières du roi au prix de sept sous la livre. Mais, comme le prix du salpêtre, fixé depuis quarante ans, avait augmenté, le gouvernement dédommageait les salpêtriers des pertes qu'ils faisaient, en leur donnant cinquante à soixante mille livres annuellement. Pendant la guerre ces gratifications s'étaient naturellement beaucoup augmentées. Il s'ensuivait que le roi, pour avoir la poudre à six sous la livre, au lieu de douze qu'elle coûtait à la compagnie, payait en indemnité, tant à la compagnie qu'aux salpêtriers, quatre-vingt-dix-sept mille livres annuellement, et pour parfaire les salaires encore insuffisants des salpêtriers, livrait les populations à leurs exactions. Les fermiers des poudres, qui trouvaient leur matière première à un prix avantageux dans l'Inde, la faisaient venir de ce pays, et les salpêtriers, se promenant de village en village, payés par les habitantspour aller porter le fléau de leur présence plus loin, n'extrayaient plus que dix-huit cents milliers de salpêtre au lieu de trois millions cinq cent mille qu'ils trouvaient en France vers les dernières années du siècle de Louis XIV.

Turgot établit une régie pour la confection de la poudre où entra le fameux chimiste Lavoisier, envoya des savants étudier les causes du bas prix du salpêtre dans l'Inde, répandit des instructions pour créer des nitrières artificielles, et, débarrassant les populations d'intolérables vexations, retira au profit de l'État un revenu de plus de huit cent mille livres au lieu de cinquante-trois mille livres qu'il percevait.

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