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trononne nécessaire à la direction des vaisseaux, et a va it recueilli un nombre considérable d'observations nautiques, [..es questions commerciales lui étaient aussi familières que les questions d'organisation administrative^ et depuis longtemps ses opinions se trouvaient arrêtées^ sur le gouvernement des colo-: nies. A vingt-trois ans, en 1750, quatorze ans avant les premières résistances des Anglais de rAmérique cootrè leur mère patrie, il disait, en parlant des Phéniciens : a Les colonies sont comme les fruits, qoi ne tiennent à l'arbre que jusqu'à Hixv maturité* Devenues suffisantes à elles-mêmes, elles firept ce que fit depuis Car Aiage, ce que fera un jour l'Ame* rique. * .
Affermi par la rcflexioû dans cette première appréciation, il ne regardait ces établissements l(»fltains que comme un moyen de procurer un asile et^u: travail à la population surabondante d'un État, etimemploi à des capitàu)! qui n'auraient pas leur ptooemesntdan^rexploitationde^ terres et le com^ mwcéi'un.pays^. Les colonies, suivant lui, ne pouvaient être; que des sociétés liées par la reconnais^ sai^; par. le langage et par les^ lois au peuple qui leg:avaitjfôrmées> Pour que la mère patrie pût profiter Ae leur fondation, elle devait leur faciliter les moyens d'arriver à la plus grande prospérité possible, n'avoir avec elles de relations que celles des bienfaits;, ne pas., craindre le développement de leur puissance. Des colonies faibles^ disait-il souvent, ne sont qu'un fardeau pour un État ; elles sont, comme déjeunes; enfants, une charge pour une famille. Faire cooime lés Anglais d^ colonies puissantes et vouloir
les gouverner arbitrairement, c'est à la fois une imprudence et une injustice. Retenir les colonies dans un état de faiblesse comme font d'autres nations pour pouvoir conserver l'autorité de la mère patrie, c'est imiter un père qui énerverait le tempérament de ses enfants par un mauvais régime, pour les maintenir dans sa dépendance.
Flippé devoir les vaisseaux français revenir à un prix plufl^éleyé que ceux de l'Angleterre et les bâtiments de U flolle anglaise plus chèrement payés que ceux d'un simple armateur, il s'occupa de suite de cette question capitale pour la puissance maritime de sa patrie. Il commença par organiser une surveillance exacte sur ce qu'on appelait les officiers de plume, pour arrêter de grands abus dans un temps, comme dit un de ses collaborateurs^ ce où tout étai^ abus et où le relâchement des mœurs avait été tel qu*aucuBe fourniture et peut-être aucune inspection de fournitures n'en avaient été exemptes. » 11 soumit ces officiers de plume à rinspection des officiers de guerre, sans cependant mêler ces militaires aux marchés et aux maniements d'argent, de peur d'exposer la valeur aux tentations de la cupidité. Les militaires, disait-il, ne doivent être guidés que par l'honneur; leur ouvrir une porte où l'intérêt pourrait se glisser, ce serait affaiblir quelquefois leur courage.
Tout en sentant qu'il était nécessaire pour l'État d'avoir des magasins approvisionnés pour la réparation des flottes et la multiplication des vaisseaux en cas de guerre, il prit des mesures pour faire construire des navires erj Suède, d'après les plans et sous la direction de constructeurs français. 11 comp-
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tait procurer ainsi une économie des deux cinquièmes sur les deux tiers des constructions navales exécutées pour l'État.
La question de Tcsclavage des noirs le préoccupait, autant au point de vue de la niorale que de l'intérêt bien entendu de la société. II ne croyait pas impossible la culture des contrées tropicales par des nègres libres et même par des Européens ; mais, avec sa prudence et son esprit de justice, il pensait que la liberté même no devait pas être donnée despotiquemcnt. Il comptait améliorer le sort des esclaves, réprimer les abus d'autorité, favoriser les affranchissements, et, au moyen de concessions de terres accordées sous la condition de ne les cultiver qu'avec des travailleurs libres, diminuer insensiblement la population asservie des colonies. Il ne pouvait pas, après avoir prédit vingt-quaire années avant la séparation de l'Angleterre de ses colonies, ne pas sentir que cemoment approchait et que la France serait tôt ou tard entraînée dans la lutte qui commençait. Dans ce cas, qu'il regardait comme malheureux, il croyait que c'était en attaquant la puissance anglaise dans les grandes Indes qu'on la contraindrait d'accepter la liberté des Américains. Ses projets, éloignés de tout esprit de conquête, l'avaient amené à étudier le commerce de la France avec ces riches contrées. Frappé des longueurs d'une navigation directe d'Europe dans l'Inde et la Chine, il rêvait de faire des îles de France cl de Bourbon des ports absolument francs, déchargés de tout impôt, ouverts à toutes les nations. Il pensait qu'en établissant, dans ces îles, la liberté de con-
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science avec celle du commerce , il pourrait y fixer des négociants français qui regrettaient encore la patrie, dont ils avaient été chassés par les persécutions religieuses. Il comptait pouvoir y amener des . colons indiens et chinois, qui, malgré les entraves mises à leur émigration, formaient une ville à Batavia. D'après son plan, l'île de France serait devenue l'entrepôt du commerce établi entre l'Asie et l'Europe, et des vaisseaux partis de l'Angleterre, de l'Espagne ou de la France, déposant leurs marchandises dans son port, auraient pu exécuter leur aller et leur retour en une année, au lieu de faire leur voyage en deux ans. Cette conception était sur le point d'être réalisée, le gouverneur des îles de France et de Bourbon était déjà nommé, les instructions qui devaient lui servir de guide rédigées, quand Turgot fut appelé chez le roi, le 24 août 1774 \ ntrigues pro- La destructiou des parlements, en 1771 , avait lésé
▼oquées par
lestnictiondes Ics intérêts pccuniaires et honorifiques d'une foule Tn^TL^ de familles, et donné naturellement lieu à une explosion de colères et de récriminations passionnées. Le prince de Condé soutenait les magistrats renvoyés, à cause des amis et partisans qu'il avait parmi eux; le duc d'Orléans en faisait autant par suite de rinfluence de madame de Montesson, et une foule de personnes désintéressées appuyaient les regrets de ces familles puissantes, soit par crainte de voir désormais le pouvoir royal livré à ses caprices sans
* Mémoires, de Morellet, tome !, p. 224, 311.^ Mémoires secrets ti' Augeard, page 87.^ Lettres inédites de Voltaire, publiées par de Cayrol» 1856| in-S", tome lï, p. 359.— Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgot, tomel, p. t2l et suiv.. 126 et suiv., 130 et suiv., 134, 136 et suivantes. — OEutres de Turgot^ tome I, p 602.
DESTRUCTION i>Ë8 PAHLbMENTS en 177 i HO
aucun contradicteur sérieux, soit par suite de ces attachements étranges et incompréhensibles qui se ' produisent chez certaines personnes en faveur des grandeursdéchues, que ce soient des individus ou des corps judiciaires ou administratifs. La but de ces opposants à la mesure prise parMaupeou, fut immcdiatemeiit d'empêcher qu'elle ne devint défmitive par Tacceptation que les magistrats rcRvoyé^ auraient faite du prix de leurs charges. Parmi ces personnes dévouées aux parlements, se trouvait le fer* mier général Augeard, fils d*un intendant de la maison d'Orléans du temps du Régent, et dont une nièce avait épousé le président Lamoignon. Augeard soutint de son argent le président Lamoignon, qui avait été exilé dans le Forez, et établit avec lui une correspondance suivie au moyen de ses employés, de manière à tromper la vigilance de la poste et les espions (iu chancelier. Le duc d'Orléans, maîtrisé par madame de Montesson, qui Tétait elle-même par la présidente deGoprgues, sœur de Lamoignon, chargea Augeard d'assurer les magistrats de ses sympathies, en lui disante qu'il ne voulait se mêler de leur affaire que par l'intermédiaire de Lamoignon et de son cousin Malesherbes, le président de la cour des Aides. Augeard voyait depuis quelque temps Malesherbes plusieurs fois par semaine, quand un jour du mois de février 1771, Malesherbes, le remerciant avec effusion de son généreux dévouement à son cousin Lamoignon, lui dit :
<£ Vôiusétes trop bon ami, trop loyal, pourquQJe conversation ne m'ouvre pas entièrement à vous. Vous êtes donc *°g?nérafAu-^'^ enchanté de la conduite du Parlement? — Je la «^^'^ ''
SîrieMTT^i*' '^^"v® sublime et remplie de courage, répliqua Augeard. -^ Cela est vrai, mais elle n'est pas irréprochable, reprit Malesherbes. — Que peut-on lui reprocher? — Écoutez- moi... Si cette cour de justice avait eu une marche plus franche, ce ne serait point elle qui serait exilée, mais le chancelier; elle a un esprit de corps qui la perdra, et nous tous, et même la royauté... Vous êtes un très-bon citoyen, un très-bon Français, mais, sur le droit public, vous êtes dans la plus grande ignorance, et vous la partagez avec vingt-quatre millions d'habitants. Au surplus, c'est une grande question de savoir s'il est intéressant, pour la puissance royale et le bonheur des peuples, de trop les éclairer sur cette matière ; ce qu'il y a de certain, c'est que le chancelier fait la plus grande faute possible en administration et en politique vis-à-vis du roi et de ses successeurs : li élève et suscite un problème dont la solution peut un jour changer la constitution du royaume, et même la dynastie... le parlement de Paris n'a pas plus de droits en matière d'impôt et d'emprunt que les parlements de Pau, de Bourgogne, de Bretagne, de Languedoc, etc.. Tout le royaume est un pays d'États, à la différence seulement qu'il y existe des provinces dont les représentants s'assemblent périodiquement, et les autres à la volonté du roi, qui seul a le droit immémorial de les convoquer et de les dissoudre; mais il n'est nul prince, ni seigneur sur terre, qui ait le droit et le pouvoir de faire aucune levée d'argent sur ses sujets sans leur consentement. Le parlement de Paris n'est que la cour de justice du roi, provisionnée et gagée par lui ; elle n'a d'autre pouvoir
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que celui qui lui est attribué et circonscrit dans un ressort quelconque par le souverain; et si, par gloriole ou par d'autres motifs encore plus coupables, elle n'avait pas voulu tenir à ce prétendu droit d'enregistrement en matière d'impôt, elle n'aurait pas été, pendant ce règne, exilée quatre fois... Le Parlement a toujours été mené par dix ou douze intrigants, plus habiles que les autres, qui s'embarrassaient fort peu de ce qui arriverait au corps et à rÉtat, pourvu que leur ambition désordonnée et leur avidité en fait d'argent fussent rassasiées... — Mais, monsieur, reprit Augeard, que vouliez -vous donc que fît le Parlement lors de l'envoi de l'édit de décembre 1770? — Il fallait, continua Malesherbes, que le Parlement... discutât et mît dans le plus grand jour le piège caché adroitement dans les termes amphibologiques de cet édit, et ne point faire de remontrances au roi, mais lui adresser une lettre cachetée et remise en main propre... Cette lettre... aurait remercié Sa Majesté de sa bonté d'avoir bien voulu remettre le Parlement à son ancienne institution, c'est-à-dire à une simple cour de justice... que désormais, en matière d'emprunt et d'impôts, il devait s'adresser à ses sujets, suivant les moyens les plus sûrs que lui dicterait sa sagesse... Si le Parlement eût pris celte attitude, il aurait reconquis la haute considération dont il jouissait au commencement de ce règne... Voyez le peu d'intérêt que les peuples prenaient à leur exil : la Franche-Comté reproche à son Parlement la perte de ses États, ainsi que la Normandie, et même la province d'Auvergne, qui, depuis 1651 n'a point été assemblée, parce que celui
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de Paris lui a enlevé ses droits en enregistrant les impôts sans leur consentement légal. Vous êtes trop loyal, trop bon Français, ajouta-t-il, pour que j'aie quelque chose de caché pour vous. Je vais vous lire les remontrances de la cour des Aides que j'ai faites, et qui paraîtront dans quatre semaines. Je suis certain d'être au moins exilé, mais rien ne pourra jamais m'empêcher de faire parvenir la vérité au trône. » iten"den?pa8 L'csprit rcstc coufondu devant ces propos singu- . instituteurs |iers. Qu'a douc appris Malesherbes dans la pratique
mr saroir le *^ «^ * *,
mt qu'elles dcs hommcs, s'il pense qu'une simple lettre remise * dans les mains de Louis XV aurait détruit l'influence de ses conseillers, et arrêté la marche d'un gouvernement dilapidateur? Comment concilier ses prévisions de l'avenir, qui lui font craindre la destruction possible de la constitution de la France et de la dynastie royale, par suite des changements opérés par Maupeou, avec le conseil qu'il aurait fait donner au roi par les magistrats? Il croit que la France sera ébranlée parce que Maupeou a changé ce qu'il appelle de simples cours de justice provisionnées et gagées par le roi, et il ne se rend pas compte de l'agitation que produirait dans le pays un appel à la nation entière, quelle que soit la forme de cet appel ! Comment peut-il dire, à propos de droit public, que c'est une grande question de savoir s'il est intéressant pour la puissance royale et pour le bonheur des peuples de les trop éclairer sur cette matière? Les nations n'attendent pas des instituteurs pour comprendre de pareilles choses : la souffrance, les nécessités de l'existence, la conscience humaine, tout les pousse vers des idées qui naissent spontanément dans
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une foule d'esprits à la fois. Les nations sont comme des fleuves qui creusent eux-mêmes leur lit, et dont on ne peut changer le cours.
Trop inférieur à Malesherbes pour avoir, comme lui, une sorte de vision obscure sur les dangers de l'avenir, Augeard applaudit sans réserve aux remontrances qui lui étaient lues. Plein d'une candide créance dans la puissance des mots et de la tradition, il parla des arguments mis en lumière par Malesherbes à plusieurs avocats, comme d'une découverte toute nouvelle pour lui et pour eux, et son attachement fanatique pour les parlements s'en accrut.
Peu de jours après l'exil de Malesherbes, parurent p»t)te8tation les protestations des princes, le 4 avril 1771, contre ladwmictj les décisions prises par le chancelier. Le duc d'Or- *'SS^a léans avait obtenu que Lamoignon fût rapproché de ^^çK^di Paris, et que son exil dans le Forez fût converti en '''^^ ^®" un exil à sa terre de Basville, non loin de Malesherbes. Il y arriva abattu, découragé. L'affaire est finie, disait-il, du moment que le roi, par le conseil du chancelier, a trouvé mon état destructible. Je ne veux plus y rentrer. Il serait fou de penser à une restauration quelconque, tant que le ministère sera lié si étroitement. — La coalition des ministres, répliqua Augeard plein d'ardeur, serait facile à dissoudre en donnant au duc d'Aiguillon la preuve de la perfidie et de la scélératesse de Maupeou vis-à-vis de lui, lors de son procès. Peu de jours après, ayant trouvé un nommé Commarieu, qui était, dit-il, ce l'âme damnée du duc d'Aiguillon, j) l'infatigable Augeard chercha à brouiller, par ses révélations, le chanchelier avec
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d'Aiguillon, et à nouer des relations entre le duc d'Orléans et ce dernier.
Pendant ces allées et venues, Tabbé Terrai enleva, par une déclaration du 10 juin 1771, aux engagistes ce qu'on appelait leur engagement sans remboursement*. Il donna l'ordre à Augeard de mettre de suite à exécution sa décision dans son département, dont dépendait l'Orléanais. Cela va enlever six cent mille livres de rente au duc d'Orléans, répondit le fermier général surpris, a La meilleure manière de faire lever les protestations de ces messieurs-là, répliqua Terrai, c'est de leur couper les vivres. 11 convient bien à des princes du sang de se mettre en état de révolte vis-à-vis de celui qui les fait vivre ! » Le duc d'Orléans arriva à Paris très-déconcerté de celte nouvelle, ce II faut donc que je renvoie les l'œuvre do t^QJg quarts de ma maison, disait-il. y> il demanda, consolidée, sur Ic couscil d'Augcard, du temps pour se mettre en règle, espérant pouvoir revenir à la cour par l'entremise du duc d'Aiguillon, ce qui lui permettrait de défendre lui-même ses intérêts. Mais ce ministre voulait que le prince retirât ses protestations et plantât là, comme il le disait, la maison deCondé. Le duc d'Orléans ayant refusé, Maupeou fit rentrer les Coudés à la cour, ce qui adoucit de suite le duc d'Orléans, qui fut, dit Augeard, « dans une furieuse inquiétude de voir la maison de Condé à la cour et
^ L*engagement des domaines de la couronne élait un contrat par lequel Ir roi cédait à quelqu'un un immeuble dépendant de son domaine. Le domaine de la couronne étant inaliénable de .<;a nature, les actes par lesquels le roi cède une portion de son domaine ne sont considérés que comme des engagements avec faculté de rachat. (Encyclopédie méthodiqve. Art Engagement.)
Les princes ivienoeot à la cour :
MAURIi:PAS SE iOUË DU ROI. 425
la sienne à l'écart. » Ces deux chefs de l'opposition essayèrent vainement d'empêcher les magistrats de se faire liquider, en leur annonçant qu'ils allaient à Versailles négocier le retour du Parlement. Les magistrats acceptèrent, les uns après les autres, le prix de leurs charges, et, dans le milieu de 1773, Lamoignon, d'accord avec le duc d'Aiguillon, était prêt à rentrer dans le parlement nouveau avec quatrevingts de ses anciens collègues. L'œuvre de Maupeou, compromise au début par les choix précipités qu'on avait été obligé de faire pour peupler les nouvelles cours, allait donc être affermie par le retour de juges connus et respectés, quand s'ouvrit un nouveau règne * .
Etant de retour à Versailles depuis cinq à six jours, conversation de et n'ayant pu, par conséquent, se rendre compte etd^iugSîd, que d'une manière bien vague de la portée des dé- **'""*"*• Gisions importantes prises pendant ses dernières années d'exil, Maurepas eut néanmoins de suite un parti pridsur les affaires des parlements. Il pria h . marqilisB.d'Amezague de lui envoyer son neveu, et, à pefrte ^At^eard était-il dans son cabinet, qu'il lui demanda: dfite mettre au fait des détails de la révolution opérée dpiAs la magistrature. Augeard raconta, en plusieurs séances, ce qu'il avait fait, ce qu'il pensait des divers personnages qui avaient joué un rôle, et quand il eut Hni, Maurepas lui dit : ce J'ai besoin absolument de vous ; mais la moindre indiscrétion de votre part ou de qui que ce soit, peut vous perdre
« Mémoires secrets d' Augeard, pages 37 et suiv., 41, 46, 49 et suiv., 54, 57, 62 et suiv., 68,70, 75 et suivantes.— Journai historique de laréwLulioii opérée par Maupeou. Londres, 1776, in-i2, tome 1, p. t54, 178, 183, 191, 206, 210, 234, 238, 244, 260, 2G4.
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et même mon existence. Le roi abhorre les parlements. Il est buté contre eux encore plus que son grand-père. Le chancelier vient de lui remettre un mémoire capable d'augmenter encore son avei*sion. Quant à moi, voici ma profession de foi : Sans parlements, point de monarchie. Ce sont les principes que j'ai sucés du chancelier Pontchartrain ; mais je n'ose pas prendre sur moi d'en faire l'ouverture au roi, ni même de lui parler en manière quelconque des parlements. Dites au duc d'Orléans que je le servirai de cœur^ mais que la moindre petite indiscrétion ferait tout manquer. Il faut que ce prince commence par demander au roi une audience particulière, sans que sa lettre en contienne le motif. Le roi m'en parlera ; je feindrai d'ignorer cette démarche, j'aurai l'air cependant, vis-à-vis de Sa Majestés do croire que l'audience qu'il demande pourrait avoir pour motif l'affaire des parlements; et, quoique j'affecterai la plus grande impartialité, jMficlinèrai pour que l'audience ne soit point refusée, en représentant à Sa Majesté qu'H ne serait pas décent de ne pas écouter le premier prince de son sang, ayant surtout le double de son âge ; j'observerai surtout au roi de n'entrer avec lui dans aucun détail, sous prétexte que, manquant d'instructions à ce Sujet, il se-^ rait à craindre qu'il ne donnât au duc d'Orléans trop de prise sur lui. Je lui conseillerai de se contenter de demander à ce prince un mémoire par écrit pour soutenir la cause des parlements, non par des lettres de cachet, mais par de bonnes et valables raisons que lui fournirait sans doute son chancelier. ï>
Le mémoire du duc d'Orléans préparé et présenté.
MAURKPAS SE JOIÎE 1)1 ftOI. ^27
fut communiqué par le roi au chancelier, qui y répon- iodi8(sréttoti î dit. L'affaire se conduisait en silence, quand une in- *®c^^?J^* discrétion du duc d'Orléans à madame de Montesson ""*• faillit tout compromettre. Maurepas, effrayé, envoya chercher Augeard, et lui dit, dès son arrivée dans son cabinet : a Le duc d'Orléans a bavardé ; l'affaire est manquée ; le roi m'a soupçonné de m'entendre avec lui; Je peux mettre fin à tout cela. Je serais compromis et je n'avancerais à rien. i> Âugeard, plus ardent et phis ferme, combattit son découragement au nom de ce qu'il appelait le& intérêts de la France, ce Je n'ai plas qu'un seul moyen pour ôter au roi toute espèce de soupçon j reprit Maurepas, c'est d^exiler ]e duc d'Orléans. Demandez-lui si cela lui convient, sinon je ne me mêle plus de rien. » Le duc d'Orléans y consentit, et il fut exilé ainsi que son fils^ le duc de Chartres, sous prétexte qu'ils n'avaient pas voulu assister au service ordonné pour le roi défunt à cause de la présence du nouveau parlement.
«c Cet exil, ajoute Augeard, fit tout l'effet que M. de Maurepas pouvait désirer et attendre. « Gelae^ vrai pour lé roi, qui fut complètement dupe de son^ ministre, car la reine écrit à sa mère, à la date du 30 juillet 1774 : <ic Je suis .fâchée de la disgrâce des ducs d'Orléans et dé Chartres, parce que je voudrais qu'il n'y eût plus de brouille... Le roi ne pouvait pas les laisser à la cour, du moment où ils refusaient d'allerau service de son grand-père. » Le public était moins crédule, il s'étonna de voir les ministres ne pas cesser leurs relations avec les princes exilés, et en conclut que leur éloignemént de Versailles pourrait n'être « qu'un jeu. »
128 LIVBE PRii:MiË(\.
Inquiétudes Lcs fcuiUes nouvclles traitaient continuellement
68 magistrats ^
nouTeaux; la Qucstion (lu Tuppcl dcs ancicns parlements. Tantôt
[anpeou remet ,, . . i i / • » « i
un mémoire oUes annonçaicnt que le cierge, qui s oppose a leur juiûeiTiVi. retour, avait fini par vaincre les incertitudes du roi par l'influence de madame Adélaïde ou de madame Louise ; tantôt elles parlaient du triomphe probable des partisans de Tancienne magistrature. La cour de justice de Paris, inquiète des bruits qui circulaient, s^assembla, dès les premiers jours de juillet, pour délibérer sur l'avenir qui lui était réservé, et faire cesser des incertitudes qui troublaient le cours de la justice. Le chancelier, auquel avait écrit le premier président, M. de Sauvigny, ne put que mettre les lettres qui lui étaient adressées sous les yeux du roi, et transmettre de. sa part des paroles banales qui ne devaient pas plus rassurer les magistrats sur les intentions du monarque qu'il ne l'était lui-même. Devinant à Tair embarrassé de Louis XVI les pensées qui dominaient chez lui, et trop fier pour entrer en explication avec Maurepas, le chancelier crut de son devoir d'éclairer un jeune homme sur les pièges qu'on lui tendait. Il rédigea un mémoire concis et parfaitement motivé sur la question des parlements, et, se présentant chez le roi, il le lui remit en lui disant : ce Sire, voilà le court exposé de ma conduite et des causes qui l'ont nécessitée ; Tautorité royale était sans cesse compromise, il fallait lui rendre son énergie ; je désire, pour le bonheur de Votre Majesté et celui de ses peuples, qu'elle en soit convaincue. »
Grande fut la perplexité de Louis XVI à la suite de la lecture de l'écrit de Maupeou, il ne savait quelle