‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 44 sur 95 · LES DÉPENSES DE LA COUR EN · texte numérisé non relu

LES DÉPENSES DE LA COUR EN

Dauphin. La comtesse de Breugnot devait recevoir sept mille cinq cents livres annuellement, parce qu'elle avait été sous-gouvernante de la princesse de Piémont ; la marquise de Vintimille et la comtesse de Ronnac chacune quatre mille livres, pour l'avoir accompagnée à son départ de la France. La nourrice de cette princesse recevait six mille livres de revenu, et sa fille douze cents livres. La gratification annuelle de quatre mille livres accordée au chevalier d'honneur de la reine, le comte de Tavannes, était augmentée de huit mille livres, et le chevalier de Luxembourg, capitaine des gardes du corps, avait quarante mille livres de gratifications annuelles, parce que Sa Majesté avait voulu lui a donner des marques de son affection et récompenser ses services, jusqu'à ce qu'il lui ait plu de lui donner un gouvernement d'un revenu plus fort ou au moins égal. j> A peine quelques-unes de ces pensions avaient-elles pour prétexte des services rendus au public, comme celles de deux à trois mille livres données à des procureurs généraux en fonction, telle que l'augmentation de six mille hvres accordée au premier président de la Cour des aides, Barentin. II suffisait, pour engager une dépense, d'invoquer l'apparence d'une libéralité qui ne coûterait rien au trésor, ou pour empêcher la réalisation d'une économie présente, d'en décréter une pour l'avenir; ainsi le premier président d'Aligre obtint l'assurance de prélever vingt mille livres de pension sur le traitement de sa charge, lorsqu'il la quitterait, comme si son successeur, privé de ce revenu, ne devait pas plus tard demander une compensation, toujours prise sûr les

recettes de TÉtat. Il avait été décidé que le Bureau de la ville de Paris, qui payait un traitement de quarante mille livres au gouverneur, n'en donnerait, désormais, à ses successeurs, qu'un de quinze mille. Quand le roi choisit le duc de Cossé pour remplacer son père, le duc de Brissac, la faveur dont ce seigneur était l'objet fut un prétexte pour lui en donner une nouvelle, toujours aux dépens des contribuables, a Sa Majesté, écrit le ministre, le 18 février 1775, à l'intendant La Michaudière, a jugé qu'il était de sa justice de le faire jouir des mêmes avantages que son père, et de lui attribuer les quarante mille livres annuelles. Sa Majesté maintient la réduction à quinze mille livres pour le successeur du duc de Cossé. »

Durant l'année 1775, le chiffre des pensions atteignit plus de trois cent mille livres (quinze cent mille francs de notre temps), et celui des brevets de retenue dépassa deux millions trois cent mille livres (onze minions cinq cent mille francs de nos jours). Parmi ces brevets, il y en avait d'indispensables, comme celui de quatre cent mille livres donné à Malesherbes, en compensation de pareille somme, qu'il était obligé de payer à La Vrillière, le roi a ne voulant pas que ladite somme tombe en pure perte pour ledit sieur de Lamoignon ou sa famille, s'il venait à se démettre ou à décéder. » Les quarantedeux mille livres de pension données à La Vrillière par Louis XV, avec un brevet de retenue de huit cent mille livres, se trouvaient augmentées d'une nouvelle pension de soixante mille livres, et le duc de Cossé, déjà favorisé comme nous l'avons vu, recevait encore un brevet de rétenue de cent mille livres à payer

LES DÉPENSES DE LA COUR EN 1775. âbS

par celui qui lui succéderait comme gouverneur de Paris \

Quoique Louis XYI eût manifesté ne pas vouloir Mariage de donner de fêtes à la cour, à i^occasion du mariage ciotude,^ de sa sœur Clotilde avec le prince de Piémont, et '^riiîS^i qu'il eût fait écrire au prince de Condé qu'il voulait ^^a^uJ désormais la plus grande économie dsûfis la ëonduite des princesses aux frontières ou à leur arrivée en France, le mariage d'une sœur de roi était toujours une occasion de dépense considérable. Les lUuùiinatiens de la ville dé Paris, les maisons de bois à construire au pont de Beauvoisin, renvoi de meiibles pour lès meubler, les gratifications à donï4èr aux femmes et offiders qui devaient accoiiipagifier la prîncesse, et une dot de trois millions payée pour elle, tout devenait une charge pour deâ finartcéS assez obérées pour que les musiciens du roi fussent obligés de solliciter le paiement de traitements arriérés depuis quinze mois. La Vrillière, en rtjclàmattt pour'éùX auprès du contrôleur général^ lui fit remarque^ que > . . a leur position était très-triste, la majeure {)artie n'ayant uniquement que ce secoure pour se soutenir avec leur famille. »

La naissance d'un fils au comte d'Artois, le duc Naustnce

-tiâ «A •# 1. *!• dacd'Angoul(

d Angouleme, arrivée peu de jours avant le manage 6 août m de la princesse Clotilde, devait donner lieu 'à bien

« Archives nationales : 0« 120, iuiTlet, août, 6c*.; noV. '1T75; 0« 129; août 1775; 0< 417, mai, juin, awil 1775; 0« 148, déo. 1775 ;^?^< 230,^v,, févr., mai, juillet, août, 8«pt., oct„ nov. 1775; 0* 231, févp., mijrs, mai, jàillet, décembre 1775; 0« 417, ûëc. 1775; Ô< 471V août, oct;*, iibt!ii175'; 0.'.472, 23 avril 1776; 0« '476^ mars, juiMdli^^oûl IV^. — Aoui^-ff/j Marie 'Antoinette et J^?" Élisabethf.[mr Feuillet de Conche^. lom^ IV. p. 14. *' '"'■ •' ' '■'"' '^

des dépenses pour ce prince prodigue et dissipé. Plusieurs mois avant sa paternité, il avait été question d'augmentation de fonds pour sa maison, afin de subvenir à l'entretien etàTéducation de Tenfant. La Vrillière, envoyant des mémoires à Turgot sur ce qu'il était indispensable de faire en face de l'événement qui était prévu, lui faisait observer que la somme de cent cinquante mille livres était insuffisante pour les augmentations nécessaires à récurie. Le rédacteur de ces mémoires, un monsieur Bastard, demandait le double, et le roi, pour accorder l'économie qu'il désirait et les désirs de son frère, adoptait la somme de deux cent mille livres, outre les meubles réclamés parla marquise de Gaumont depuis le 12 juin. ' La situation de la France, gênée dans ses finances, dont les ressources se trouvaient absorbées continuellement sous les plus frivoles prétextes, était d'autant plus grave que la paix dont elle avait besoin était loin d'être assurée.

isM et 100 <^ La nation française, insatiable de nouveautés, *■**• ennuyée du long règne de Louis XV, écrit avec dédain le roi de Prusse, déchira impitoyablement sa mémoire. Enfin ce successeur si impatiemment attendu prit la place de son grand-père... Son règne était rage d'or, personne ne serait mécontent de son gouvernement... C'était là le langage de l'enthousiasme ; la vérité se borne à dire que ce jeune prince choisit pour son mentor M. de Maurepas... L'âge avancé de ce premier ministre ne permettait pas d'espérer que, sous son administration, la France pût regagner la considération qu'elle avait perdue... Il devait sans doute travailler au rétablissement des

finances, mais par quels moyens? En modérant les dépenses^ il s'attirait la haine de tous les grands du royaume... Il ne restait d'expédient sage que celui de faire une banqueroute raisonnée, pour prévenir une banqueroute totale, et il craignait que, si cela arrivait de son temps, ce ne fût une tache pour son administration... La France craignait une rupture entre l'Espagne et le Portugal ; l'Angleterre ne le craignait pas moins, parce qu'elle avait envoyé des troupes en Amérique... Ces conjonctures favorisaient les intérêts du roi ; pendant que les Anglais et les autres puissances se trouvaient dans une situation embarrassante, ils donnaient moins d'attention à ce qui se passait dans le reste de l'Europe... On essaya donc, à l'aide de la cour de Russie, de terminer le différend qu'on avait avec les Dantzickois. d

Ce roi, à la fois hautain et démagogue, qui traitait le peuple de a masse imbécile faite pour être menée par ceux qui se donnent la peine de la tromper, » qui renvoyait les officiers roturiers de ses armées pour les remplacer par des nobles venus de l'étranger, parce que, disait-il, le mérite et le talent est rare chez des personnes sans naissance ; ce roi qui ajoutait, dans son mépris du peuple : la noblesse n'a a de ressource que de se distinguer par l'épée ; si elle perd son honneur, elle ne trouve pas même un refuge dans la maison paternelle ; au lieu qu'un roturier, après avoir commis des bassesses, reprend, sans rougir, le métier de son père et ne s'en croit pas déshonoré, 2) ce roi avait une influence considérable sur l'opinion de TEurope^ due autant à sa gloire militaire qu'à ses passions haineuses contre les rois et

le cynisme de ses propos contre des objets naguère encore vénérés par les peuples. La classe éclairée de la France aimait autant en lui le héros que l'ennemi de la religion et du clergé. Les injures qu'il proférait contre Marie-Thérèse, contre Louis XV, contre tous les monarques qu'il avait combattus, faisaient de lui une sorte de roi populaire. Il raillait les usages des cours> dans des lettres que ses correspondants aimaient à se communiquer, il traitait les évêques teutons de porcs engraissés des dîmes de Sion, puis, imitant Voltaire, dont il citait les vers, il disait, en parlant des souverains :

D'Eibène^ avait raison, j'adopte le système. Le monde, disait-il, se gouverne lui-même, Les trônes, de son temps, étaient tous occupés Par de faibles esprits de faste enveloppés.

Les rois, depuis son temps, ne sont guère changés. Par la honte des grands les sujets sont vengés.

Vois ces rois, ils sont là pour ton amusement.

Tel parait dans sa cour comme un lourd automate ^.

Maîtresses, favoris, ministres, courtisans,

Lui cherchent des plaisirs en y perdant leur temps.

Que voyez-vous là-bas ? Un enfant sur le trône 3, Tremblant, et redoutant la cour qui Tenvironne,

Servilement soumis aux lois de son mentor.

Et se peignant lui-même dans cette sorte de revue des souverains de son temps, avec la fierté d'un prince qui réagit contre l'insolente prétention aristocratique de ses confrères, il s'écriait :

1 Ministre des Médicis à Florence, a Louis XV.

3 Louis XVL

Là -bas, un autre fou, roi de nouvelle date, Se pavane et 8*encense en vainqueur de Croate; Mais, bourgeois gentilhomme, il prétend être intrus Chez ces vieux souverains si fiers et si bourrus.

De tous ses ennemis le scélérat se raille.

Les sots et les pédants se mettent à crier : (( C'est un ambitieux, c'est un tracassier ; 11 respire le trouble, il cherche les querelles.»

D'autres disent tout bas : « 11 fait, il règle tout, Mais pour le voir tomber attendons jusqu'au bout. » Tant ce vieux préjugé s'est gravé dans leur tête, Qu'on ne peut être roi sans qu*on soit une bélc.

Successeur de princes qui, pour fonder un royaume, avaient subi les nécessités imposées, chez les particuliers, aux artisans de la fortune d'une famille, il avait dû compter avec les revenus de ses sujets et renoncer à l'étiquette coûteuse des vieilles maisons souveraines. Formé aux épreuves de la vie par un père aussi bizarre que cruel ; avant de monter sur le trône, et depuis qu'il y était parvenu, éprouvé par une succession alternative de revers et de victoires, Frédéric avait puisé, dans son existence d'administrateur et de guerrier, des mœurs qui le rapprochaient des foules. Sans délicatesse de sentiment comme elles, sans aucun scrupule sur les moyens qu'il pourrait employer pour atteindre un but, il se trouvait, par suite des événements, à la tête d'une monarchie dont tout le prestige résidait en sa personne. La noblesse qui l'entourait, formée d'étrangers recrutés en Saxe, dans le Mecklembourg, dans tous les petits États de l'Allemagne et en France, était en fait, par son manque de fortune, une caste de fonctionnaires, une sorte d'échelon intermédiaire

entre Taristocratie véritable, vivant d'une manière indépendante, et la portion instruite du peuple qui se charge elle-même de fournir à son existence, et est appelée bourgeoisie. La noblesse prussienne était ce que Ton nomme, en peinture, la dégradation des teintes ; c'était la noblesse de fonctionnaires que Napoléon P"" a voulu établir en France, qui n'a ni le prestige que donne le temps,ni la possibilité, pour éviter Tavilissement qu'entraîne une trop grande extension, de se restreindre dans un petit nombre de familles \

La royauté française, unie à l'Autriche par le mariage de Louis XVI avec une archiduchesse, par des liens de famille à l'Espagne et aux différents gouvernements de l'Italie , contrastait , ainsi que toutes ces cours, avec celle de Berlin. Elle représentait un passé contre lequel se révoltait l'esprit du jour, et son union avec le dergé, ses habitudes d'étiquette mêlées aux cérémonies du culte, la livraient aux sarcasmes d'une société que doniinaient des pensées anti religieuses.

L'influence de la Prusse n'était pas seulement, dans les relations politiques, une influence due au talent de son souverain, c'était une influence venant de l'accord de ce souverain avec les opinions des classes pensantes de l'Europe, et surtout de celles de la France. Associé à la Russie, dont la dynastie était regardée comme presqu'aussi nouvelle que la sienne, à cause de la récente apparition de son peuple parmi

* Voir, dans les Papiers et correspondances de la famille impériale, inprimés à rimprimerie nationale en 1870, 13* livraison, p. 398, les proji^rs de résarreclion d*une noblesse de ce genre par Nipoléon lU, et Tavis de M Magne, qui conseille de procéder, pour donner des Ulres, par catégories de fonctionnaires.

les nations européennes, Frédéric, qui avait écrit, en 1772, à propos de son neveu le roi de Suède, qu'il voulait dépouiller : « La nature parle au cœur des rois tout comme à ceux des particuliers, » persistait encore dans ce projet en 1774. « Je sens que ma prévoyance peut paraître timide, disait Vergennes à Louis XVI, le 8 décembre, mais elle ne tarderait pas à se justifier, si, comme M. Durand le soupçonne, l'objet de la négociation du roi de Prusse avec la Russie porte sur la Poméranie suédoise, dont ce prince veut s'emparer... Rien n'est plus précis... que l'engagement... contracté... par Votre Majesté... d'assurer à la Suède la possession de cette province; c'est au même titre que Votre Majesté tient l'Alsace. »

Voulant, à tout prix, empêcher de bonnes relations entre la cour de Vienne et celle de Saint-Pétersbourg, Frédéric ne parlait dans ses conversations politiques que de l'ambition démesurée des Autrichiens, des projets de conquête du jeune empereur. En 1774, quand il n'existait plus que quelques difficultés de détail, relativement aux frontières des pays arrachés à la Pologne, il parut tout à coup dans les papiers publics un projet de traité qu'avait arrêté, en 1771, la cour de Vienne avec celle de Constantinople, à l'époque où l'impératrice essayait d'empêcher un démembrement que voulait Frédéric. Quoique ce traité n'eût pas été ratifié, explique le roi de Prusse dans ses mémoires, « cette conduite de la cour de Vienne lui fit perdre le peu de confiance qu'on avait eue en elle... l'on s'apercevait à Pétèrsbourg que les Russes n'avaient gagné tant de

batailles... que pour Tavantage de la cour de Vienne. » Pénétrant de suite d'où pouvait venir une semblable indiscrétion, Vergennes l'annonça à Louis XVI en lui faisant remarquer que la cour de Vienne et le prince de Kaunitz ne devaient pas être fort flattés des qualifications que le roi de Prusse donnait à leur politique et de la manière dont il s'exprimait sur le traité de 1771. ce Je soupçonne, ajoute-t-il, que c'est ce prince qui vient de rendre public cet acte en le faisant insérer dans la gazette de Hollande. »

Mais une cause bien plus grave de perturbation et de trouble pour les projets de paix que formaient les ministres français, d'accord avec le roi, était les événements qui se passaient en Amérique, dans les colonies de l'Angleterre.

Tes de New- Lc congrès ou convention qui avait été convoqué dix ans avant l'époque où nous sommes arrivés, se composait de vingt- deux délégués, envoyés par les assemblées du Massachusetts, de Rhode-Island, du Connecticut, de New-York, de New- Jersey, de la Pensylvanie, de la Delaware, du Maryland, de la Caroline du Sud'. Les quatre autres provinces : le New-Hampshire, la Virginie, la Caroline du Nord et la Géorgie, qui n'avaient pu se faire représenter, par suite de circonstances indépendantes de leur volonté, affirmèrent, par des pétitions et des mémoires, la parfaite entente de toutes les colonies américaines et l'unanimité de leurs sentiments.

La première mesure prise par la Convention fut une déclaration des droits et des griefs des Américains, réclamant pour eux les francl;iises et les libertés de tout sujet anglais, notamment de se taxer eux-

k, 7 octobre

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