‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 46 sur 95 · LA CONVENTION DE BOSTON · texte numérisé non relu

LA CONVENTION DE BOSTON

cette Convention, composée des délégués de quatrevingt-seize villes et de huit districts du Massachusetts, se réunit à Boston. Cette Convention fit une pétition au gouverneur Bernard pour demander la convocation d'une nouvelle Assemblée en remplacement de celle qu'il venait de dissoudre, et une pétition au roi où elle faisait profession de fidélité à sa personne et exprimait son aversion pour les armées perrmanentes.

Les ministres anglais traitèrent la Convention d'association criminelle, et refusèrent de présenter la pétition destinée au roi.

A peine la Convention venait-elle de se dissoudre, Mesures ri|

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qu'il arrivait à Boston des régiments et des vaisseaux contre le de guerre venus d'Angleterre. Le Parlement, entrant TieMTw dans les vues rigoureuses des ministres, avait décidé qu'une information juridique serait ouverte sur les personnes accusées d'actes de trahison depuis le mois de décembre 1767, et que les coupables seraient transportés en Angleterre pour être jugés d'après un statut d'Henri VIII. Ces résolutions portèrent à la dernière limite la haine des colons. La Chambre de la Virginie affirma que le vote de tout impôt appartenait aux Assemblées coloniales, que la transportation des accusés en Angleterre était contraire aux droits des sujets anglais. Le gouverneur lord Botetourt la déclara dissoute ; elle se dispersa^ mais se réunit de nouveau dans une demeure privée sous la forme d'une réunion de citoyens libres. Elle se constitua avec un président, et signa une résolution défendant l'importation de toute marchandise anglaise. La Caroline du Sud, la Caroline du Nord, le Maryland, la Delaware, la Géorgie et New- York s'asso-*

cièrent par leurs Assemblées aux résolutions de la Virginie.

Les ministres renoncèrent à percevoir les impôts décrétés, mais de mauvaise grâce, après des paroles blessantes adressées aux colons, et sous le prétexte que ce genre de taxe serait nuisible au commerce. Aux impérieuses et imprudentes paroles de lord North , les Américains répondirent, dans une assemblée de marchands de Boston, que les ministres, dans leurs décisions, ne s'étaient préoccupés que d'être agréables aux manufacturiers anglais. Un comité des principaux marchands de Philadelphie affirma, dans une lettre adressée à ceux de Londres, le 25 novembre 1769, que le système du ministère anglais avait pour but de renverser les bases de la liberté, de la justice et de la propriété en Amérique *. ute à Boston, Lcs csprits irrités de part et d'autre n'attendaient

mars 1770. « • • ^ n*^ t

qu une occasion pour en arriver a un conflit. Les troupes venues d'Angleterre avaient été accueillies avec défiance à Boston. Les soldats étaient insolents vis-à-vis d'une population mal disposée pour eux, et les habitants pleins de colère contre les troupes destinées à les réduire à l'obéissance. Chaque jour, les soldats et les citoyens étaient sur le point d'en venir aux mains, quand, le 5 mars, des soldats serrés par la multitude firent usage de leurs armes. Trois personnes tombèrent mortes, et cinq furent grièvement

* The histofy of the united States of North America , by James Graham, Philadelphie, 1850, grand in-S», tom. II, p. 397 et suiv., 400 et suiv., 404 et suiv., 410 et 8uiv.,420, 422, 430 et suiv., 436 et suiv., 439 et suiv., 440 et suiv., 450 et suiv. — Histoire de la guerre d'indépendancé des États-Unis d'Amérique^ par Botta, traduit par Sevelinges» 'Paris, 1813, in-8% tom.l, p. 155, 195etsuiv., 209.

ÉMEUTE DE BOSTON, mars 1770. , ^69

blessées. A cette nouvelle, la ville fut en un instant sur pied, et lelendemain un assemblée populaire vint imposer au gouverneur la sortie des troupes.

Dans le conflit élevé entre les Assemblées colo-,.„^^„,

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niales et le gouvernement anglais, les colons tendaient ^SJJ^JJJ,!*' de plus en plus à traiter avec la métropole sur le ton tendance

^ * de 1 opini<

d'un Etat indépendant, et ils arrivaient peu à peu à pubuqne demander la réforme de toutes les lois commerciales qu'ils avaient autrefois acceptées. Des écrivains nombreux soutenaient, les uns la nécessité pour les colonies de se séparer de l'Angleterre, les autres de se réconcilier avec l'État parent. Diekinson appuya avec force cette dernière opinion. Cet écrivain qui, trois années avant, avait conquis une si grande popularité par sa lettre d'un fermier de la Pensylvanie, fut à peine lu, il encourut même l'impopularité. Son. pouvoir avait été grand lorsqu'il exprimait les opinions de la foule ; il échouait le jour où il n'était plus en communauté d'idées avec elle.

Un fait pareil prouvait que les Américains, sans s'en rendre compte, étaient entrés dans une phase de la lutte beaucoup plus décisive qu'ils ne le supposaient. Un fait pareil, plus d'une fois constaté dans l'histoire, montre la puérilité des accusations concentrées sur certains hommes qui ont eu l'honneur de résumer mieux que personne les aspirations d'une société. Croire qu'une société va épouser les opinions d'un homme, quelque grand qu'il soit, est une naïveté dont l'expérience corrige chaque jour. Un peuple peut être égaré par une passion, une circonstance passagère, telle qu'une panique, une guerre;

mais quand la cause qui l'a troublé a disparu, la i. 24

raison lui revient comme la santé succède à la maladie. Personnifier dans les pensées d'un écrivain, d'un homme d'État ou d'un soldat, celles d'une nation est une étrange aberration de l'intelligence. Voltaire résumant les idées de son temps, donne son nom au siècle où il a vécu, parce qu'il est l'incarnation, pour ainsi dire, d'une nation entière. Napoléon, étrange spécimen d'un génie solitaire, ne vivant que pour lui-même, ne sera jamais qu'un de ces météores qui traversent le ciel en ne laissant d'autre souvenir que celui d'un événement extraordinaire et passager; aussi un de ses contemporains et de ses serviteurs, témoin du vertige qui a saisi tout un peuple et du moment ou il cesse, pourra-t-il écrire : « Depuis 1789 jusqu'à l'arrivée de Napoléon, les principes de l'Assemblée constituante étaient dans tous les esprits et servaient de base à toutes nos institutions. Napoléon ouvrit brusquement la parenthèse et la remplit des merveilles de son règne, mais sa chutela ferma, et de toutes parts on reprit le discours. »

La lutte entre les colonies américaines et l'Angleterre continua avec la régularité et la précision que peuvent apporter des hommes d'affaires dans la gestion d'une administration publique conduite comme celle d'un particulier.

Les ministres anglais, persuadés, par les rapports de leurs agents, qu'il ne s'agissait, pour les Américains, que d'une question d'argent, décidèrent que les gouverneurs et les juges seraient désormais payés par la Couronne. L'Assemblée de Massachusetts refusa ce présent, déclarant que c'était un moyen de rendre les gouverneurs indépendants des citoyens

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