FERMETURE DU PORT DE BOSTON
La compagnie des Indes anglaises s'était hâtée Lethéezp^ d'envoyer des vaisseaux chargés pour New- York, pa^e de?" Philadelphie, Charleston et Boston. Les navires arri- cnAraéri^ vant à New-York et à Philadelphie ne trouvèrent personne voulant recevoir le thé ; les comniissionnaires habituels de la compagnie avaient renoncé à leurs fonctions, et les bâtiments durent reprendre la route de l'Angleterre. Les habitants de Charleston forcèrent les navires arrivés dans leur port à dépo- ♦ ser leur chargement dans un édifice public où il périt. Les vaisseaux venus à Boston ne purent obtenir ce qui avait été permis à Charleston. Ils restaient dans la rade, surveillés par la population, quand, dans le mois de décembre 1773, au miHeu d'une émeute populaire que provoquait leur présence, s'avança une troupe d'hommes déguisés en Indiens Mokawk, qui s'élancèrent sur leur pont et jetèrent le thé à la mer.
A ces nouvelles, le Parlement anglais fut saisi Fermeture
port de Bo8
d'une vive indignation. Ne pouvant punir toutes les par les Ang colonies, il s'acharna contre Boston, comme étant "^* la ville où l'émeute avait été la plus violente. La fermeture de son port fut ordonnée, et le général Gage, nommé commandant des troupes anglaises dans le nord de l'Amérique, vint, le 13 mai 1774, y remplacer le gouverneur Hutchinson.
L'interdiction d'un port comme celui de Boston devait, en condamnant à l'inaction la population d'une ville aussi active, causer de cruelles souffrances. Aussi s'éleva-t-il partout un cri de sympathie pour les victimes de la cause commune ; des souscriptions s'ouvrirent en faveur de ses malheureux
habitants, et le ministère anglais, qui comptait amener la division parmi les colons, en offrant aux ports voisins de Boston les moyens de s'emparer du commerce fait par cette ville, fut trompé dans ses calculs. Les habitants de Marblehead offrirent gratuitement Tusage de leur port et de leurs magasins aux marchands de Boston.
agrèsde douze La première résolution prise par l'Assemblée du l'Amérique, Massachusctls, lors de sa réunion, le 7 juin 1774, îptcmbpeiTT . ^^^ j^ convocatiou d'un Congrès des États du nord de
l'Amérique. Douze États acceptèrent cette décision, et le Congrès s'ouvrit le 5 septembre 1774, à Philadelphie. Il débuta en adoptant une déclaration où étaient énumérés les droits des Américains, et deux adresses, l'une au roi, l'autre au peuple de l'Angleterre. Approuvant les décisions déjà prises par les citoyens, il imprima le sceau d'une résolution législative à l'invitation de cesser tout commerce avec la Grande-Bretagne, et de signaler, par l'organe des journaux, toute personne qui contreviendrait à cette prescription, comme ennemie des droits des Américains.
La question de la probabilité possible d'une guerre avec l'Angleterre et des conséquences qu'elle pourrait avoir, fut agitée dans ce Congrès. Les membres les plus timides remarquaient que les principales villes de l'Amérique, étant placées sur les bords de la mer, pourraient être facilement détruites par les flottes anglaises, quand Christophe Gadsden, député delà Caroline du Sud, les interrompant, s'écria : « Nos ports sont un composé dé briques et de bois. S'ils sont détruits, nous avons assez d'arbres et d'ar-
CONGRÈS DES DOUZE ÉTATS, septembre 1774. 375
gile pour les reconstruire ; mais si les libertés de notre pays sont anéanties, où trouverons-nous des matériaux pour les rétablir ?» Le Congrès, faisant rénumération du peuple des treize provinces, constata qu'il s'élevait à trois millions vingt-six mille soixante-dix-huit habitants ; puis, après avoir siégé deux mois et discuté avec fermeté, dans le ton le plus élevé, les droits des populations et le but qu'elles devaient atteindre, il se déclara dissous, le 10 octobre 1774, appelant Touverture d'un autre Congrès à Philadelphie pour le 10 mai 1775, si les griefs des Améi icains contre les décisions du Parlement anglais n'avaient pas été redressés à celte époque.
Admirable Assemblée, qui a laissé d'elle dans l'esprit des hommes un souvenir plein de respect, a Quelle que soit mon admiration ardente pour lesÉtat» Ubres de l'antiquité, disait lord Chatham, en parlant de cette réunion qui ouvrait une ère nouvelle à l'humanité, Je suis contraint de reconnaître que le Congrès des Américains n'est inférieur à aucune des Assemblées dont l'histoire nous a conservé le souvenir, sous le rapport du raisonnement, de la sagacité et de la sagesse * . »
Le parlement anglais, méconnaissant la portée des graves avertissements qu'il venait de recevoir, persista dans ses violences, et tous les États de la Nouvelle-Angleterre décidèrent Tarmemenl des citoyens. Le comte de Chatham lutta en vain pour éviter des
' The hislory of the Uiited States, by James Grahamc, tom H, p. 456, 400, 409, 470 et suiv., 473 el suiv., 487 elsiiiv., 489 et suivant., 493 et suiv.,49j et suiv. — Mémoires du comte Ueugnot, Paris, 1868, in-8", tome II, p. 170.
désastres à sa patrie ; le ministère, à la tête duquel était lord North, proposa et fit adopter par les Chambres un bill qui restreignit les relations commerciales entre le New-:Hampshire, le Massachusetts, Rhode-Island et Connecticut avec la Grande-Bretagne, l'Irlande et les Indes, prohibant aux habitants de ces provinces la pêche sur les bancs de Terre- Neuve. A peine cette décision était-elle prise qu'elle fut étendue au New-Jersey, à la Pensylvanie, au Maryland, à la Virginie et à la Caroline du Sud, sous prétexte que les habitants de ces provinces soutenaient la population de celles qui avaient été frappées, ingagement La gucrrc dcvait nécessairement sortir d'une pa- [îes^Améri- *reille situation. Comment, en effets comprimer la vie ravri?m6?°' commerciale dans neuf colonies sans employer la force? Comment, sans une lutte sanglante, employer la force avec des hommes qui avaient reçu de leurs assemblées Tordre de se munir d'armes?
Le général Gage, veillant de Boston sur Tattitude des peuples qu'il était chargé de contenir, apprit qu'il se faisait à Concord un entrepôt de munitions de guerre. Résolu de s'en saisir, il envoie un détachement de soldats qui, traversant Lexington, se trouva en présence de soixante-dix habitants de la ville passant une revue militaire. A cette vue» le major anglais Pitcairn s'avance et s'écrie : « Dispersez-vous, rebelles, et jetez vos armes. » Les Américains résistent ; les Anglais font feu ; huit Américains tombent foudroyés et le reste se disperse ; mais le bruit de cette lutte se propage avec la rapidité de l'éclair : des hommes armés sortent de toutes parts, et les Anglais.
COMBAT DÉ LEXINGTON, avril i775. 377
attaqués et cernés dans Lexington, ne peuvent revenir à Boston que grâce à des troupes envoyées à leur secours.
La nouvelle de ce combat, arrivant dans l'ancien Émotion monde, y produisit un effet extraordinaire. Le comte nouTeiie. de Ségur écrit que ce fut à Spa, ce « café de l'Europe, y> qu'il apprit, pour la première fois, les événements qui annonçaient en Amérique une prochaine et grande révolution... a Je me souviens, ditil, qu'on appelait alors les Américains Insurgés et Bostoniens ; leur courageuse audace électrisa tous les esprits, excita une admiration générale... Dans cette petite ville de Spa, où se trouvaient tant de voyageurs, ou députés accidentels ou volontaires de toutes les monarchies de l'Europe, je fus singulièrement frappé de voir éclater unanimement unsi vif et si général intérêt pour la révolte d'un peuple contre un roi. »
Jusqu'à ce moment, la lutje engagée avait eu peu de retentissement en France. Choiseul avait bien essayé, dans la soif de vengeance qu'allumait dans son cœur le souvenir de l'humiliant traité de paix imposé à sa patrie, d'attiser l'esprit de division qui se manifestait entre l'Angleterre et ses colonies ; mais que pouvaient des étrangers, parcourant les provinces américaines, vers 1767 et 1 768, comme le baron Kalb, officier allemand au service de la France? Des historiens ont attaché une importance puérile à ces intrigues souterraines d'agents prêts à être désavoués par ceux qui les payaient. Les appels à la nation par la presse et par les réunions des citoyens, furent les seuls moyens employés qui servirent efficacement la révolte des Américains. Les intérêts bien com-
américaine.
pris des classes intelligentes, étaient les seuls arguments invoqués pour provoquer la guerre civile. Caractère Quc la jalousic contrc la Grande-Bretagne ait ins-
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le la réTohi. pirc Ics hommcs politiques, cela est tout simple; mais les masses populaires ont besoin d'autres raisons pour s'émouvoir. Durement asservies au nom d'un pouvoir envoyé du ciel, elles voyaient avec joie un peuple séparant les nécessités matérielles de l'existence des convictions religieuses de Thomme. Les Américains donnaient à des nations courbées sous des gouvernements théocratiques le grand spectacle d'un peuple religieux prosterné devant TÉternel, quand il s'agit de guider la conscience individuelle de chacun de ses membres, mais debout lorsque la religion couvre des convoitises immorales !
La phrase devenue vulgaire : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, » si souvent prononcée compie la formule de deux despotismes qui se soutiennent et s'entendent, n'avait pas été invoquée une seule fois. C'était en affirmant que tous les hommes avaient été créés égaux, c'était en rappelant les droits des citoyens anglais, en parlant de liberté, de justice, de propriété, en flétrissant toute tyrannie, qu'un peuple repoussait des impôts qui ne devaient pas profiter au pays dans lequel il vivait ; que des particuliers refusaient d'enrichir, par des achats de marchandises, une nation qui prétendait au droit de régler leurs propres affaires; quedes négociants, s'adressantà leurs correspondants étrangers^ invoquaient leurs propres intérêts pour obtenir justice par leur influence.
Si l'Europe était émue, que devait-ce être pour la