LETTRE DE D'ORYILLIERS SUR BREST
France, dont les principaux écrivains protestaient si vivement contre l'intrusion du clergé dans l'administration du pays et contre les doctrines professées par lui en faveur de l'inégalité des hommes devant les lois?
Aussi Tentraînement est-il général en faveur des Lettre du c< Américains; le gouvernement français désire vaine- mSLt^ ment conserver la paix : la prévision d une lutte contre ^ "^mJ.* TAngleterre a saisi les esprits les plus calmes, comme une nécessité à laquelle il est impossible de se soustraire. Dunkerque, que surveille un commissaire anglais, ne pouvant être rétabli par suite des clauses du traité de Paris conclu en 1763, on pense à Brest, et le comte d'Orvilliers, envoyé dans cette ville le 8 mai 1775, écrit que : a Cet arsenal, si précieux par les forces navales qu'il contient et doit contenir, si bien placé pour arrêter les entreprises des Anglais et faciliter celles qu'on voudrait faire sur les îles Britanniques... Brest, qui seul peut rendre la marine de France formidable ; Brest enfin, le port le plus inquiétant pour l'Angleterre, est, dans ce moment, dépourvu de toute défense... Ce n'est physiquement que par surprise et par mer que l'ennemi tentera la destruction de Brest... J'aperçois que l'ennemi peut atteindre Brest, mais je n'aperçois pas ce qu'on aurait à lui opposer... Le moment d'attaque et de surprise peut arriver; il faut donc le prévoir et le prévenir. »
A partir de ce jour, les ports français sont fermés aux étrangers, les arsenaux remplis d'ouvriers qui travaillent en silence, et l'armement maritime se refait avec la plus grande activité. Les marins sont exerce dans des manœuvres quotidiennes, au point que, trois ans après cette lettre du comte d'Orvil-
liers, on peut lire dans une missive, datée de Londres, qu'il est sorti de Brest Tescadre la plus formidable que la France ait jetée sur les mers : « La marine de cette nation, que nous croyions anéantie et hors d'état de se relever, s'est ressuscitée tout à coup. » [émoire P^u dc mois après la lettre du comte d'Orvilouiïomf** liers, qui devait être suivie de si grands résultats, *^°***-*^*- le ministre de la marine de Sartines se faisait l'intermédiaire vis-à-vis du roi d'un simple particulier. Saisissant avec son ardeur et sa pénétration tout ce qui blessait l'orgueil de l'Angleterre, et satisfaisant à la fois les haines de la France contre une heureuse rivale et ses sympathies en faveur d'un peuple luttant pour son indépendance, Beaumarchais avait rédigé un mémoire pour Louis XVL
« Sire, y disait- il, je me suis dérobé d'Angleterre, sous prétexte d'aller à la campagne, et je suis venu tout courante de Londres à Paris, pour conférer avec MM. de Vergennes et de Sartines... Sire, l'Angleterre est dans une telle crise au dedans et au dehors, qu'elle toucherait presqu'à sa ruine, si ses voisins et ses rivaux étaient eux-mêmes en état de s'en occuper sérieusement... Les Américains, résolus de tout souffrir plutôt que de plier... ont trente-huit mille hommes effectifs sous les murs de Boston... environ quarante mille hommes bien armés, et aussi déterminés que les premiers, défendent le reste du pays... Tout ce qui travaillait à la pêche, que les Anglais ont détruite, est devenu sol- • dat... tous les gens travaillant sur les ports ont grossi cette armée de furieux, dont la vengeance et la rage animent toutes les actions,.. Je dis. Sire,
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qu'une telle nation doit être invincible, surtout ayant derrière elle autant de pays qu'il lui en faut pour ses retraites. . . Tous les gens sensés sont donc convaincus en Angleterre que les colonies anglaises sont perdues pour la métropole. »
Quand Beaumarchais faisait ressortir les dangers de la lutte que l'Angleterre soutenait avec ses colonies et laissait pressentir, dans son vif langage, que la France ne tarderait pas à être engagée dans le conflit, les Antilles françaises étaient désolées par de terribles émeutes, et une haine presque sauvage tendait à se développer chaque jour davantage entre elles et la mère patrie.
On dirait, en consultant les documents adminis- organisaac tratifs sur les colonies, qu'il n'y avait dans ces pays dMcoTônSi qu'une sorte d'hommes, et que les propriétaires ne esci^^éo se trouvaient qu'en présence d'étables peuplées dans maîtres. un intérêt agricole. Le nombre des esclaves était cependant, à cette époque, grandement supérieur à celui de leurs maîtres, car, en 1774, il y avait, dans la partie française de Saint-Domingue 19,000 blancs, et 6,000 mulâtres ou nègres libres en facede 206,000 malheureux privés de tous les droits de l'humanité. Aucun des sentiments chrétiens qui avaient adouci le monde moderne n'y trouvait place quand il s'agissait des nègres. La traite, organisée sur l'étendue des côtes d'Afrique et dans une partie de l'archipel océanien, avait lieu, par des gens de tout état, avec l'ardeur que peut inspirer l'appât du gain. Les jésuites faisaient, dans ce genre de trafic, concurrence aux Hollandais, jet Jes capucins établis dans la ville du Cap possédaiciQt» au moment dont nous nous occupons.
plus de 4,000 noirs. Pour débarrasser chacun de tout scrupule, il était admis que le nègre était un animal sur lequel on pouvait spéculer comme sur les bœufs ou les moutons. Le célèbre médecin Vicq d' Azyr, consulté par Louis XVI sur une épizootie qui attaquait les races ovines et bovines dans les colonies, décrivant dans un mémoire les causes qui pouvaient altérer la santé des animaux, les classait, pour les remèdes à appliquer, dans les cinq catégories suivantes :
r* noirs et esclaves,
T race bovine,
y race chevaline,
4"" race ovine,
5^ race porcine.
Le médecin hollandais Van Helo conseillait, en parlant du même fléau, d'abattre les noirs atteints de maladies incurables, et surtout des affections cancéreuses, fréquentes, disait-il, à Saint-Domingue, en recommandant d'ensevelir les cadavres dans des fosses garnies de chaux.
Le gouvernement, se conformant à Topinion publique, à celle des religieux, qui, à Saint-Domingue, ne permettaient pas aux nègres l'accès des églises, en avait fait une marchandise sur laquelle il pouvait prélever des revenus.
Dès qu'un bâtiment négrier entrait dans le port d'une des îles françaises, il était tenu de payer une première taxe, dite taxe royale, calculée d'après le nombre de nègres qu'il avait à bord. Après une quarantaine et une visite d'un médecin pour constater l'état sanitaire des passagers et permettre leur débarquement, une seconde taxe était exigée, tant à causé