LA FRANCE ET L'ESPAGNE
qu'il s'agit de conserver Talliance de l'Espagne ou de régarer, que je supplie Votre Majesté d'ordonner que cette affaire soit rapportée et discutée dans son conseil d'État. Les moyens qui peuvent rappeler la confiance du roi votre oncle ne sont pas dans mes mains ; je connais à peu près Tétat de votre marine, mais je n'ai pas de notion de celui de vos finances. » Louis XVI saisit Toccasion de la naissance d'un fils au comte d'Artois pour l'annoncer lui-même à son oncle, ajoutant : ce Je connais l'aversion de Votre Majesté pour la guerre, et je partage bien sincèrement ce sentiment. Peut-être n'y eut-il jamais d'occasion où les apparences d'une guerre avec l'Angleterre soient moins probables... Mais la malheureuse politique de cette nation fait qu'on ne peut compter sur rien avec elle. Elle est très-occupée dans ses colonies d'Amérique, et quoique je ne croie pas qu'elles s'accommodent jamais avec la métropole, cependant, quelque faux politique peut présenter au peuple anglais la guerre avec nous comme un remède aux maux présents. Je pense donc qu'il faut porter toute notre attenfion sur les préparatifs qu'on doit y apporter, et prendre de concert les précautions les plus utiles pour éviter la guerre... Quand on nous verra toujours unis et agissant toujours de concert, nous en imposerons toujours. » — c( Rien n'est plus sage que les réflexions que Votre Majesté fait à l'égard des dangers où nous constitue une puissance ambitieuse, répondit Charles III, qui n'a d'autre principe pour la guerre et pour la paix que sa convenance et des vues particulières. Ne voulant pas suivre une méthode aussi condamnable et aussi injuste, qui ne cadre pas»
ni avec les maximes de Votre Majesté, ni avec les miennes, le seul chemin qui nous reste pour nous garantir et défendre nos sujets, à quoi la religion et r honneur nous obligent, est de travailler de concert à nous mettre en état de repousser la force avec la force. Je suis même convaincu que si les Anglais nous croyaient prêts... ils nous laisseraient en repos... Comme l'objet principal vis-à-vis des Anglais est celui de la marine, je pense que c'est à quoi nous devons nous attacher pour le moment. .. »
Vergennes, convaincu de la nécessité de la paix pour la France, avait approuvé avec chaleur le langage de Louis XVI au souverain espagnol. « La lettre de Votre Majesté au roi, son oncle, était trop bien pour que je dusse me permettre d'y proposer aucun changement. Vous y avez dit, en peu de mots, tout ce que j'ai du fondre en beaucoup de détails, et, ce qui est mieux encore, Votre Majesté y développe des sentiments si intéressants, soit pour le roi, soit pour l'humanité en général, qu'il n'est pas possible que ce prince, dont l'âme est, dit-on, vertueuse et sensible, n'en soit véritablement touché. Il est réservé au roi de Prusse et à ses semblables d'imputer à faiblesse les vertus paisibles des grands princes. Ce sont cependant celles-là, Sire^ qui peuvent faire le bonheur et la gloire des empires. Celui de Votre Majesté n'a essuyé que trop de secousses dans ce genre ; on s'est trop occupé, sous les derniers règnes, de la considération extérieure, et on n'a pas assez senti qu'elle tenait indissolublement à la consistance intérieure. C'est celle-ci, Sire, qu'il serait important de rétablir ; elle sera la sûreté de votre repos, elle don-