‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 69 sur 95 · LE SENS COMMUN DE PAYNE · texte numérisé non relu

LE SENS COMMUN DE PAYNE

redite du trône ont couvert de sang et de cendres, non-seulement l'Angleterre, mais encore le monde entier... Plus un gouvernement approche de la forme républicaine, moins il offre d'occupation à un roi... Le roi d'Angleterre, pouvant disposer de toutes les places, a tellement, au moyen de son influence corruptrice, accaparé l'autorité tout entière et détruit la vertu de la Chambre des communes... que le gouvernement est à peu de chose près aussi monarchique que celui de France et d'Espagne. Les hommes adoptent des noms sans les comprendre, car c'est de la partie républicaine de leur constitution que les Anglais tirent vanité et non de sa partie monarchique... Pourquoi la constitution de l'Angleterre est-elle maladive, si ce n'est que la monarchie a empoisonné la république, parce que la couronne s'est emparée des communes... Jamais le soleil n'éclaira une cause plus importante que la nôtre. Ce n'est pas l'affaire d'une ville, d'un comté, d'une province ou d'un royaume... ce n'est pas l'intérêt d'un jour, d'une année, d'un siècle : la postérité est virtuellement impliquée dans ce débat, et sentira plus ou moins le contre-coup des opinions actuelles jusqu'à la fm des âges... En mettant la guerre à la place du raisonnement, on a ouvert une nouvelle ère à la politique, on a donné naissance à une nouvelle façon de penser... Nous nous sommes vantés de la protection de la Grande-Bretagne, sans prendre garde que l'intérêt et non l'attachement dirigeait sa conduite... On dit que la Grande-Bretagne est notre mère patrie : eh bien, sa conduite n'en est que plus infâme... C'est l'Europe et non l'Angleterre qui est la mère

patrie de rAmérique ; ce nouveau monde a été Tasile de tous les Européens persécutés pour avoir chéri la liberté civile et religieuse... Il n'est au pouvoir ni de l'Angleterre ni de l'Europe de conquérir TAmérique, si elle n'est pas d'intelligence contre elle-même avec ses conquérants... Toute idée de réconciliation n'est plus qu'un rêve trompeur... jamais il ne peut se former de raccommodement véritable où la haine a fait de si profondes blessures... Il n'est pas au pouvoir de l'Angleterre de traiter l'Amérique comme nos intérêts l'exigent... Il est aussi impossible à l'Angleterre de nous gouverner que de nous conquérir. » Après avoir combattu avec une logique pressante les arguments donnés en faveur d'une réconciliation des colonies avec l'Angleterre, il traçait les bases d'un gouvernement . qui , en laissant à chacune d'elles leur individualité pour la gestion de leurs affaires intérieures, les soumettait à l'autorité d'un congrès général formé par des députés de toutes les colonies, et il terminait par des réflexions sur les ressources que possédait l'Amérique, sur la possibilité où elle était de former une flotte capable de tenir tête à celle de l'Angleterre. « La jeunesse des nations, s'écrie-t-il, est comme celle des individus, la saison propre à semer de bonnes habitudes. Il serait difficile, sinon tout à fait impossible, dans un demi-siècle, de donner un gouvernement à l'Amérique... Le moment actuel nous offre une occasion que le Ciel n'accorde qu'une fois à chaque peuple, celle de se donner un gouvernement national. »

Ce petit écrit, qui répondait aux convictions et aux passions du jour, fit un effet extraordinaire.

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