SAINT-GERMAIN ET LES COURTISANS
plus grande qu'à notre époque, et il faut tenir compte du nombre des concurrents qu'amenait la misère, avant d'admettre une conclusion aussi mathématique.
Dans le chapitre intitulé : De la police intérieure des sooièyement corpsy Saint-Germain commence par déclarer que le seigneurs co
j «» • 1 4 ^ /»/> • les réform
roi ne veut « souffrir dans ses troupes aucun oiiicier de affichant l'incrédulité, ou qui aurait des mœurs ^"'"^®"™ dépravées, un homme scandaleux n'étant pas digne de commander d'autres hommes : » il défendait le luxe, les jeux de hasard. Il substituait à la prison pour les fautes légères « des coups de plat de sabre. y> « Si, disait-il, ce dernier châtiment, le plus efficace par la promptitude, et d'autant plus militaire que les nations les plus célèbres et chez lesquelles rhonneur était le plus en recommandation en employaient rarement d'autre, est redouté du soldat français, il sera un moyen d'autant plus sûr à employer pour le succès de la discipline. » Il défenfendait à un officier, de quelque grade qu'il fût, d'injurier un soldat^ sous peine de destitution. Dans le chapitre intitulé : Avayicement et nomination aux emplois vacants^ il décidait qu'aucun officier, « quand •même il serait de la naissance la plus distinguée, » ne pourrait parvenir au commandement en chef d'un corps, s'il n'avait auparavant servi dans les troupes d'infanterie, cavalerie dragons ou hussards, pendant quatorze ans; que les places de « colonel en second, destinées aux jeunes gens de qualité, » ne seraient données qu'après huit ans de service. Il voulait que les colonels commandants, et les colonels en second, fussent assujettis à un service réglé et as-
sidu, dont aucune circonstance ne pourrait les dispenser \ Ces réformes prudemment conçues, qui respectaient en général les situations acquises, et fixaient une indemnité aux personnes privées d'un emploi ; ces réformes, qui laissaient plus de mille gardes du corps pour le service spécial du roi, et admettaient encore des différences exorbitantes entre le service militaire fait à la cour et celui exercé ailleurs, puisqu'un lieutenant des gardes du corps touchait un traitement de dix mille livres, et qu'un lieutenant de compagnie détachée aux frontières n'avait que quatre cent six livres de solde; ces réformes soulevèrent l'indignation des grands seigneurs. Ils appelèrent le nouveau ministre un Maupeou militaire. Le frère du roi, le comte de Provence, poussé par son entourage, vint lui demander raison de ce qu'il faisait des carabiniers qu'il commandait; le duc de Noailles, capitaine des gardes du corps, sollicita auprès du roi la communication des projets de Saint-Germain. Saint-Germain répondit respectueusement à Monsieur qu'il exécutait les volontés du roi, et Louis XVI repoussa sèchement Noailles, en disant qu'il n'aimait pas la curiosité.
< Mémoires secrets, tome V]U, p. 282, 2S1.-- Correspondance secrèU de Marie-Thérèse et du comte de Mercy, tome U, p. 293, 493, 402, 404. — Mémoires sur la vie et les ouvrages de M, Turgot, tome II, p. 128, 129, 131, 136, 144, 145, 152, 153, 156, 157, \6L — Archives nationales, 0' 120, fol. 252 et suiv.; F* 2070, Recettes du Trésor en 1774; K 164, Correspondance de Vergennes, 22 octobre 1775. — Mémoires du prince de Montharrey. Paris, 1826, in-8, tome II, p. 146, 147, 149, 150, 151, 156, 157, 158. — Mémoires de l'abhé Georgel, tome I, p. 438 et suiv. — Mémoires du baron de Besenvaî^ tome II, p. 27. — La France sous Louis XV j tome V, p. 68. — Recueil général des anciennes lois françaises, par Isambert, tome XXIII, p. 268 et suiv., 436 et suiv., 447 et suiv., 451 et suiv.
SâINT-GëRMAIN et la reine. 461
Les mousquetaires gris et les grenadiers à cheval, s^nt-Gem
.. t . 'fi* /»•! contraria
dont les capitaines étaient sans crédit, furent facile- dans
./« /i «j-j i* • 8*8 réform
ment reformes, le capitaine des mousquetaires noirs scène qu se tut sous la promesse du cordon bleu. Le prince de ^"* '"' ** '* Soubise, cédant à ce qu'il regardait conâme un orage passager, demanda et obtint la conservation de cinquante gendarmes^ comptant plus tard reconstituer ce corps ; il en fut de même pour les chevau-légers commandés par le duc d'Aiguillon, le neveu de Maurepas. Un des favoris de la reine, le comte d'Esterhazy, maintint, par l'entremise de cette princesse, ce qu'il appelle <c ses chers hussards, d Mécontent de la garnison que le ministre avait assignée à ce régiment, conservé malgré lui, Eslerhazy vint s'en plaindre à Marie-Antoinette, qui, accueillant ses doléances, le fit entrer dans un cabinet attenant à la pièce où elle se trouvait au moment où arrivait Saint- Germain, qu'elle avait mandé. A peine ce vieillard fut-il en présence de la reine, qu'elle l'apostropha en lui disant : oc II suffit que je m'intéresse à quelqu'un, Monsieur, pour que vous le persécucutiez. Pourquoi envoyez- vous le régiment d'Esterhazy à Montmédy, qui est une mauvaise garnison, où l'on ne met jamais de troupes à cheval 7 Voyez à le placer ailleurs. — Mais, Madame, répondit le ministre, les destinations sont faites : peut-on déplacer un ancien régiment pour en mettre un nouveau? — Comme vous voudrez, mais que M. d'Esterhazy soit content, et vous viendrez m'en rendre compte. i> La-dessus, ajoute Esterhazy, qui rapporte cet étrange colloque, la reine tourna le dos à Saint-Germain et vint me trouver dans le cabinet, où j'avais tout en- ..u
tendu. Esterhazy choisit Rocroy, et eut la promesse d'aller l'année suivante à Metz, la meilleure garnison de France. Lauzun obtint, par la même protection, un régiment et un don de quarante mille écus. Turgot Turgot et Malesherbes essayaient de soutenir les
t Malesherbes
essaient de bonncs inlontions de Saint-Germain en affermis-
Dteoir les ré- ^i • t ii'*^'j '/> t
formes de sant Ic roi dans ses velléités de reforme. <ic Le roi aint-Germain. ^gj parvonu au trônc, disait Malesherbes dans un
mémoire à Louis XVI, dans un moment où Téconomie était demandée par le vœu général de son royaume épuisé. .. On ne tarda pas à reconnaître que le roi n'avait aucun de ces goûts dispendieux qui ruinent les États.... Les acclamations si générales et si flatteuses qui ont éclaté.... ont été dues &i grande partie à l'opinion conçue de lui à cet égard... M. de Saint-Germain est un grand homme de guerre qui possède tous les détails... il a débuté par entreprendre les plus grandes et les plus difficiles réformations ; jç ne sais si l'on rend un compte sincère au roi de l'effet que font sur toute la France les opérations de M. de Saint-Germain. J'ose lui attester que le peuple ne lui sait mauvais gré que de celles qu'il n'a pas pu faire, et que le ministre dont il est si important de conserver la réputation, en perd une partie toutes les fois qu'il est arrêté dans sa marche et obligé à ne pas faire ou à ne faire qu'en partie les réformes qu'il avait projetées. »
aini-Germain Mais l'impartiale fermeté de Turgot ne pouvait ''T4i'r^à''"''^^''*^iï* Saint-Germain qui, faute de perspicacité, s'était MX'Lf' '^^''^ ^ Mauropas. Lorsque, s'apercevant des embaiv poilï^ tolîS's''^ ras que lui causait Montbarrey par son opposition choses. constante à tous ses projets, notamment à la réforme