LES COUPS ÙK PLAT DE SABRÉ
Germain portait la peine de son peu de prévoyance. « Un homme nerveux, écrit Besenval, à propos des atteintes portées à ses plans par des complaisances de faveur^ aurait tenu tête à M. de Maurçpas et [nis le marché à la main au roi» qui aurait cédé selon toute apparence et rendu M. de Saint- Germain toutpuissant ; et il se serait vu à même de faire de grandes cbosesi ou, si on l'avait pris au mot, il serait retourné dans sa retraite comblé de gloire, j> Besenyal, qui décrie Saint-Germain et en même temps approuve ses plans avec la légèreté la plus singulière^ est dans le vrai ; mais» pour pouvoir agir ainsi et triompher, le ministre de la guerre aurait dû comprendre qu'il fallait s'attacher à Turgot el savoir que, sans Tappui du contrôleur général, il allait tomber sans défense entre les bras de ses adversaires les plus résolus. C'est cette faiblesse d'un vieillard qui a été la cause de l'échec subi par sa renommée. Du jour qu'il eût rompu avec le seul homme cfipable de conduire à fin les réformes qu'exigeait Topinion publique sans pouvoir préciser pourtant ce qu'elle voulait, Saint-Germain vit ses projets à la merci des critiques les moins fondées, et un blâme général et indéterminé y attacha un caractère chimérique qui compromit leur réahsation autant que les faveurs accordées à quelques courtisans.
La substitution de coups de plat de sabre à la peine ce qu'on é .de la prison, fut vouée au ridicule par une de ces cruîquelî phrases sonores qui s'adressent plus à l'imagination ,^.8^châtfm qu'à la raison. « La plus funeste de ses innovations, corporel
* , • ^ • introduits!
eçrit le comte d Allonville, fut l'introduction descoups J>»-mée p de plat de sabre , q^iji irrit^rept. ,lç^ soldat et firent
dire à Tun d'eux 3 Frappez de la pointe^ cela fait moins de mal . » Il alla , dit le comte d'Esterbazy, « jusqu'à établir les peines corporelles qui révoltent tant dans notre pays. » D'Esterhazy ajoute que cette punition causa des émeutes et même des suicides. La cause invoquée par des gentilshommes qui probablementy dans leur service militaire, ne se sont pas fait grand scrupule d'ordonner de brutales corrections contre de simples soldats, n'est évidemment qu'un aliment d'apparat. Un journal du temps, jugeant avec impartialité ce genre de correction à propos d'une pièce de vers adressée à la reine contre Fintroduction de cette punition^ écrit : a Cette pièce... est apparemment l'ouvrage d'un jeune homme dont lu tête, remplie de vers tragiques, s'échaufiTe aisément sur toutes sortes de sujets... Quand Sa Majesté aurait condamné toute son armée à être pendue, il eût été difficile à notre poëte de trouver un ton plus lamentable et plus désespéré. Gomment une punition militaire, reçue dans tout le reste de l'Europe, peutelle être regardée en France comme la flétrissure la plus humiliante ?.•• De peur d'être aussi sérieux que notre poëte, rapportons comment la question... fut décidée un jour dans une assemblée d'officiers où on l'avait agitée avec beaucoup de €eu. Chacun dit son mot ; un seul de la compagnie s'obstinait à garder le silence. Après avoir écouté le plus gravement du monde... il se leva... et, d'un très-grand sang-froid, dit : (n Messieurs, vous penserez là-dessus comme il vous plaira. Pour moi, j'ai reçu beaucoup de coups de bâton, j'en ai fait donner beaucoup, et je m'en suis toujours bien trouvé. j> Le journaliste ajoute :
MALESHKRBES. M7
« G'étak un officiel de fortune qui avait acquig unei grande^ expérience. »
Saoâ vouloir se prononcer sur le plus ou moins de convenance des corrections cwporelles» il n'est pas déplacé d'ajouter à cette boutade que la loi de i790 rendue par l'Assemblée e^Mistituante^ punit ' le marift eoupable d'une désobéissance envers ub offîcier> pour fait de service^ de douze coups de corde au €9ibestan. Il est difficile de comprendre comment^ à *ne époque où la torture n'était pas encore abolie^ des. coups de plat de aalnre auraient pu froisser la fîerté militaire au point où TaflBrment ces gentils-* homnes^ tandis qu'à notre époque le marin ne se trouve pas déshonoré pour avoir reçu dea coups de corde*.
Si Malesherbes ne devait pas, comme Saint-6err cancu main, se liguer avec les ennemis de Tuigot, il allait, par ses faiblesses d'esprit, son manque d'empire sur lui-même, causer autant de dommage aux vastes et sages conceptions de son ami que des courtisana égoï^s et ignorants. Vivant au milieu des livres ou d^une société choisie dans laquelle il parlait de bien"
* Uénfcires seereU, tome VII, p. 6, 13; tome Vllf, p. ?8I,287.-^ Mémoires secrets 4u comte d'Allonville, tome I, p. 84. — Mémoires de Bèsèn^al, tome TI, p. 25 et suhr., 32. -^ Recueil général des ancienneé Iaîm françaises, tome XXIV, p. 10. — louis XVI, Marie-Antoinette H M^fi Elisabeth y par Feuillet de Conches, t. IV, p. 16 etsuiv. — Œuvres de Condorcet, t. I, p. 12?. — Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XFf, par Soulayie. Paris, 1801, in-8*, tome II, p. 337 6| suiv (Mémoire de Malesherbes au roi.) — Jf^motr^^ de Lauxun, p. 244, 256. —Mémoires du prince de Montbarreyy t. lî, p. 153 et suiv., 167, 170. — JffSmotm. du comte Alesandre de Tt%, 1828, in*8% t. I, p. 96 et suiv. ^Archives tiatiqnales, 0« 230, 1776; 0^ 120, fol. 281 et suiv.; 0< 121, fol. 106, 168. — Correspondance de Grimm et Diderot. Paris, 1812, in-8", MfUelll, {>.')50éiAuif4 ' ■
de Maleshi
faisance, de liberté, du progrès des lumières et des arts, il avait pris l'habitude de s'exalter sur ces sujets qui enivrent l'imagination^ en les isolant des difficultés qu'entraîne le contact des hommes toutes les fois que de la théorie il faut passer à la pratique.^ Né avec beaucoup d'esprit, de facilité pour les sciences et d'éloquence naturelle, écrit Condorcet à Voltaire, M. de Malesherbes a, soit par goût, soit par d^aut de rectitude dans l'esprit, un penchant pour des idées bizarres et paradoxales; il trouvé dans son esprit des raisons sans nombre pour défendre . le pour et le contre, et n'en trouve jamais aucune pour Be décider. Particulier, il avait employé son éloquence a prouver aux rois et aux ministres qu'il fallait s'occuper du bien de la nation ; devenu ministre, il Tem- > ploie à prouver que le bien est impossible.. ^ J'ai vu € pour la première fois de ma vie, dit lord Shelburne h mademoiselle de L'Espinasse, en sortant de chez Malesherbes, ce que je ne croyais pas qui pût exister. C'est un homme dont l'âme est absolument exempte de crainte et d'espérance, et qui cependant est pleine de vie et de chaleur. Rien dans la nature ne peut troubler sa paix ; rien ne lui est nécessaire, et il s'intéresse vivement à tout ce qui est bon. t> Éloge et critique à la fois de ce rêveur séduisant dont Tesprit se détachait de la vie réelle pour se perdre dans un monde d'abstraction, et dont les désirs de bien s'évanouissaient impuissants devant le moindre effort qui aurait pu les rendre utiles à ses semblables.
e Maieshlrfoes ^^ ^^^ prcmicrs actcs de son ministère fut une
Dame ministre, circulairc demandant aux directeurs des maisons de
force un état détaillé des détenus enfermés par ordre
MliNlSTËRË DE MALESHtiRBES. 46»
du duc de La Vrillière, et de leur conduite depuis leur încareération> Il mandait aux intendants Tin* tention du roi de pennettre à tou6 les exilés et à. tous les prisonniers de faire parvenir à son ministère leurs réclamations et leurs griefs. Il n'était question, dans les nouvelles du jour, que du respect du nouveau ministre pour la liberté individuelle, de la nécessité de soumettre désormais les motifs d'une lettre de cachet à une délibération du Conseil, et de n^en permettre l'usage au lieutenant de police que dans des cas rares, et à la condition d'interroger les pri * sonniers dans les vingt-quatre heures, c On ne voit que prisonniers élargis, grâce à M« de Malesherbcs, )» écrit-on dans les Mémoires secrets, à la date du 24 août, deux mois à peine après son arrivée au ministère.
Il cherchait, autant que possible, à porter la pacification dans les esprits. « Il n'est pas impossible^ écrivait-il à M. Leblanc de Castillon, d'empêcher l'esprit de dissension d'éclater et d'agiter la société malgré les troubles des derniers temps ; c'est l'objet qui doit nous occuper principalement... Je vous demande avec instance. •• de me parler naturellement et avec confiance sur ce qui est du bien de votre province et surtout sur ce qui peut y rétablir la tranquillité. ]i II tâchait de propager l'étude des sciences, des arts et de l'érudition, de préférence à ce qu'il nomme la littérature agréable, et, à propos d'associa*» tions destinées, comme l'Académie française, à s'occuper uniquement de belles-lettres, il écrit au contrôleur général : « Je regarde (îomme trop dangereux de répandre l'émulation à cet égard. Tout homme qui n'excelle pas dans ki carrière du bel esprit est att
moins un sujet inutile; le tempis qu'il y a consomé sans fruit n'a pas laissé de lui en faire coutraoter le goût, ce qui le rend toujours incapable de tout emploi tant soit peu sérieux... Les sciences produisent ua effet tout contraire : elles fixent entièrement ceux qui s'y attachent... Elles ont..; un objet d'utilité réelle, et ceux mêmes qui n'y sont que médiocres sont encore bons à quelque chose, t^
Il discuta avec Louis XVI la nécessité d'interdire les inhumations dans les églises, après le terrible événement arrivé, trois années auparavant, en Bourgogne, où plusieurs prêtres et quarante enfants furent foudroyés par les miasmes exhalés d'une fosse ouverte pour y descendre un mort.
goances de Toutcs ces qucstious l'intéressaicnt par leur gêné- ^fonafolT''^ ralité ; mais, quand il s'agissait de donner des ordres m^MToi!^ pour faire exécuter des pièces de théâtre que la reine ou les princes avaient envie de voir, d'autoriser mademoiselle AUard a à reparaître sur la scène i> pour y danser le pas de Syhie^ a sans qu'elle puisse conclure qu'elle raitre à l'Opéra et que le directeur puisse contmuer à faire danser ce pas ; » quand il s'agissait de discuter avec l'archevêque de Paris au sujet de Touverture de la salle de comédie le jour de l'Assomption ; quand il fallait demander au garde des sceaux de taire renouveler la lecture aux prônes des villes et villages habités par des soldats de l'ordonnance du roi concernantles fillesenceintes, à l'occasion de deux cents malheureuses mises en cet état, prétendait-on, à Compiègrie, Verberie, Pont-Saint-Maxence» Senlis, Beaumont, Pontoise ; quand il devait donner Aes ordres pour empêcher la publicité d'un livre sur
DÉCOURAGEMENT DE MALfiSHERBES. 47 i
madame du Barry ; quand il s'agissait» enfiq^ de toutes ces prescriptions auxquelles ne peut se soustraire un administrateur, le dégoût de ses fonctions s'emparait de lui. Obligé de reprendre Linguet à cause d'articles tirés de la Gazette des Pays-Bas sur la charge de surintendante de la maison de la reine, il lui mandait : « Il suffira de dire que vous avez reconnu que l'article n'est pas exact, et que vous le désavouez. :s Il le prévenait une autre fois en ces termes, à propos d'observations sur des droits prélevés par M. de Bro* glie dans sa terre de RufTec : ce Vous mentionnez les mémoires imprimes contre lui, ce qui donne la curiosité de les lire... M. de Broglie ne s'est pas encore plaint, et je n'irai pas sûrement prévenir des plaintes qui vous feraient des affaires; mais je vous conseille d'y prendre garde. »
La rupture des engagements pris par le ministre de la guerre avait augmenté le découragement de^ Malesherbes, en lui faisant craindre, ce qu'il redoutait le plus, la nécessité d'entrer en lutte avec les hommes. De toutes les dépenses de Votre Majesté, disait-il dans le mémoire déjà cité, <i celle sur laquelle on demandait le plus d'économie et de réformation était celle de la maison du roi. Dans la guerre, la marine, les affaires étrangères^ en même temps qu'on demande la diminution des dépenses, on craint aussi de diminuer les forces du royaume ; mais, dans la maison du roi, on n'a pas la même crainte. .. ce n'est point une façon de penser qui me soit personnelle : ce n'est point ce qu'on appelle aujourd'hui un système, c'est la façon de penser de la France entière... Sa Majesté a jugé à propos de m'appeler au minis*
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tère et de me donner le département de sa maison ; Elle sait avec quelle répugnance Je m'en suis chargé. «. Sans entrer dans toutes les causes de mon éloignement d'une place aussi éminente» une des principales était la nécessité de cette réfornlation... Je m'expliquai là-dessus avec M. de Maurepas et avec M. le contrôleur général... On me répondit qtfe je serais dispensiî de ce soin, qu'un plan général de rëformation économique de la maison du roi serait fait par ordre de M. le contrôleur général.. • et qu'après son approbation, l'exécution seule concernerait mon département, et il m'était aisé de prévoir: que cette exécution ne commencerait qu'après que je serais sorti du ministère... D'après mes conventions, je me reposais sur ce travail, et j'en attendais le succès, quand M. le comte de Saint-Gerttnain a été nommé ministre de la guerre... > Je n'ai jamais été courtisan, ni écuyer, ni maître d'hôtel, ni maître de la garde-robe, disàit-il en finissant, pour montrer combien il était peu propre à accomplir une réforme dont il reconnaissait l'urgence.
Malesberbes approuvait les projets de Turgot, affectionnait sa personne; il aurait bien voulu, tout en satisfaisant son désir de retraite, ne pas le laisser isolé. Aussi, vers les derniers jours de janvier 1776, il s'entretint avec son cousin Lamoignon de la résolution où il était de quitter la cour et lui proposa de le remplacer, espérant ainsi satisfaire à la fois ses désirs et son devoir d'ami vis-à-vis du contrôleur général.
ormeié de QuHUt à Tufgot, il avait jeté un regard trop prob'ot; ii voit les f^j^^ sur Ics dangcrs de l'avenir; il était trop con-
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vaincu de la nécessité de les conjurer et de la possi- dange» bîlîté de le faire, pour reculer devant un obstacle qui ne serait pas invincible. Persuadé chaque jour davantage que le gouvernement de la France n'avait plus d'appui et qu'il fallait lui en donner un ; convaincu, comme il l'avait dit à Miromesnil, qu'on n'était plus dans un temps oii les voix des roturiers pouvaient n'être pas comptées, il cherchait à faire entrer le peuple sur cette scène dévastée de l'Étal où se montrait seul un groupe de privilégiés dont le temps avait confondu les intérêts autrefois divisés.
Sous un titre modeste, il préparait un mémoire Base nouteu destiné à faire ressortir tous les éléments dont se n tcuI^i^o compose une nation, et à montrer, avec la sûreté de 8°"'^®''°^'"' coup d'œil et l'instinct pratique de l'administrateur, le moyen de les utiliser tant dans leur propre intérêt que dans celui de la société qu'ils forment par leur ensemble. Brisant, dès les premiers mois, en parlant de municipalités à établir, avec ces traditions ridicules qui veulent maintenir une erreur dans le présent parce qu'elle est un legs du passé, il disait : « Il ne s'agit pas de remonter à l'origine des administrations municipales... On a beaucoup trop employé, en matières graves, cet usage de décider ce qu'on doit faire par l'examen et l'exemple de ce qu'ont fait nos ancêtres... Celte méthode n'est propre qu'à égarer la justice à travers la multiplicité des faits qu'on présente comme autorités. Elle tend à dégoûter les princes de leurs plus importantes fonctions en leur persuadant que, pour s'en acquitter avec fruit et gloire, il faut être prodigieusement savant. Il ne faut cependant une bien connaître et
bien peser les droite et les intérêts des hoinives. Ces droits et ces intérêts ne sont pas fort multipliés, 4e sorte que la science qui les embrasse, appuyée sur des principes de justice que chacun porte dans son cœur... a un degré de certitude très-grand, et néanmoins n'a que peu d'étendue. Elle n'exige pas une fort longue étude et ne passe les forces d'aucun homme de bien. Les droits des hommes réunis en société ne sont point fondés ôur leur histoire, mais sur leur nature ; il ne peut y avoir de raison de perpétuer les établissements faits sans raison. Les rois prédécesseurs de Votre Majesté ont prononcé, dans les circonstances où ils se sont trouvés, les lois qu'ils ont jugé convenables. Ils se sont trompés quelquefois. Ils l'ont été souvent par l'ignorance de leur siècle, et plus souvent encore ils ont été gênés dans leurs vues par des intérêts particuliers... qu'ils ne Be sont pas cru la force de vaincre... Il n'y a rien là-dedans qui puisse vous asservir à ne pas changer les ordonnances qu'ils ont faites.... Votre Majesté, tant qu' Elle ne s'écartera pas de la justice, peut donc se regarder comme un législateur absolu ... Cette nation est nc^breuse : ce n'est pas tout qu'elle obéisse, il faut s'assurer de la pouvoir bien commander, et, pour le faire sans erreur, il faudrait connaître sa situation, ses besoins, ses facultés ; c'est ce qui serait plus utile que l'historique des positions passées. Mais c'est ce à quoi Votre Majesté ne peut pas espérer de parvenir dans l'état actuel des choses... De là naissent, dans l'assiette et la répartition des impôts,'dâns les moyens de les lever et dans l'administration intérieure, une infinité d'erreurs, celles qui ewitent le
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pliiSi de murffiuras et qui» portant le plus sur \es der^ ni^es classes du peuple, contribuent effectivement le plus à les rendre malheureuses. Il serait impossible d'y poiiœvoir si Ton n'imaginait pas quelques formes, quelques institutions d'après lesquelles la plupart des choses qui doivent être faites se fassent d'elles^mâmee suffisamment bien, et sans que Votre Majesté... ait besoin d'être instruite que de très-peu de faits particuliers... ni d'y concourir autrement que par la protection générale que vous devez à vos sujets. La recherche de ces formes est l'objet de ce mémoire. La cause du mal, Sire, viept de ce que notre nation n'a point de Constitution. C'est une société composée de différents ordres mal unis, et d'un peuple dont les membres n'ont entre eux que très-peu de liens sodaux, où, par conséquent, chacun n^est guère occupé que de son intérêt particulier exclusif... Votre Majesté est obligée de tout décider par Elle-même ou par ses mandataires... tandis que V0UB pourriez gouverner comme Dieu par des lois générales, si les parties intégrantes de votre empire avaient une organisation régulière et des rapports connus... Il n'y a point d*esprit publie, parce qu'il n'y a point d'intérêt commun visible. et connu.. • Pour £aiire disparaître cet esprit de désunion... il faudrait attacher les individus à leurs familles, les familles au village ou à la ville à qui elles tiennent, les villes et villages à Tarrondissement dans lequel ils soirt cohh pris, les arrondissements aux provinces dont Us font partie, les provinces enfin à l'État... La première et laf plus importante de toutes les institutions... serait la forina^rï d'un conseil de l'instruction nationale. . •
Le premier lien des liations est les mœurs, la première base des mœurs est rinstruction prise dès l'enfance sur tous les devoirs de l'homme en société. »
Après avoir formulé les espérances quMl comptait réaliser par un conseil de Tinstruction nationale» qui aurait sous sa direction les académies, les universités, les collèges, les petites écoles, il arrivait à la description d'un village, qui est « composé d*un certain nombre de familles qui possèdent les maisons qui le forment et les terres qui en dépendent. La police ecclésiastique a fait, à cet égard, d'assez bonnes divisions de territoire... par la nécessité de ne donner anx paroisses qu'une étendue dans laquelle il ne soit pas au-dessus de la force d'un curé de remplir les fonctions de son ministère ni trop pénible aux citoyens de se réunir... La division par paroisses... peut donc être adoptée. y> Il admettait que la gestion des affaires d'un village était (c susceptible d'une administration politique aussi claire que l'administration religieuse que le curé y exerce, y> Les objets qui peuvent la concerner, disait-il, sont :
«c 1« De répartir les impositions ;
a 2** D'aviser aux ouvrages publics et aux chemins vicinaux. ..
« 3** De veiller 5 la police des pauvres et à leur soulagement;
a 4^ De savoir quelles sont les relations de la communauté avec les autres villages voisins et avec les grands travaux publics de l'arrondissement.
« La nécessité de former cette administration de village, disait-il^ après avoir démontré qu'eUe ne