LA FRANCE DANS L'INDE EN
sance maritime, se dire de nouveau qu'il avait donné à son pays un vaste empire que « ni Hollandais, ni Français, ni ennemi quelconque ne pourrait détruire. » L'œuvre de Clives devait résister jusqu'aux erreurs de la mère-patrie, car toutes les fois que les Anglais refusaient d'exercer leur influence, la part d'autorité qu'ils ne prenaient pas était saisie par leurs ennemis ou réclamée comme un droit par des alliés qui ne voulaient obéir que s'ils étaient protégés. Les conquêtes de l'Angleterre s'étendaient en dépit des ordres de la Compagnie, des votes du Parlement, en dépit de la faiblesse d'une administration qui, pendant cinq années, jusqu'à la nomination de Warren Hasting, tomba entre les mains d'agents incapables ou corrompus. Warren Hasting, nommé à la présidence du Bengale, en 1772, affermit les conquêtes de Clives, en fit de nouvelles et quand, en 1778, la lutte entre l'Angleterre et la France recommença, l'Inde anglaise contenait trente millions de sujets ou d'alliés assujettis ou tributaires^ elle produisait plus de deux cents millions de revenus, et ses trois établissements principaux : Bombay, sur la côte de Malabar, Madras, sur la côte de Coromandel, et Calcutta, sur le Gange, étaient défendus par dix ou douze mille hommes de troupes blanches et par une armée de cipayes, c'està-dire d'indigènes formés à la tactique européenne, dont le nombre pouvait indéfiniment s'accroître, car il ne dépendait que des sacrifices d'argent qu'on pourrait faire.
Au milieu de ces trois grandes provinces, qui for- situation naaient chacune de vrais royaumes, se perdaient, ^vllI^lTim"
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comme étouffées, les trois stations commerciales qui restaient à la France sur ces rivages de l'Inde: Mahé, Pondichéry et Chandernagor. Les entraves mises à leurs frontières exiguës par des voisins victorieux, en chassaient chaque jour la population et le commerce. Il fallait de toute nécessité prendre (les mesures pour les soutenir, avec Tespoir de rétablir un jour un équilibre entre les Anglais et les Français, ou se décider à épargner des dépenses inutiles en les abandonnant complètement. Débats du Conseil Ccs dcux altemativcs furent longuement débattues
à Versailles. , __ .,i t . . i i • ^ ..
a Versailles. Le mmistre de la manne Sartmes consulta Bussy, lui demandant de traiter, dans un mémoire, les trois questions suivantes : Faut-il faire une expédition dans l'Inde? faut-il se borner à rester sur la défensive dans ces contrées ou faut-il évacuer les positions que la France occupe encore sur le continent et se borner à la possession des tles de France et de Bourbon?
Bussy y répondit en disant que pour une expédition donnant des chances de succès, il fallait un corps de dix mille hommes, un train d'artillerie en rapport avec cette force et l'argent nécessaire, pendant un an, pour pouvoir être en état de retirer non seulement les dépenses faites pour l'expédition, mais des avantages qu'on ne pouvait pas apprécier à Tavance. Un ancien gouverneur de l'Ile-de-France, le chevalier de Ternay, aftirma qu'avec une escadre assurant aux Français la supériorité sur mer et trois mille hommes de troupes, il serait possible de combattre avec avantage les Anglais sur la côte de CoromandeL Les conclusions de Bussy furent repoussées comme im-
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LA FRANCE DANS L'INDE tN 1778. Ui
possibles à réaliser dans rélat où se trouvaient les finances de la France et les plans de Ternay durent être écartés comme trop coûteux, à cause de l'armement de dix vaisseaux de ligne et comme insuffisants pour l'obtention de résultats sérieux.
Les ministres qui avaient refusé d'envoyer des soldats à la défense de Pondichéry, malgré les instances de Sartines , finirent, dans un dernier conseil par décider, que Tordre serait donné au gouverneur des possessions françaises de l'Inde, de se retirer à la première menace d'hostilité, à Tlle-de- France avec la plus grande partie de ses troupes et toute son artillerie. Les Anglais, fut-il dit pour appuyer cette résolution, ont des forces infiniment supérieures à celles des Français, la saison est trop avancée pour permettre l'envoi de renforts suffisants et si la cour de Londres a décidé de déclarer la guerre, elle est commencée et les secours expédiés d'Europe arriveraient trop tard pour empêcher la prise de Pondichéry.
A peine le vaisseau qui portait ces résolutions au musions des marquis de Bellecombe était-il parti, qu'arrivait une ^Tm riîder* lettre de ce gouverneur des Indes françaises, annon- de poKhéry. çant la possibilité d'un revirement des princes asia- *^ ***^'*'*'''* ^™' tiques en faveur de sa patrie. « Tout semble inviter à prendre un parti, disait-il, sur la proposition que font depuis longtemps nos agents diplomatiques d'opérer dans rinde une révolution. C'est auprès du Mogol à Delhi même qu'il faudrait envoyer un corps de troupes destiné à faire rentrer sous son obéissance les provinces qui sont devenues la proie du premier occupant... Les dépenses seront non seule-
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ment bientôt remboursées, mais toutes celles que Tadministration a faites jusqu'ici en pure perte le seront également. La position des Anglais, craints et détestés de tous les peuples de Tlndoustan, ne laisse point de doute sur les ressources que Ton pourrait se procurer du Mogol dont les revenus sont immenses, qui nous appelle depuis longtemps et qui verrait en nous des libérateurs. Si Ton persiste à regarder T Inde comme un pays peu important^ il vaut mieux l'abandonner entièrement que d'y entretenir des établissements jcoûteux dont la dépense est inutile, dès qu'elle ne peut remplir l'objet qu'on doit avoir en vue. » Après ce dernier conseil qui était celui du bon sens, il ajoutait, avec l'exaltation du patriotisme : <£ On peut être sûr que les Anglais délivrés de la crainte que leur inspire encore la connaissance qu'ils ont de nos ressources etde l'attachement des Indous pour notre cause, se livreraient bientôt sans pudeur aux vues ambitieuses qui les animent et qui leur font regarder l'empire Mogol comme une proie qui tôt ou tard ne peut échapper à leur cupidité. D
La vigueur et l'habileté des Anglais ne permit pas un instant aux ministres de regretter leur décision. Vingt mille cipayes et deux mille soldats européens, rassemblés sous les murs de Madras, en prévision de la guerre, se mirent en marche pour Pondichéry dans le temps même où Bellecombe faisait les derniers efforts pour mettre la ville en état de défense et nouait des relations avec Hyder-Aly, sultan de Mysore, afin d'obtenir qu'il protégeât Mahé et ses trois cents défenseurs jusqu'à l'arrivée de secours atlen-