‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 101 sur 177 · PRISE DE PONDICHÉRY · texte numérisé non relu

PRISE DE PONDICHÉRY

dus d'Europe. Le 5 juillet, Pondichcry était bloquo par les Anglais et leurs alliés Indiens. Le 8 août, lord Munro, arrivé à la tête d'une armée anglaise, déclarait à Bellecombe qn*il avait reçu Tordre d'assiéger Pondichéry et le somniait de se rendre. <c Je tiens trop à l'estime de lord Munro, répondit le gouverneur français, pour lui rendre sans assaut une place dont le commandement m'a été confié par le roi mon maître, y> et il s'apprêta à une défense désespérée. « Je n'ai aucun espoir de sauver la ville, écrivait-il au ministre, le 8 octobre, mais je tiendrai jusqu'au dernier homme. Vingt-sept de mes bouches à feu ont crevé par suite de leur mauvaise qualité... J'ai perdu plus du tiers de mes canonniers; le reste est anéanti par la fatigue. Le régiment de Pondichéry est tout aussi maltraité. Quant à nos troupes indiennes de nouvelle formation, il n'en faut pas parler.,., il ne me reste plus que quatre cents et quelques soldats du régiment de Pondichéry, une centaine de canonniers et deux cents bons cipayes avec quelque topas. y>

La lutte continua avec une sorte de rage patriotique au milieu des cris de fureur de la population, qui accusait de trahison le chef d'une petite escadre française, M. de Tronjoly, parce qu'il ne venait pas à son secours. « Jamais position ne fut plus cruelle que la mienne depuis la fni d'août, mandait Bellecombe à Versailles, je l'ai supporté... parce qu'elle pouvait changer d'un moment à l'autre, soit parle retour de M. de Tronjoly, soit par les secours d'Europe ou de l'Ile-de-France, soit par les secours des forces qu'Hydçr-Aly m'a promises; mais aujourd'hui

ail LIVRE DEUXIÈME.

il ne me reste plus d'autre parti que celui de me faire tuer sur le dernier bastion. y> Douze mille bombes, plus de soixante mille boulets étaient lombes sur la ville, le colonel de Bury, le marquis de Vilaine étaient tués. Bellecombe avait eu le bras tra-» versé par un coup de feu, quand, le 13, les Anglais montèrent à l'assaut. Bellecombe les refoula dans leur ligne en les forçant de laisser six cents hommes sur le champ de bataille, tant tués que blessés, mais, deux jours après, le feu des Français cessait, faute de boulets et de poudre, six cent-quatre-vingts défenseurs européens, tant soldats qu'officiers ou habitants de la ville, avaient péri, huit cents blessés agonisaient dans les maisons qui n'avaient pas été renversées par les boulets ou éventrées par les bombes. Il fallait se rendre. La garnison sortit avec armes et bagages, drapeaux déployés, tambours battants, et les soldats ne déposèrent leurs armes que sur le commandement de leurs officiers. Le régiment de Pondichéry put garder son drapeau, sur la demande de Bellecombe, et l'armée anglaise entra dans la ville le 17 octobre 1778.

Alliance inuiiie La gamisou dc Karical s'était repliée sur Mahé le '""^^M^^o^reT ^ 17 septembre, et Chandernagor avait été occupé par **d7^^Mk)nl"' l^^'S Anglais dès le 27 août. Il ne restait plus que coDtine"nV?ndien, Mahé à la Fraucc sur le continent indien. Comment jo mars 1779. (Jéfendrc ce dernier comptoir en l'absence de toute force? Tous les employés français, quel que fut leur grade, se tournèrent vers un de ces royaumes qui surgissaient dans l'Inde comme des météores passagers et demandèrent, d'une manière presque unanime, l'appui du sultan de Mysore. Aventu*

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HYDBR-ALY. 345

rier doué des qualités de l'hoinme de guerre et de l'administrateur, Hyder-Aly, tantôt allié des Anglais j tantôt leur ennçmi, suivant les calculs de sa politique et de ses ambitieux projets, avait grandi et, en 1778^ il commandait une armée de quarante-sept mille quatre cents hommes, disciplinée, comprenant quatre mille six cents Français, trois cent cinquante artilleurs européens et quatre mille six cents artilleurs indiens. Douze cent* soixante pièces de campagne attelées et prêtes à servir, et sept cent vingt bouches à feu reposant sur leurs affûts dans les places de guerre de l'empire de Mysore, complétaient cette puissance militaire, à laquelle au besoin pouvaient se joindre cent cinquante mille fantassins et quarante mille cavaliers habitués à combattre comme les Indiens.

Hyder, décidé dans le moment à lutter contre les Anglais et à obtenir l'appui de la France, ravitailla Mahé et remplit les caisses de l'intendance française. A cette nouvelle, le gouverneur de Madras fit appeler l'ambassadeur du sultan de Mysore : c Mahé est une dépendance de Pondichéry, lui dit-il ; néanmoins le nabab, votre maître, y envoie des secours ; il n'est pas à propos qu'il en agisse ainsi. » Cette représentation à son ambassadeur irrita Hyder au dernier point; il s'écria, dans son orgueil, qu'il ne souffrirait pas qu'il fut fait tort aux gens -établis sur la terre de l'Inde^ « qu'il ne dépendait que de lui de brûler et saccager tout le pays depuis Mahé jusqu'au Travancore et de là jusqu'aux dernières possessions anglaises, en y employant, s'il le fallait, cent mille cavaliers. » Mais les Anglais, forts de leurs quatre-

vingt-deux mille hommes, qui comptaient six mille sept cents européens et soixante-seize mille cipayes formés à la tactique militaire, les Anglais, qui avaient vu se dissoudre Tannée précédente la terrible confédération des conquérants marattes avec leurs trois millions de soldats, ne pouvaient pas s'arrêter devant de semblables menaces. Une flotte de seize vaisseaux portait sept mille hommes en face de Mahé, qui ne comptait que trois cent-cinquante hommes de garnison. Le gouverneur Pirot , dans l'impossibilité de se défendre, céda aux sollicitations des habitanis, qui lui demandèrent de leur épargner les inutiles horreurs d'un siège et d'une prise d'assaut. La garnison partit avec les honneurs de la guerre et, le 20 mars 1779, la France ne possédait plus un seul comploir sur le continent indien ^

Une pareille situation ne lui laissait plus que la perspective d'une guerre de pirates dans les n)ersde l'Inde, comme celle que Lauzun se vante d'avoir fait décider et d'avoir dirigée. « Un soir, écrit-il,

< Hiâtoire de la conquête et de la fondation de Vempire anglais dans l'Inde, par Barchon de Penhoën, tome H, p. 407 et suiv., 409,/4l4 et suiv., 424 et suiv., 426 et suiv., 431 et suiv., 433 et suiv., 436 et suiv., 444 et suiv., 449 et suiv., 480, 488; tome lU, p. 40 et suiv., 43, 46, 217 et suiv., 223 et suiv. — Mémoires historiques et politiques sur U règne de Louis IVI, par Soulavie. Paris, I80I, in-8, tome IIÏ, p t54. — Archives du ministère de la marine. Documents coloniaux. Rapport politique sur l'Inde (correspondance particulière de M. Le Chevalier avec le ministre, 8 juin 1778). Mémoire au ministre de l'intendant Cheurau, 17 juin 1778. Lettre de M. de Bellecombe, mai 1778. Rapport sur l'Inde, février 1778. LettredtvM. LeChevalieraM.de Sartines, datée de Chandernagorle25août 1778 Texte original en mahratte de Quichernarna, ambassadeur chargé des intérêts de la France près d'Hyder-AlyàM. Pirot, gouverneur de Mahé, 13 janvier 1779. Lettre de M. Pirot au ministre, 23 janvier 1779. Lettre de M. de Bellecombe au chevalier de Brillanc. — La France sous Louis XV, tome V, p. 384.

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ËXPËOITlOiN DE SËNÉGAMBIE 347

en lisant chez moi le London Magasine, j'y trouvai l'état des possessions anglaises sur la côte d'Afrique. Je vis qu'elles étaient en très mauvais ordre» et que Ton pourrait facilement s'en emparer. J'en causai avec M. Francis qui était chez moi. Nous en parlâmes ensemble le lendemain à M. de Sarlines. Je lui proposai, tandis que l'escadre allant dans l'Inde, ferait de l'eau aux Iles du Cap Vert, d'en détacher un vaisseau, quelques frégates et quatre à cinq cents hommes pour prendre la Sénégambie et détruire les établissements anglais sur les côtes. Ce projet lui plut et il me demanda si je voulais m'en charger. »

Sur l'acceptation du duc, Sartines lui fit remettre Expéduîondu le 20 novembre 1778, des instructions qui lui près- novembre iW crivaient, en cas de succès, de débarrasser la contrée de tout soldat, fonctionnaire et colon anglais, afin que cette nation ne conservât aucune intelligence avec les naturels du pays. Il avait ordre de transporter au Sénégal la garnison de l'île de Gorée, la seule colonie africaine qui restait à la France, après en avoir rasé les fortifications. Dans le cas où l'expédition échouerait, Lauzun devait réparer au contraire, les fortifications de Gorée et porter sa garnison à trois cents hommes « c'est tout ce que l'ile comporte, disait l'instruction, mais il ne faut pas moins que ce nombre pour qu'elle puisse se défendre, »

Il s'agissait, dans cette expédition, de la reprise, plus nominale qu'effective, d'un vaste territoire, développant ses côtes sur les rives de l'Atlantique, entre le cap Blanc et la rivière de Sierra Leone, longé

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au nord par le désert de Sahara et au sud par la Guinée. Deux fleuves, le Sénégal et la Gambie, débouchant dans l'Océan, avaient servi de route aux européens qui s'étaient établis sur deux îles, celle de Gorée, séparée par un étroit canal de la terre ferme, qui n'est qu'un ro(;herallongé, contenant un excellent mouillage pour les navires ; et l'île Saint-Louis, située au delà du vaste banc de sable qui, interceptant aux grands vaisseaux Tentréedu fleuvedu Sénégal, autrement appelé le Niger, est souvent fatal aux plus petits navires. La compagnie d'Afrique, depuis le droit de trafiquer dans ces pays, donné par Louis XIV en 4696, ne s'était occupée que de trois objets, delà traite des esclaves pour la culture des colonies de TAmérique, dû trafic de la gomme appelée arabique, qui était récoltée dans d'immenses forêts peuplées de gommiers et apportée dans ses comptoirs par des habitants du pays, puis de projets d'exploitation de mines d'or. Cette dernière perspective de profits, qui avait été un sujet d'études en 1730, 1741 et 1746, avait fini par être abandonnée, soit à cause de l'irrémédiable paresse de nègres incapables d'un travail suivi, soit, comme le disent les Arabes Touaregs, qui viennent aujourdhui trafiquer dans le sud de nos nouvelles possessions de l'Algérie, que la rivière Saunon ou rivière d'or, roule de cç métal, mais donne la fièvre à ceux qui entrent dans son lit pour le recueillir.

Il n'existait en réalité au Sénégal, quand la France le possédait, ni territoire ni propriété appartenant au gouvernement français comme dans ses autres colonies. Il n'y avait qu'un commandant et quelques

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EXPÉDITION DE SÉNÉG^MBIË. 349

officiers pour exécuter des travaux militaires et un ordonnateur pour ceux qui concernaient la sûreté du commerce. L'organisation de la justice s'y résumait dans un simple tribunal de police, composé du commandant de la place, de celui des troupes et de l'ordonnateur, qui décidaient, à la pluralité des voix, les contestations relatives aux propriétés et au commerce» élevées, soit entre les Français, soit entre ceux-ci et les indigènes. S'il s'agissait d'un crime, les juges fesaient l'enquête et l'envoyait en France avec les accusés, pour qu'ils y soient jugés.

Les forces militaires destinées à la défense de Gorée et de Saint-Louis, avaient été fixées à six cents hommes répartis en six compagnies appelées les volontaires d'Afrique, parmi lesquels devaient se trouver vingt artilleurs. Aussi nominale que la domination de la France sur ces contrées, dont un soleil brûlant et une humidité fiévreuse, rend impossible la prise de possession parla race européenne, cette garnison était tombée, quand la France les possédait encore toutes deux, à trente-trois soldats à peine pourvus des vivres nécessaires à leur existence, et n'ayant que deux coups à tirer pour chacun des quarante canons mis à leur disposition. Ces vastes contrées, partagées entre une quantité de rois, n'avaient pas plus attiré Tattention du gouvernement anglais depuis la paix de 1763, qu'autrefois celle du conseil de Versailles. Elles étaient en réalité livrées aux spéculations effrontées de deux compagnies aussi déloyales xlans leurs trafics Tune que l'autre, si l'on en croit l'anglais Harrison, quand il juge ses compatriotes, et le chevalier de Lombez quand il parle des siens.

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La concurrence des deux compagnies, qui fit monter le prix du nègre de quarante barres (environ 160 francs) au double, se compliqua, lors de Tinsurrection d'Amérique, des passions que suscite une guerre nationale. Convaincu, dès 1776, delà sympathie de la France pour les révoltés, un lieutenant, cornette d'infanterie, commandant par intérim du fort James sur la Gambie, paria centguinées avec le directeur du commerce de la société d'Afrique, à son passage au Sénégal, qu'il ferait enlever tous les bâtiments français dans les rades de Goal et de Portudal. Au moment de déposer son argent, sir Mamnara avait voulu annuler son étrange pari, mais quelques jours après le navire la Grue de Nantes, qui avait quatrevingt nègres à bord, fut capturé à Portudal par le navire Lord Darmouth, a Je suis si étonné, monseigneur, écrivit le gouverneur français d'un procédé aussi extraordinaire, que j'aurais beaucoup de peine à le croira, si la voix publique ne m'avait pas appris que depuis plus de six mois les Anglais commettent envers tout le monde les vexations les plus affreuses. y> Il se plaignait de l'astuce des Anglais, des présents qu'ils faisaient aux rois nègres, ce Les Anglais dépensent au fort James plus de cent mille francs par an... les villages, dans un espace de deux cents lieues, sont remplis de leurs comptoirs... Suivant les observations que j'ai faites... la rivière de Gambie leur fournit environ 3,500 captifs, cent cinquante milliers de morphil (dents d'éléphants) et trois cents livres d'or. Tout le commerce se fait presqu'entièrement par v>ne seule compagnie qui, sans avoir le privilège exclusif, est parvenue â

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