‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 102 sur 177 · EXPÉDITION DE SÉNÉGAMBIE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE SÉNÉGAMBIE

dégoûter les particuliers. » La même compagnie envahit le commerce de Sierra Leone qui produit chaque année plus de sept mille captifs. Ces deux branches réunies sont un objet de plus de douze millions, » Puis après cette magnifique description de Tactivité déployée par l'intérêt particulier pour vaincre tous les obstacles, le gouverneur ajoute naïvement : « Il est bien surprenant que nos capitalistes, qui hasardent leurs fonds dans des lieux beaucoup moins susceptibles, n'aient pas songé jusqu'à ce moment à fonder un établissement à Sierra Leone où nous avons les mêmes droits que les Anglais. T>

Les capitalistes n'ignoraient pas que tous les mémoires présentés autrefois au gouvernement pour améliorer la situation du Sénégal avaient été repoussés par cette phrase : « U y a un privilège garanti par l'État et concédé à une compagnie. L'État ne peut violer les termes du traité consenti par lui. » L'adage de Montesquieu, que les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté, devait recevoir d'autant mieux son ai^plication dans ces contrées africaines, que les négociants français ne trouvaient aucun appui dans leur gouvernement en compensation du monopole et des règlements qui entravaient leur travaih Dès le début de la guerre avec l'Angleterre, le gouverneur, voulant mettre Gorée à Tabri d'un coup de main, dut recourir à une garde bourgeoise de soixante hommes, à laquelle il distribua douze fusils, •es seuls en état de servir, donnant, pour suppléer à ceux qui en manquaient, des sabres, des lances, des

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poignards, des bâtons pointus, c Chacun, dit TiDgénieur Boucher, s'arma du mieux qu'il put, l'État ne pouvant fournir d'autres armes. » Cette garde , jointe aux soixante-dix soldats de la garnison, attendit l'ennemi avec quatre petits canons chargés à mitraille, décidée, affirme Boucher, à se battre bravement dans un fort délabré, dont les murailles étaient ébranlées par les pluies. L'attaque ne vint pas, parce qu'une peste terrible avait fait périr, en 1 771, près des deux cinquièmes de la population indigène, s'attaquanl aussi aux Anglais, dont la garnison de mille hommes fut réduite à six cents. Les négociants français, se repliant des comptoirs de l'intérieur sur Saint-Louis, passaient successivement à Ttle Bourbon, et l'embryon de colonie que la France avait dans Corée allait s'éteindre, quand apparut en face de la barre du Sénégal, vers les derniers jours de décembre, une escadre composée de deux vaisseaux de ligne, de deux frégates et de quelques transports.

 peine en vue, Lauzun embarqua des troupes sur des bâtiments légers et, franchissant la barre, courut au fort du Sénégal, qui céda après quelques volées de coups de canon. Le surlendemain, il expédia deux frégates et une corvette à l'attaque du fort James, situé sur le fleuve de Gambie ; une canonnade de quelques heures suffit pour amener la prise de cette petite place, défendue par soixante-deux soldats et trois officiers, William Lacy, le gouverneur général des établissements anglais, déclara que la caisse militaire était vide, car la garnison, payée avec des marchandises de traite, n'avait pas reçu

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d'argent d'Angleterre depuis cinq ans, et qu'il était dépourvu de munitions de guerre, au point de n'avoir que cinq coups à tirer par chacun de ses canons. Il ajouta, ce qui est caractéristique dans ses réponses, qu'il n'aurait pas voulu consommer les approvisionnements consignés dans le fort, qui appartenaient à des marchands et consistaient spécialement en ce que l'on était convenu d'appeler de la poiidre de trafic. T> Si les propriétés de l'État étaient nulles, celles des particuliers se trouvaient en revanche abondantes, car il y avait pour deux cent quatrevingt mille livres de marchandises appartenant aux capitaines marchands de cinq navires alors mouillés sous le canon dufort. Lauzun fit tout saisir, démantela le fort et transporta la garnison prisonnière à Bourbon et à TIle-de-France. Ces conquêtes faciles accomplies, Lauzun déclara au marquis de Vaudreuil qu'il n'avait plus besoin des vaisseaux du roi, et l'escadre, appelée à aller renforcer la flotte de d'Estaihg, fit voile pour l'Amérique, ce pays sur lequel la France avait les yeux fixés et où les moindres péripéties de la guerre provoquaient des explosions de joie ou de douleur \ Peu de jours après l'attaque

* Mémoires du duc de Lauzun^ publiés par Louis Lacour» Paris» 1858, in-8. p. 303 et suiv., 306 et suiv. — Archives de la marine (Carton : Ordres du roi). Instructions du roi à M. de Lauzun sur ce qu'il <ioit faire en cas de réussite, 20 novembre 1778. Documents coloniaux. Sénégal, 1780 (Cartons divers). Mémoires écrits au Sénégal par S.-J. Harrison, 1767-1779 (Correspondances, Sénégal, 1782). Mémoire adressé au ministre par le chevalier de Lombez (Carton 1777, Correspondance du gouverneur). Rapport au ministre sur la mise en état de défense de Saint-Louis (Sénégal), signé Boucher. Documents coloniaux (Sénégal. Carton 1779-1780). Procès-verbal d'interrogation de sir William ^cj, gouverneur général des établissemenis anj^lais en Sénégambic, signé par William Lacy de Sennevillc de Pontevès, daté du 11 février 1777.

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