‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 105 sur 177 · JOHN ADAMS ET SARTINES · texte numérisé non relu

JOHN ADAMS ET SARTINES

forteresses et dans leurs ports de mer... Nous ne pourrons rien faire tant qu'ils seront supérieurs à la mer. Quand même notre armée eut été trois fois plus nombreuse, il aurait toujours fallu qu'elle restât oisive, n'ayant pas de flotte pour coopérer avec elle... Les Anglais, depuis l'alliance, ont toujours appréhendé que les Français n'attaquassent leurs forts des côtes. C'est cette crainte qui les a déterminés de se retirer de Philadelphie à New- York. Je ne rappelle ces faits que pour répondre à l'imputation d'inaction dont on charge notre armée, depuis l'alliance des deux nations. Inaction... qu'on doit attribuer... uniquement à ce que nos ennemis ont changé de système dans la manière de nous faire la guerre... Les Anglais..., en possession du Canada, ont un grand nombre de postes à garder, qui ne peuvent être reliés que par les communications de mer. Il ne reste aux Anglais que très peu de bâtiments, en dehors du nombre nécessaire pour les communications de toutes les colonies entre elles et avec l'Europe. C'est donc dans leur supériorité navale qu'il faut les attaquer ; c'est le vrai moyen de réduire leur puissance, et si Ton parvient à l'abattre en Amérique, elle deviendra nulle partout ailleurs... H y a en Amérique un assez grand nombre d'habitants qui désirent retourner sous la domination de la Grande-Bretagne... Hommes adroits et artificieux... ils examinent la conduite de la France et ils l'exposent sous le point de vue qu'ils croient le plus propre à prévenir leurs compatriotes contre l'alliance,... disant que la Cour de France n'est pas dans l'intention de donner aucun secours elTectif aux

Googk

358 UVIiK DEUXIÉMIi:.

Américains, mais qu'elle n'a d'autre objet que de mettre leurs forces aux prises avec celles des Anglais, et de les détruire ainsi les uns par les autres... M. Hartley (membre de la chambre des Communes), celui des Anglais qui est le plus disposé à la paix, a adressé aux habitants du comté d'York une lettre imprimée où l'on trouve ces expressions... Il y a longtemps que la France aurait terminé la guerre et les souffrances des Américains^ si elle V avait jugé à propos,.. La France a toujours eu le projet bien réfléchi, pour son intérêt particulier^ d'encourager les hostilités en Amérique, dans Vespoir de réduire au dernier point d'épuisement les forces de la Grande-Bretagne, et d'affaiblir, autant que possible, la puissance naissante de l'Amérique. Le corps de la nation américaine met cependant une grande confiance dans la sincérité de la France. » John Adams, le futur président de la république qui apparaissait dans le monde, trace, dans les dernières lignes de sa lettre, avec une singulière hauteur de vue, la voie que doivent suivre les peuples, en appréciant le but poursuivi et atteint par Talliancequi vient de se conclure :

« Les États-Unis d'Amérique forment une nation grande et puissante. Quelque idée que puissent en avoir les politiques européens; la rupture de ce peuple avec l'Angleterre, et son alliance avec la France, opérés l'un et l'autre si soudainement, sont un des plus singuliers événements qui soit jamais arrivé parmi les hommes. Les préjugés des nations en faveur d'elles-mêmes et contre les autres, préjugés qui naissent de Tamuur-propre et sont souvent

Googk

LAFAYKTTli \LT YERGKNNtS. 359

nourris dans l'esprit des peuples pour des fins coupables, méritent certainement Taltention des hommes d'état les plus sages, et comme Textirpation de ces préjugés ne saurait être l'œuvre d'un moment, il faut se conduire, à leur égard, avec une grande délicatesse. On répète trop souvent en France (où le préjugé contre les Anglais n'a pas été nourri d'autant de fiel, parce que la France n'a jamais eu autant à craindre de l'Angleterre que l'Angleterre de la France) que les Anglais et les Américains sont le même peuple. Il est trop visible que cette manière de voir est, en France, un reste de préjugé contre les Américains. Il en existe, il est vrai, en Amérique contre la France, mais très peu, et il est de l'intérêt et du devoir des deux nations de les diminuer le plus promptement possible, et d'éviter avec soin tout ce qui pourrait les faire revivre. »

Doué d'un caractère aimable, uni à une de ces Lafayetio vives affections pour ses semblables qui donne sou- retour de '

.,, , . , . Lafayette à Boston

vent une merveilleuse clairvoyance, pour apprécier 27avrii478o. leurs qualités et leur défauts, Lafayette savait se faire agréer par les personnages les plus opposés à ses projets et les moins susceptibles de se laisser entraîner vers le but qu'il poursuivait. Ses ardentes convictions donnaient à ses paroles une portée qu'elles n'auraient pas eues dans une autre bouche, et Vergennes était ébranlé, quand ce jeune homme, pressant l'envoi de troupes françaises dans le nouveau monde, lui écrivait : « Un tel détachement, rendrait de la vigueur à l'armée américaine... Je vous jure, sur mon honneur, que si la moitié de. ma fortune était employée à envoyer aux Amé-

Googk

ricains un secours de troupes , je croirais rendre à ma patrie un service plus que digne de ce sacrifice. » Désintéressé de toute prétention personnelle, il disait au même ministre, quand il était question de l'employer comme officier dans ce corps : <K Je désire être choisi dans le rapport de l'armée et non dans celui de la cour ; je ne suis point de la cour, je suis encore moins courtisan, et je prie les ministres du roi de me regarder comme sortant d'un corps de garde... On dira sûrement, monsieur le Comte, que les français seront mal reçus dans ce pays et vus de mauvais œil dans son armée. Je ne peux pas nier que les Américains ne soient un peu difficiles à manier, surtout par des caractères français; mais si j'étais chargé de ce soin, ou que le commandant militaire nommé par le roi s'y prît passablement bien, je répondrais sur ma tête d'éviter ces inconvénients, et de faire parfaitement recevoir nos troupes. Il y a tel excellent officier, monsieur le Comte, qui plairait beaucoup ici, et que, d'après mon intime connaissance de nos alliés, je serais fâché de leur voir envoyer; mais il y en a beaucoup qui, je suis sûr, réussiraient parfaitement. »

Le ministère français promit un secours de six mille hommes, qui ne fut en définitive jamais que de quatre mille. Le lieutenant général de Rochambeau devait commander ce corps qui s'incorporerait à l'armée américaine comme une simple division. Lorsque deux officiers de même grade et de même ancienneté dans leur grade, se trouveraient en présence, l'américain devait prendre le commandement. Après

Googk

Page 1