‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 11 sur 177 · DANGERS DES TITRES DB NOBLESSE · texte numérisé non relu

DANGERS DES TITRES DB NOBLESSE

sur tes Mi)les la même influence que sur les autres hommes? La plupart des citoyens savent, dès leur enfance, qu'ils sont destinés au travail dans une profession quelconque et réservés à des occupations paisibles. Pour les nobles^ il ne peut en être de même. Ils font remonter, autant que cela dépend d'eux, Torigine de leurs titres à des faits de guerre et conservent, d'une manière confuse, même dans les pays lès plus voués aux travaux productifs, la conviction que le suprême honneur auquel puisse atteindre un homme ne peut être obtenu que sur un champ de bataille. Les nobles, quelle que soit du reste la libéralité des lois, constituent dans l'État une sorte de caste de guerriers, et les titres qu'ils portent les rattadient les uns aux autres comme un parti distinct de celui des autres citoyens.

Les Américains, pouvant éviter cette cause de division dans la population que le passé et les mœurs imposent aux autres peuples, donnèrent à la fois à leur nation une cohésion plus grande et excitèrent cause américaine des sympathies d'autant plus vives en France, que l'abus des privilèges de la noblesse y avait fait naître une ardente passion en faveur de l'égalité. La popularité de J.-J. Rousseau n'était due en partie qu'aux appels sauvages faits aux rancunes des foules dans son Discours sur l'origine et les fondements de V inégalité p(^mi les IfhommeSy et à son tableau de l'espèce humaine, qu'il prétend, dans son Contrat social^ «divisée en troupeaux de bétail dont chacun a son chef, qui le garde pour le dévorer p. Voltaire, le représentant sensé des dasses éclairées, avait rappelé plus dVuné fois, aux applaudisseinents du public, les

Raisons ((Qi rattachent la bnurgeoisie

fhinçaise à là

Googk

LIYHE PREMIER.

Causes qui rattachent

la noble;>se frao-

çaise aux Américains.

pensées exprimées dans ces vers de la tragédie de Mahomet :

Les mortels sont égaux; ce n'est point la naissance.

C'est la seule verta qui fait la différence.

Il est de ces esprits, favorisés des cieux,

Qui sont tout par eux-mêmes, et rien par leurs ateux.

La sympathie des classes moyennes de la nation pour un pays destiné à réaliser ses rêves les plus chers venait, parmi les seigneurs de la cour, d'une autre source. Les nobles français, voués par leurs préjugés au service militaire, avaient puisé dans leurs habitudes un sentiment exalté de l'honneur, et attaché à la bravoure personnelle un prix qui leur faisait sacrifier aussi facilement leur propre vie que celle des roturiers. Ils se regardaient comme les représentants de la gloire de leur pays, supportaient avec douleur le sentiment de ses. défaites, et poursuivaient de leur haine le peuple qui les avait humiliés.

Lord Sandwich ayante dans un discours au Parlement, émisquelques critiques sur les soldats français^ en établissant une comparaison entre eux et les troupes allemandes prises au service de rAngleterrc, il n'en fallut pas davantage pour exalter les susceptibilités des seigneurs de Versailles. Le comte de Turpin écrivit à lord Sandwich une lettre de provocation, traitant ses paroles d'insolentes, et lui fixant Ostende comme lieu de rendez-vous pour le duel qu'il lui proposait. Le maréchal de Biron trouvant, après le départ de Turpin pour l'Angleterre, l'ambassadeur anglais lord Slormont, l'abordait pour lui dire : a Écrivez à votre lord indiscret qu'il y a en France vingt mille

Googk

Page 1