‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 12 sur 177 · DÉPART DE LAFAYETTE POUR L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

DÉPART DE LAFAYETTE POUR L'AMÉRIQUE

gentilshommes, au nombre desquels je me fais gloire d'être, qui sont prêts à faire la moitié du chemin pour apprendre à votre nation à mieux apprécier la nôtre, »

Ce fut au milieu de celte sorte d'exaltation, qui avait Départ réuni tous les Français, sinon dans une pensée com- pour^ rAniérique, mune, au moins dans un même but, que le marquis de ^ """' ^^' Mayette donnait suite au projet qu'il avait formé. Voulant dérober à la police française ses desseins et les préparatifs qu'il faisait, il s'était rendu en Angleterre auprès du marquis de Noailles, oncle de sa femme, pendant que s'équipait le vaisseau qu'il avait acheté. Présenté à la cour, il plaisanta le roi qu'il allait combattre, en défendant la cause des Américains, dansa chez le ministre des colonies, et rencontra à l'opéra le général Clinton, qu'il devait retrouver sur les champs de bataille de l'Amérique. Cou\Tant de sa gaieté de jeune homme ses résolutions sans cacher ses sympathies, il prétexta, au bout de trois semaines, la fantaisie, comme il l'écrit, d'une course à Paris. A peine arrivé,- il va se cacher à Chaillot chez le baron de Kolb, d'où il se rend à Bordeaux, puis au port espagnol du Passage, où s'était réfugié en toute hâte son vaisseau pour échapper aux ordres sévères venus de Versailles. Ce fut le 26 avril 1777 que, bravant les colères de sa famille et de son gouvernement, ce jeunehomme, qui ne regrettait qu'une femme et un enfant adorés et quelques amis dignes de lui, courait porter au nouveau monde les encouragements de l'ancien.

Son départ causa une vive sensation; l'opinion IHiblique approuva la généreuse résolution de l'officier français ; les femmes, prenant son parti avec

as LIVRE PREMIER.

ardeur» blâmèrent son beau-père d'avoir voulu Tar* réter, et Tune d'elles dit avec feu au ministre d'Angleterre lord Stormont : n Si le duc d'Âyen traversait un tel gendre dans une pareille entreprise^ il ne devrait plus espérer de marier ses filles ' * »

L'événement de ce départ fut un instant contrebalancé par la venue d'un souverain qui depuis longtemps annonçait sa visite, et s'était enfin décidé à venir voir sa sœur, la reine de France, Mémoire de L'arrivéc dc Joseph II pouvait avoir des résultats

Vergennes, ■■ ■•

sur les ailiaDces trop sédcux pour quc Vergcnues n'en fût pas trèsla ivrii 1777. préoccupé. Quelle pression allait exercer ce monarque sur un j^une prince irrésolu et ignorant et sur une reine facile à influencer ? Le ministre prit le parti qu'avaient suivi successivement, dans d'autres circonstances, Terrai, Malesherbes et Turgot, et écrivit pour le roi un mémoire destiné à faire saisir à Louis XVI l'importance des questions que l'empereur pourrait soulever auprès de son beau-frère.

<c Si le voyage de l'empereur en France a un but politique, lui disait-il, ce prince ne peut se proposer que deux objets : l'un d'engager Votre Majesté à resserrer les liens de l'alliance qui subsiste entre Elle et la maison d'Autriche, et l'autre de consentir, ou gratuitement ou moyennant certains équivalents, aux vues d'agrandissement que Tempereur peut fonder

* Bigtoire de la guerre de l'Indépendance des itats-VniSt par Gharias Betta, tome II, p. 463 et suiv., 502 et sniy. — La France sont Louis XV y tome IV, p. 264 et sùiv.; tome V, p. 596. — Correspondance secrète iné" dite sur Louis ZVI, Marie-ÀiMoineUey la cour et la vUle, publiée par Lescore, tome I, p. 40, 123.— Jf^otrM, eorrespondanees e$ mawuerits dn général Lafayette, tome 1, p. 12 et suiv., p. 68 et suiy. — Vie de H"»» de Lafayette, par M-» de Lasteyrie, &a llHe. Paris, 1868, in-12, p. 198.

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LES ALLIANCES DE LA FRANGE. a»

aux dépeniK des Turcs. ]» Jugeant ralUanoe de la maison d'Autriche comme n'ayant d'autres avantages qu'une plus grande sûreté du maintien de la tranquillité générale, il passait en revue la situation topographique des différentes puissances de l'Europe pour montrer qu'aucune d'elles n'avait possibilité ou intérêt de faire la guerre à la France. Il faisait ressortir, en parlant de la situation des différents États de l'Autriche, oc le peu de proportion des engagements respectifs et les avantages»., aussi réels pour cette maison (d'Autriche) qu'ils sont précaires et onéreux pour la France, puisqu'elle pouvait être entraînée dans une ou plusieurs guerres pour la défense de son allié, sans que celui-ci soit peut-être jamais dans le cas de la réciprocité. » Il indiquait la tendance de la maison d'Autriche à se prévaloir de son alliance pour affaiblir, chez les différents princes de l'Allemagne, la confiance qu'ils avaient dans la disposition de la France à leur accorder son appui pour le maintien de leurs justes droits.

« L'esprit de conquête, continuaitr-il, n'animant point Votre Majesté, l'alliance de Vienne peut paraître utile en ce que, faisant une sûreté de plus à la conservation de la paix sur le continent, elle lui donne plus de moyens de veiller et de se mettre en mesure contre l'Angleterre (l'ennemi naturel et te plus invétéré de sa gloire et de la prospérité de son royaume). y> Mais il ajoutait qu'il ne fallait pas donner de l'extension au traité de 1756, ni prendre l'en • gagement d'employer toutes ses forces au maintien de l'alliance, comme paraissait le désirer la cour de YienAe : a Votre Majesté n'est plus en liberté de

Stipuler cette dernière clause, parce que le pacte de famille en renferme l'obligation, et que deux engagements de cette nature ne peuvent compatir ensemble. D II faisait remarquer que, si la cour de Vienne proposait à la France une augmentation de secours, ce n'était que dans le but d'écraser un jour le roi de Prusse, et avec lui le parti protestant en Allemagne.

d Le roi de Prusse, continuait*il, considéré rdativement à la morale, peut ne pas paraître fort intéressant à ménager ; mais,vu dans l'ordre politique, il importe à la France, peut-être plus qu'à toute autre puissance, de le conserver tel qu'il est. Placé sur le flanc des États autrichiens, c'est la frayeur qu'en a la cour de Vienne qui l'a rapprochée de la France ; cette même frayeur la tient encore dans nos liens... Détruisons la puissance du roi de Prusse, alors plus de digue contre l'ambition autrichienne. » Vergennes, tout en signalant l'augmentation de puissance de TÂutriche comme plus redoutable à la France que celle de la Prusse, n'en recommandait pas moins de veiller sur l'ambition de la cour de Berlin, oc Toute acquisition qui lui donnerait plus de puissance sur le Rhin, disait-il, doit intéresser la prévoyance de la France ; mais, en la limitant de ce côté-là, il faut empêcher autant que possible qu'elle ne soit entamée sur l'Oder et sur l'Elbe. L'intégrité de la puissance actuelle de la Prusse contribue encore â la sûreté des établissements des princes de la maison de Bourbon en Italie. »

Condamnant tout consentement de la France à ragrandissement de la maison d'Autriche aux dépens

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