‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 117 sur 177 · LE CLERGÉ SUPÉRIEUR ET LE CLERGÉ INFÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ SUPÉRIEUR ET LE CLERGÉ INFÉRIEUR

pandu, marchant sur les traces de la famille royale, qui dans ce saint temps donne toujours l'exemple à Versailles de Texactitude à remplir le devoir pascal, est venu à Paris pour édifier la capitale et a communié à sa paroisse avec un grand concours de spectateurs. Ce n'est que depuis Louis XVI qu'on voit, avec étonnement et admiration, les ministres aussi religieux. » L'action de ce ministre sceptique se racontait en même temps que le récit des faits et gestes de rêvêque d'Orléans, M. de Jarente, que ses intimités avec la célèbre actrice Guimard avait fait blâmer par le roi, ou de la manière de vivre du grand aumônier, le cardinal de Rohan, qui promenait souvent ses maîtresses déguisées en abbé, entre autre, la marquise de Marigny, belle-sœur de madame de Pompadour.

La division dans le sein du clergé était aussi tran- '-«.dergé

^ supérieur et le

chée que celle qui existait entre les nobles et les ro- ^^^''^XiS^fJ^'^ tuners. Les cures luttèrent, dans plusieurs provinces, contre les évoques qui voulaient étendre outre mesure leur juridiction. Il y avait à cette occasion une vive fermentation dans les diocèses de Lisieux, de Cahors et de Chartres, et l'évêque de Chartres fut conduit devant la justice par un de ses curés. Le procès fut plaidé à la Tournelle avec un grand éclat et les auditeurs applaudirent avec transport la condamnation du prélat à trente mille livres de frais. Le Conseil du roi cassa l'arrêt, mais il fallut l'intervention de Maurepas pour apaiser la magistrature dont les agents généraux du clergé avaient blâmé trop vivement la décision.

302 LIVÏU: hKUXlKMK.

Les curés du Dauphiné, qui sollicitaient depuis plusieurs années l'augmentation de leur traitement, après avoir vainement demandé à leurs supérieurs la permission de se rassembler pour discuter leurs intérêts, s'adressèrent au Parlement qui le leur permit. Ils nommèrent deux syndics chargés de déposer aux pieds du trône le fidèle tableau de leur indigence. Leur mémoire remis à Necker fut transmis aux agents généraux du clergé qui obtinrent immédiatement du gouverneur un ordre aux représentants des curés de retourner dans leur province. Les syndics obéirent, mais laissèrent leurs doléances impri mées et suivies d'une consultation de neuf habiles jurisconsultes. Ils citaient, dans cette pièce destinée à leur concilier l'opinion publique, des morceaux entiers des remontrances faites par le parlement de Toulouse, par celui de Bordeaux surtout, qui recommandaient chaudement leurs intérêts au roi, en faisant, comme le remarque un journaliste, un parallèle entre eux et les gros décimateurs et en mettant en opposition a l'inutilité, la négligence, l'avidité, l'indécence de ces derniers avec le zèle, la charité, l'exactitude et la régularité des autres. » Du reste, ajoute-t-il, « on ne peut être que révolté de voir exclus de fait des assemblées du clergé, les curés qui forment essentiellement le second ordre hiérarchique de l'Église; exclusion funeste, non seulement à leurs intérêts mais même à ceux de la religion. » Ce mémoire de^ vait être supprimé par l'influence de l'assemblée du clergé, mais il fut lu et peu de temps après parut un pamphlet intitulé : Requête des fidèles à nos Seigneurs

Googk

L\ù CLERGÉ SUPÉRlLUa ET LE CLERGÉ^INFElUtilR. 393

les évêques de l* assemblée générale du clergé de France. Ce pamphlet peignait les affreux ravages de rincrédulité, prétendait que TÉglise de France n'avait jamais été réduite à un état aussi déplorable et affirmait que ce qui mettait le comble à tant de maux était l'indifférence de ses chefs pour une semblable situation. Après avoir tracé les réformes qu'il faudrait faire pour ramener Tordre, l'auteur, qui était disait-on un prêtre, ajoutait que ses exhortations seraient inutiles parce que le clergé, livré à un petit nombre de prélats rusés et entreprenants, était incapable des efforts vigoureux qu'il faudrait faire pour sortir de la servitude honteuse dans laquelle il était plongé.

Dans cette même année 1780, Linguet résumait dans ses AnnaleSy si répandues alors, les sentiments du public en faveur du clergé inférieur et ses hostilités contre les chefs de l'Église. «Les pasteurs spirituels dispersés dans les villages, écrivait-il, ont surtout pour mission d'apprendre au pauvre à souffrir dans l'obéissance, de leur enseigner au nom de Dieu à fléchir sans murmure sous la misère qui les dessèche comme sous le despotisme qui les écrase. Ces fonctions... sont assez précieuses au reste de la société pour qu'on assure au moins à ceux qu'on en a chargés une existence honnête. » Dans l'ancienne loi des Juifs ce ladime de tous les biens était assignée à Tordre des pontifes... Le principe s'est conservé dans le christianisme » mais les dîmes ce ont été interceptées par le haut clergé qui s'en est appliqué la propriété. Les vrais ministres de l'Église, les curés,... ne furent plus salariés que comme des espèces d'agents mer-

Googk

3d4 ' LIVRE DEUXIÈME.

cenaires, à qui la noblesse tonsurée renvoyait ce que les fonctions avaient de trop pénible d, se contentant « de leur assurer une rétribution pécuniaire an* nuelle, qu'on appela portion congrue, c'est-à-dire suffisante ' . »

* Arehivei nationales, 0422 : Aliénation ao profit dn clergé, pendant quatorze ans, d'un million snr le produit des fermes, 17 août 1780. 0*131 : Don gratuit du clergé de 30 millions, 30 juillet 1780. Aliénalion de 500,000 livres sur le produit des fermes au profit du clergé, 10 août 1780. — Extraits du proeés^verval de rassemblée générale du clergé de France, tenu à Paris en l'année 1780. Paris, 1782, in-folio, p. 27 et suiv., 31 et suiT., 37 et suiv., 54 à 61, 183 à 194, 335 et suiv., 342 à 356, 443 et suiv., 499 et suiv., 510 à 521, 563 à 579, 609 et suiv., 665 à 686, 762 à 771, 875 et suiv., 956 et suiv., 1005 à 1009, 1031 à 1035. — De l'administration provinciale, par Le Trône, tome II, p. 323 etsuiT., 326, et suiv. — Recueil des anciennes lois françaises j par Isambert, tome XXVI, p. 12 et suiv., 329. — Annales politiques de Lingual, tome VU, p. 252; tome IX, p. 119 et suiv. — Mémoires secrets pour servir à Vhistoire des lettres, tome XIV, p. 297; tome XV, p. 85, 87, 98, 175, 217 et suiv. — Correspondance secrète inédite sur Louis IV I et Marie-Antoinette, publiée par Lescure, tome I, p. 229, 257.

Voltaire et les serfs de Saint-Claude. ~ Abolition de la mainmorte et de la servitude personnelle dans les domaines du roi, 10 août 1779. — Opposition du Parlement et du chapitre de Saint-Claude à Taboiition de la mainmorte. — La question préparatoire et Voltaire. — Hésitations du gouvernement pour l'abolition de la torture préparatoire. — Dangers de l'esprit de corps. — Obligation d'appeler sans cesse la société à sa propre défense. '— Projet de suppression des péages sur les routes et les rivières, 15 août 1779. — Amélioration des prisons, 1780. — Amélioration apportée dans les hôpitaux, avril 1781. — Lettre de Vergennes à Louis XVI sur les finances, 27 septembre 1780. — Necker et le ministre de la marine. — Cabale de cour. Castries nommé ministre de la marine, 14 octobre 1780.— Fermentation d'ambition : la duchesse de Polignac, les comtes d'Adhémar et de Ségur. — Humilité étrange de la reine en face de M*"* de Polignac. — Les projets de réformes du prince de Montbarrey ; étrange éloge et étrange aveu. — La reine ignore le nom du ministre qu'elle veut faire; arguments employés pour fixer sa volonté. — Le comte de Ségur nommé ministre de la guerre, le 23 décembre 1780; ce qu'en pense le public. — Conversation de Maurepas et d'Augeard, novembre 1780. — Seconde conversation de Maurepas et d'Augeard, décembre 1780. — Compte-rendu de Necker, 19 février 1781. — Critiques faites du compte-rendu. — Demandes faites par Necker au roi. — Manière dont elles sont appréciées. — A qui le public attribue le renvoi de Necker. — Abaissement de la fonction royale. — Passion du public en faveur de Necker. — Mort de Turgot, 20 mars 1781; véritables sentiments de la nation révélés par Marmontel. — Les embarras financiers sont imaginaires; la fermentation des esprits provient d'une autre cause. — Nomination provisoire de Joly de Fleury comme contrôleur général des finances, 21 mai 1781. —

Googk

31)6 LlVliE TH01S1È\JE.

Suppressions de charges inutiles dans la grande et la petite écurie,

20 Juin 1781. — Augmentation des innpOis sur les consommations,

21 août 1781. <- Rétablissement de charges de receveurs généraux et d*cm;>lois dans la mjrison de la reine, octobre 1781. — Nécessité de quntre générations de noblesse pour être officier, et d*une origine remontant au xit" siècle pour entrer dans les carosses du roi, mai 1781.

— Arrivée de troupes françaises à Bhode-Island, 11 juillet 1780. ~ Kntrevue de Rochambeau et de Washington, 20 septembre 1780. — Le général Arnold, Washington et La Luzerne. — - Arnold se prépare à trahir sa patrie. ~ West- Point. — Relation du major André et d'Arnold.

— André arrêté le 23 septembre 1780. — Washington à West-Poinr, 25 septembre 1780. — Combats du comte de Guichen avec l'amiral Rodney, avril et mai 1780. — Apparition de l'amiral Solano; Guichen retourne en France, et Rodney se rend à New- York. — Violences de Clinton dans la Caroline du Sud. — Bataille de Cambdeo, 15 août 1780.

— Marche de lord Cornwallis sur la Caroline du Nord, septembre 1780. —Défaite et mort dn colonel Fergusson.— Difficultés pécuniaires des États- Unis.— Révoltes de troupes américaines Janvier 1781.— Vaines tentatives d'emprunts; secours donnés par la France.— Le Congrès et les conmiissions financières. — Qualités requises pour un ministre des finances. — Robert Morris, nommé ministre des finances, s'adjoint Gouverneur Morris.

— Correspondance échangée entre eux. — Fondation de la banque de i'Amériquedu Nord, juillet 1781.— Bataille de Guilford, 15mars 1781.— Cornwallis à Wiimington, 7 avril 1781. — Campagne des Carolines par Green, septembre 1781. —Combats entre le comte de Grasse et l'amiral Hood, 29 avril. — Prise de Tabago, 2 juin 1781. — Plan de campagne de Washington. — Patriotisme de tous les chefs français. — Capitulation d'Yorktown, 19 octobre 1781. — Naissance d'un dauphin, 22 octobre 1781. — Les serviteurs du dauphin. — Mort de Maurepas, 21 novembre 1781. — Arrivée de Lafayette en France, janvier 1782.— Prise de Min orque, 4 février 1782. — Départ de de Grasse. Désordre de ladministration française. — Combat entre Rodney et de Grasse, 9 avril 1782. — Défaite de de Grasse, 12 avril 1782. — Lettres de Rodney et de de Grasse à la suite du combat. — Le gouvernement français mécontent de la franchise de Washington. — Malversations des fonctionnaires maritimes ; leurs conséquences. — Réclamations des armateurs de Marseille contre les officiers de la marine. — Les corsaires français et les fraudeurs anglais. — Révoltes à Rocheforl et à Bordeaux, juin 1781. — Irritation des populations maritimes de la France. Révolte à Dunkerque, mars 1782. — Explosion de colère contre de Grasse ; sa défaite annoncée en Corse comme une victoire. — Conseil de guerre assemblé sous la pression de l'opinion publique. — Votes des villes de France pour la reconstitution de la flotte, juin 1782.

— Arrivée dans l'Inde de l'escadre de l'amiral Hughes, 15 janvier 1780.

— Les Français établis dans l'Inde soUicilenH'cnvoi de troupes.— Défaite d'Hector Munco, septembre 1780. — Warren Haslings, gouverneur

Googk

général de l'Inde en 1780. — Hyder-Âly battu le 1«' juillet et le 27 septembre t78t. — Apparition de l'escadre du comte d'Orves devant Pon> dichéry, 26 janvier 1781. — Déclaration de guerre de la Hollande contre l'Angleterre. — Combat de SuiTren avec les Anglais à Santiago, 16 avril 1781. — Bussy nommé commandant en chef dans les mers de rinde, 3 novembre 1781. — Arrivée de Bussy à l'Ile de France, 1*' juin 1782; ses déceptions. — Exploits de Suffren pendant l'absence de Bussy. — De Castries biftme plusieurs des conditions du traité conclu avec Hyder-Aly.— Plaintes de Castries sur les délapidations et les concussions des chefs militaires» des agents diplomatiques et des commandants de vaisseaux. — Mort de Hyder-AIy, le 7 décembre 1782; ce <|ue c'était que Hyder-Aly. — État des renforts amenés à Suffren par Bussy. Jugement de Suffren sur la situation de la France dans l'Inde. — Vaines illusions des officiers et des fonctionnaires sur la fondation d'un établissement français dans l'Inde. — Bussy juge Tippo-Saëb comme il a jngé Hyder-Aly.— Profonde différence qui existe entre la guerre soutenue par la France en Amérique et celle qu'elle avait engagée dans l'Inde.

— Siège de Gibraltar, juin 1779, janvier 1780, avril et novembre 1781.

— Les Français se joignent aux Espagnols pour le siège de Gibraltar, août 1782. — D'Arçon et les batteries flottantes. — Arrivée au camp de Saint-Roch du comte- d'Artois et du duc de Bourbon. — Enthousiasme et frivolité en France et en Espagne. — Attaque du 13 septembre 1782.

— Réponse de d'Arçon aux courtisans de Versailles. — Mépris du public pour les chefs de l'entreprise; plaisanterie déplacée du comte d*Arlois.

— Faillite du prince de Guéménée, septembre 1782. — Jugement du public sur le prince e( la princesse de Guéménée. — Comparaison établie entre la rémunération des services rendus à la société et celle de ceux consacrés à la personne des princes. — Économies détruites par des dépenses nouvelles. — Continuation des emprunts en 1782 et 1783.

— Oppositions aux impôts nouveaux en 1782 et 1783. — Récoltes des terres systématiquement sacrifiées pour les plaisirs des princes et des nobles. — Les braconniers, le désarmement des habitants des campagnes.—Vergennes nommé chef du Conseil des finances, 23 février 1783.

— Irritation des courtisans contre l'organisation d'un Conseil des finances. — Fleury renvoyé par la société de la reine ; d'Ormesson le remplace le 30 mars 1783.— Linguet et son mémoire sur la Bastille, avril 1783. — Louis XVI représenté, en 1783, debout au milieu des ruines de la Bastille. — Des lettres de cachet et des prisons d'État, par le comte de Mirabeau. — Le gouvernement termine, par un arrêt de propre mouvement, le procès des Jésuites avec leurs créanciers, en 1781. — Les missions des Capucins en Orient, leurs dettes en 1782.

— Crise de la Cuisse d'escompte; méfiance du public, septembre 1783. — Intrigues contre le Conseil des finances ; susceptibilités ministérielles calmées par des hâtons de maréchaux. — Paix conclue entre la France et l'Angleterre. — Caionne nommé contrôleur général, 3 novembre 1783.

— Breteuil nommé ministre de la maison du roi, 12 novembre 1783.

Googk

398 UVUK TROISIÈME.

L'opinion publique, dans ses ardeurs, imposait au gouvernement la nécessité de résoudre certaines questions qu'il n'était au pouvoir de personne d'éluder, voitoire Voltaire, avec son vif amour de ses semblables et

et tes serf» de - .4 f * , 1 1» • ••! i */» 1 .^

sainM;uude. sa tcnacite toutes les fois qu il défendait une cause juste, avait signalé les esclaves que possédaient des ordres religieux en France et en Allemagne, tels que des Bénédictins, des Bernardins, des Chartreux même. On distingue sous leur domination, écrivait-il, ce l'esclavage de la personne, Tesclavage des biens, Tesclavage de la personne et des biens. L'esclavage de la personne consiste dans l'incapacité de disposer de ses biens en faveur de ses enfants, s'ils n'ont pas toujours vécu avec leur père dans la même maison et à la même table. Alors tout appartient aux moines. Le bien d'un habitant du mont Jura, mis entre les mains d'un notaire de Paris, devient, dans Paris même, la proie de ceux qui, originairement, avaient embrassé la pauvreté évangélique au mont Jura. Le lils demande l'aumône à la porte de la maison que son père a bâtie, et les moines, bien loin de lui donner cette aumône, s'arrogent jusqu'au droit de ne point payer les créanciers du père... L'esclavage réel est celui qui est affecté à une habitation. Quiconque vient habiter une maison dans l'empire de ces moines et y demeure un an et un jour devient leur serf pour jamais... L'esclavage mixte est celui qui, étant composé des deux, est ce que la rapacité a jamais inventé de plus exécrable, et ce que les brigands n'oseraient pas même imaginer. 11 y a donc des peuples chrétiens gémissant dans un triple escla-

Googk

VOLTAIRE ET LA MAINMORTE. 3îi9

vage sous des moines qui ont fait vœu d'humilité et de pauvreté... »

Au moment où il traitait, sous le titre de biens de l'Église., cette question de l'esclavage, Voltaire s'adressait directement au roi Louis XV en son conseil, pour les sujets du roi qui réclamaient la liberté en France. Dans ce premier mémoire, qui estde 1 770, il affirmait, par la bouche des habitants, que ce les chanoines de Saint-Claude, près du mont Jura, dans la Franche-Comté... n'ont d'autres droits pour réduire en esclavage les sujets du roi... que l'usage établi par les moines, leurs prédécesseurs, de ravir aux hommes la liberté naturelle... Si les prêtres, contre lesquels nous réclamons la justice de Dieu et celle du Roi, avaient le moindre titre, nous gémirions en silence sous les fers dont ils nous chargent, nous attendrions qu'un gouvernement si éclairé ait aboli des lois établies par la rapine dans des temps de barbarie ; nous nous contenterions de soupirer avec la France, après les jours si longtemps désirés où le Conseil se souviendra que nous sommes nés hommes. j>

Neuf années s'étaient écoulées depuis ces appels si Abolition

, . , ... de la mainmorte

énergiques aux sentiments et aux convictions qui etdeia s'étaient emparés de plus en plus des âmes, en se Bon^iiedlMVes vulgarisant chaque jour davantage, quand les mînîs- roi,îo mûu779. très se décidèrent à supprimer le droit de mainmorte et la servitude personnelle dans les domaines du roi.

« Mettant notre principale gloire à commander une nation libre et généreuse, faisait-on dire au roi dans le préambule de l'édit, nous n'avons pu voir

Googk

sans peine les restes de servitude qui subsistent dans plusieurs de nos provinces ; nous avons été affectés en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie et confondus, pour ainsi dire avec elle ; que privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriété, ils sont mis eux-mêmes au nombre des possessions féodales ; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs biens après eux ; et qu'excepté dans certains cas, rigidement circonscrits, ils ne peuvent pas même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux... Noua aurions voulu abolir, sans distinction, ces vestiges d'une féodalité rigoureuse; mais nos finances ne nous permettent pas de racheter ce droit des mains des seigneurs ; et, retenu par les égards que nous aurons dans tous les temps pour les lois de la propriété... comme le plus sûr fondement de l'ordre et de la justice, nous avons vu avec satisfaction qu'en respectant ses principes... nous pou* viens cependant effectuer une partie du bien que nous avions en vue, en abolissant le droit de servitude, non seulement dans tous les domaines en nos mains, mais encore en tous ceux engagés par nous et les rois nos prédécesseurs... Si les principes que nous avons développés nous empêchent d'abolir, sans distinction, le droit de servitude, nous avons cru cependant qu'il était un excès dans l'exercice de ce droit que nous ne pouvions différer d'arrêter et de prévenir; nous voulons parler du droit de suite sur les serfs et mainmortables ; droit en vertu duquel des seigneurs de fiefs ont quelquefois poursuivi, dans

Googk

Page 1