‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 13 sur 177 · LES ALLIANCES DE LÀ FRANCE · texte numérisé non relu

LES ALLIANCES DE LÀ FRANCE

des Turcs, Vergennes s'écriait avec vivacité : 9 H n'est pas d'équivalent qui pourrait compenser le préjudice que causerait à Votre Majesté tout accroissement de puissance de cette maison ; quand bien même elle céderait à Votre Majesté tous les Pays- Bas et acquerrait des domaines dans une moindre porportion, la perte n'en serait pas moins réelle*.. Votre Majesté ne pourrait posséder les Pays-Bas sans réveiller la jalousie des Provinces-Unies et sans les mettre entièrement dans les brassières de TAngleterre... Le roi de Prusse lui-même, qui, dans l'état actuel des cboses, peut être considéré comme un allié naturel de la France, qu'elle retrouverait immanquablement si le système politique venait à cbanger, le roi de Prusse ne pourrait plus être envisagé sous ce point de vue. Voisin, par son duché de Clèves, de Tacquisition que Votre Majesté aurait faite, la défiance se substituerait à la confiance qui semble devoir unir les deux monarchies. » Il prévoyait avec effroi le cas où les événements pourraient conduire le roi à consentir à un partage de l'empire ottoman, et conseillait à la France de chercher alors des compensations sur le haut Rhin plutôt qu'ailleurs. c( Les Pays-Bas, dans les mains de la maison d'Autriche, ne sont pas un sujet d'inquiétude et de jalousie pour Votre Majesté, ils sont plutôt une sûreté de la conduite de cette maison envers Votre Majesté, et un moyen de la contenir et de la réprimer suivant le besoin. La France, constituée comme elle l'est, doit craindre les agrandissements bien plus que les ambitionner. Plus d'étendue de territoire serait un poids placé aux extrémités qui affaiblirait le

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eentr-e ; elle a en dle-Bdéilie tout ce qui canstîtae la paissance réelle : un sol fertile, des denrées furécieuses dont les autres nations ne peuvent se passer, des habitants laborieux et industrieux, des sujets zélés et soumis» passimnés pour leur mattre et pour leur patrie. La gloire des rois conquérants est le fléau de l'humahité^ celle des rois bieniaisants en eA la bénédiction. C'est celle-ci» Sire, qui doit être le partage d'un roi de France^ et plus particulièrement celle de Votre Majesté, qui ne respire que pour le bonheur du genre humain. La France, placée au centre de l'Europe, a droit d'influer dans toutes les grandes affaires. Son roi, semblable à un juge suprême, peut considérer son trône comme un tribunal institué par la Providence pour faire respecter les droits et les propriétés des souverains. Si, en même temps que Votre Majesté s'occupe à rétablir l'ordre intérieur de ses affaires domestiques, Elle dirige sa politique à établir l'opinion que, ni la soif d'envahir, ni la moindre vue d'ambition n'effleure son âme, et qu'Ëlle ne veut que l'ordre et la justice, ses arrêts seront respectés. Son exemple fera plus que ses armes. La justice et la ptaix régneront partout, et l'Europe entière applaudira avec reconnaissance à ce bienfait, qu'elle reconnaîtra tenir de la sagesse, de la vertu et de la magnanimité de Votre Majesté ^ »

Ce mémoire^ que nous avons dû analyser, mmlre à la fois la sagesse de Vergennes et les conséquences

* Archives nationales, K, 164. Corre»pondance de Vergennes, 1777, n^'S. Mémoire de M. de Vergennes sur le voyage en France de Tempereur d'AUémagtM Oroto^ai)he), fô avrU 1777.

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L'EMPERfiUR I06BPB A PARIS. 43

que pouvait avoir une politique e^antée par lea passions futiles de Louis XV et soutenue et aggravée par un ministre intrigant et sans patriotisme. €e mémoire, s'ajoutant à ceux des collègues de Yergennes, que nous avons successivement signalés^ fait ooirnaître que des administrateurs honnêtes et dévoués à leur pays n'ont pas manqué à l'aurore du règne de Louis XYI.

Ce fut le 1 8 avril, à sept heures du soir, que loseph II ^^ ^ arriva à Paris chez son ambassadeur. Il avait pris le Joseph u nom de comte de Falckenstein et refusé d'occuper un is ww ittt. appartement dans des palais royaux. Il passa la soirée à parler de la reine avec le comte de Mercy, écoutant^ avec un intérêt des plus vifs, tout ce qui pouvait concerner une sœur qu'il aimait, et dont il redoutait les imprudences de caractère idans la situation élevée qu'elle occupait. L'entrevue du lendemain fut des plus touchantes; Joseph, arrivé par un escaUer dérobé, se trouva seul avec Marie-Antoinette ; ils s'embrassèrent, et dans leur émotion restèrent longtemps en silence. Mercy, confident des impressions de son souverain, nous initie à ces douces amitiés de famille, si souvent refusées par l'opinion publique à des princes que la flatterie élève trop haut ou la haine rabaisse trop bas. La reine, qui redoutait comme une enfant la présence de son (vère tout en la désirant, perdit, à quelques paroles afifec* tueuses de Joseph, toute crainte, et^ se confiant en* tièrement à lui, raconta sans détours tout ce qui la concernait, l'initiant à la position embarrassante que faisait à l'épouse l'espèce d'infirmité dont souffrait le roi, lui racontant ses propres habUudos de dîssi-

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pâtion, son goût pour le jeu, et allant même jusqu'à avouer, il est vrai avec une certaine réticence, les engouements passionnés qu'elle éprouvait pour certaines dames de son entourage. Mené par Marie-Antoinette chez son époux, les deux monarques s'embrassèrent, et Louis XVI tint, au dire de Mercy, « quelques propos qui marquaient un vrai désir de paraître cordial et honnête » . L'empereur, ajoute l'ambassadeur, « remarqua l'intention, s'en contenta, et, avec son esprit et sa bonne grâce, sut dès le premier moment mettre le roi à son aise. » Les princes acceptèrent promptement l'espèce de situation que se fit dès le premier jour, l'empereur en se plaçant, par « une contenance de supériorité », comme a le père de toute la famille royale ». Mercy, racontant un souper chez la comtesse de Provence, deux jours après la venue de Joseph, dit que les trois princes <r se mirent tellement à leur aise qu'au lever de table ils s'amusèrent à des enfantillages, à courir dans la chambre, à se jeter sur les sofas, au point que la reine et les princesses en furent embarrassées X). Madame, ajoute-t-il, appela son époux, « lui dit qu'elle ne l'avait jamais vu si enfant », et tout cela se termina « de bonne grâce, sans que l'empereur eût laissé remarquer la surprise que lui avait causée un si étrange spectacle » .

Mercy avait écrit à Marie-Thérèse qu'il redoutait que « Sa Majesté l'Empereur ne mît peut-être trop de sensibilité et de sévérité dans ce qu'il devait trouver à redire au système de conduite de son auguste sœur », et que cela ne pût faire naître « un refroidissement réciproque, peut-être même des brouilleries

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