‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 121 sur 177 · AMÉLIORATION DES PUISONS · texte numérisé non relu

AMÉLIORATION DES PUISONS

aussi qu'il n'écrive sur le gouvernement et qu'il ne jette par les fenêtres des écrits qui seraient ramassés. Celte prétendue crainte n'est pas suffisante pour priver un homme, assez malheureux pour être enfermé depuis plusieurs années, d'écrire toutes les folies qui lui passent par la tête... Danry, Thorin et Maréchal sont tout à fait fols... J'ai su de Thorin quels sont ses papiers. Maréchal n'en a point ici, puisqu'il est étranger et vraisemblablement son sort est tout a fait ignoré de ceux à qui il appartient. Quand à Danry, je vous prie de lui faire demander, par vos porte-clefs ou d'autres, à qui il appartient, et quels sont les gens qui le connaissaient quand il a été arrêté ; il est vraisemblable que le plus grand nombre n'existent plus à présent... M. Mercourt est trop malade pour faire usage de sa liberté. . . s'il avait un retour à la santé qui lui permit de sortir... et qu'il s'enfuit, cène serait un malheur que pour lui : il y a déjà trop longtemps que ce prisonnier aurait du être rendu à la société. » Lors de la suppression de cette prison d'État, en 1785, le roi se crut obligé de faire une pension au carme Reboul, pour le dédommager d'y avoir passé trente-deux ans ; il agit de même pour La Roche-Gérautetle sieur de Langourla, gentilhomme breton, enfermé pendant vingt-un ans, qui sollicita et obtint pour sa femme la réversibilité de la moitié d'une rente aussi durement achetée.

Necker ne pouvait manquer de s'occuper de l'amélioration de lieux où tant de malheureux sont enterrés vivants, dans les pays où une presse libre ne protège pas les individus en tenant toujours le public au courant de Texistence des citoyens, des incarcéra-

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tioDS qui ont lieu, de l'état des prisons et de la population qu'elles renferment. Le roi déclarait qu'il voulait <L prêter une main secourable à ceux-mêmes qui ne doivent leur infortune qu'à leurs égarements;» qu'il était touché depuis longtemps de F^tat des prisons, dans la plupart des villes du royaume ; qu'il avait contribué de ses propres deniers à diverses reconstructions et que le triste état des prisons de la capitale rengageait à y porter immédiatement remède.

A ce moment, une indiscrétion révélait ce qui pouvait se passer dans ces lieux fermés, avec tant de soin, aux regards de la nation . <c II y avait au château de Ham, en Picardie, écrit un journaliste, un homme qui, depuis vingt-sept ans, était confiné dans un cachot de huit pieds carrés; là, couché sur la paille, environné d'insectes, de reptiles et d'animaux dégoûtants, sans feu, sans lumière et sans vêtements, il maudissait son existence. Deux prisonniers et une personne de l'étatmajor^ instruits du sort de ce malheureux qu'on savait être un homme de qualité, ont écrit à Madame Necker. Le courrier suivant a porté un ordre de rendre ce malheureux à la lumière... On va examiner quel est le crime qui a pu lui attirer une punition aussi cruelle et, en même temps, si peu exemplaire par sa clandestinité. On sait que qe prisonnier porte un nom illustré autrefois par la première dignité militaire; qu'il était capitaine et âgé de vingtquatre ans, lorsqu'il fût renfermé. y>

Ces détails, auxquels le rapport du lieutenant de police Albert, relatif à d'autres prisonniers, donne pour ainsi dire une attestation de véracité, peuvent faire comprendre l'accumulation de colères légitimes

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