‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 126 sur 177 · FERMENTATION D'AMBITION · texte numérisé non relu

FERMENTATION D'AMBITION

M. de Montbârrey au point de fortune où il était parvenu et qui le soutenait en toute oecasion... il fut convenu que le secret le plus profond était nécessaire, dans la crainte que M. de Maurepas ne prévint le roi contre les propositions de la reine, » et qu'il fallait attendre une époque où Ton serait certain de réussir. A peu près vers ce temps, continue Beseoval, « M. Necker découvrit cfue M. de Sartines, minisfrid de la marine avait chargé ce département de vingt millions de dettes, dont il ne lui avait donné aucune connaissance. M. Necker jeta feu et flamme. Il profita de cette circonstance pour démontrer au roi le danger de laisser chaque ministre maître des fonds dans son département; fortifiant de Tavantage de l'État l'ambition qu'il avait de se rendre maître de tout, par le droit de disposer seul de l'argent, projet, ajoute Besenval, avec son esprit de légèreté et de dénigrement, qu'il suivit avec tant de chaleur et si peu d'adresse, qu'enfin il en fut victime. » L'occasion de disposer d'un ministère parut si propice que ce la reine fut tout à coup assaillie par la duchesse de Polignac, et par son ami, le comte de Vaudreuil, qui s'efforcèrent d'engager Sa Majesté de parler au roi, de le décider au renvoi du sieur de Sartines, et à la nomination du marquis de Castries Tout cela se

passa si rapidement que, continue Mercy, je n'en fus informé que vingt-quatre heures après. J'allai me concerter avec l'abbé de Vermond . La reine, déjà inquiète des démarches dans lesquelles on voulait l'entraîner, accueillit très bien nos représentations. Elle se décida à rester passive... Le roi, avant de rien prononcer, s'élait réservé d'avoir un entretien avec le comte de

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m LIVRE TROISIÈME.

Maurepas, de manière que toute cette affaire restait dans un état de crise. Ce fut alors que l'on fit jouer le ressort perfide d'une fausse confidence pour laquelle on insinua, sous le plus grand secret, au comte de Maurepas que la reine avait obtenu du roi parole positive du renvoi du sieur de Sartines et du choix de M. de Castries. Le vieux ministre, qui était à Paris très affaissé de sa maladie, crut prendre un parti très politique en paraissant concourir lui-même à un arrangement qu'il supposait impossible de changer. j> Il avait fallu la coïncidence de la liaison de Necker avec un membre de la société de Polignac, le beaupère du fils du duc de Guines, il avait fallu le séjour forcé de Maurepas à Paris pour le renvoi d'un ministre insuffisant. Mercy termine cette lettre où il dévoile le peu d'influence et de volonté réelles de ceux que l'on a appelés si longtemps les pasteurs des peuples, par ces mots : « Le sieur Sartines a obtenu une bonne retraite parce que la reine Ta protégé et que le roi lui voulait assez de bien. Il se pourrait qu'on lui confiât un jour le département de la maison du roi. » Fermentation Lc rcuvoi dc M. dc Sartlucs produisit à la cour,

d'ambition: i . -m/r •

la duchease de uous apprcud toujours Mcrcy, une vive commotion, 108° cSs ceux qui visaient au département de la guerre « se

^^^^^'s^r.^^^* donnèrent de grands mouvements pour saisir un moment qu'ils supposaient favorable à leurs projets, et à cet effet la protection de la reine fut très vivement sollicitée. » La facilité avec laquelle s'était effectuée la prise de possession du ministère de la marine, en dépit de Maurepas, fit surgir une foule des convoitises dans la société intime de Marie-Antoinette. «Le comte d'Adhémar, dit Mercy, ministre de France à Bruxelles,

HUMILITÉ DE Lk REINE DEVANT M»« DE POLIGNAC, 423

s*étaitii»dginé de se mettre sur les rangs^ et il comptait assez sur l'appui de son intime amie, la duchesse de Polignac, pour se permettre des idées d'ambition» lesquelles, en tout état de cause, étaient aussi absurdes que téméraires. La duchesse les a cependant secon-r dées de son mieux ; ses bons offices devenus de plus en plus pressants, approchaient de l'importunité, et tourmentaient d'autant plus la reine qu'il lui en coûte infiniment de résister aux désirs de la favorite ; enfin Sa Majesté prit le parti de lui déclarer qu'il fallait absolument renoncer à un objet que toutes les raisons réunies rendaient impossibles, et dès ce moment les sollicitations ont cessé. » Il se pourrait, ajoute ce témoin vigilant et consciencieux des misérables agitations que nous racontons, « qu'elles n'aient été que suspendues... il y a peu d'exeniples d'un ascendant aussi marqué que l'est le sien sur l'esprit de la reine. » Il ne se trompait pas, car peu de jours après, Besenval ayant demandé à M™* de de Polignac, si « la reine en resterait là, et si, ayant eu le crédit de faire un ministre de la marine, elle ne voudrait pas aussi faire un ministre de la guerre », M"' de Polignac témoigna le désir d'entretenir le comte de Ségur. La favorite insinua, dans sa conversation, l'idée de prendre M. d'Adhémar comme second dans le ministère à l'instar de ce qu'avait été Montbarrey auprès du comte de Saint-Germain ; mais, sur un refus positif, elle abandonna son projet et se résolut à faire agréer, parle roi, Ségur comme ministre de la guerre.

Ségur venait de paraître à la cour pâle et défait à la suite d'un accès dégoutte, quan,dla reine le nomma

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au roi avec plusieurs autres a pour mieux masquer sa véritable intention, j> parmi les successeurs possibles du prince de Montbarrey . Pour celui-là il ne faut pas y penser, répondit Louis XVI, la goutte le ronge, il n'en peut plus* "T"'^^/-*^*"*® Soit que Maurepas, comme le prétend Besenval, en face jaloux dc voir la reine faire un ministre de la guerre poiignac. ait, tout cu avouaut à peu près l'insuffisance de Montbarrey, persuadé à cette princesse qu'on avait abusé de sa confiance, soit qu'impressionnée de la réflexion de son époux, elle eût été frappée de sa justesse, soit enfin qu'elle fut fatiguée des perpétuelles sollicitations de sa favorite, Marie-Antoinette eut un moment de révolte contre le rôle qu'on lui faisait jouer. Elle reprocha à M™*' de Poiignac de l'avoir mise en avant et sacrifiée à des vues particulières, en lui proposant un homme que sa santé rendait incapable de remplir la place pour laquelle elle l'avait fait désigner. Froide comme une de ces intrigantes de profession qui savent le but qu'elles veulent atteindre et ont fait une étude des personnes qu'elles ont intérêt à dominer, la duchesse repoussa avec calme les véhémences de la reine. Elle finit, en se levant, par lui dire que du moment qu'elle s'était permis un instant d'avoir sur son compte l'opinion qu'elle venait de lui montrer, elle devait se respecter assez pour ne pas rester à son service. Elle annonça son projet de ne plus remettre les pieds à la cour, et renonçant à tous les bienfaits qu'elle avait reçus, dit à la reine qu'elle les lui remettait tous, « jusqu'à la charge de son mari, qui ne l'en dédirait sûrement pas. » Marie-Antoinette, continue Besenval, qqi nous initie à ces étranges

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