DE GRASSE VAINCU PAR RODNEY
huit heures du soir. » A la suite de cette lettre du triomphateur partait celle du vaincu : « C'est à bord du Formidable^ commandé par l'amiral Rodney, disait de Grasse à Castrîes, que j'ai l'honneur de vous rendre compte qu'abandonné de presque toute mon armée, qui n'a jamais voulu écouter les signaux que J'ai faits de reformer la bataille après un premier combat, j'ai été entouré par huit à dix vaisseaux et forcé de me rendre à sept heures du soir. Il n'y a que M. de Vaudreuil l'aîné qui m'ait secouru... Les ennemis avaient trente-six vaisseaux contre moi trente-un. Cette disproportion n'aurait pas compté sans l'inexécution de mes ordres... Pour sauver quelques braves gens autour de moi, j'ai été forcé de me rendre ; mais la défense de mon vaisseau fera sans doute plus d'honneur à la France et à sa marine que la fuite honteuse de M. de Bougainville et de la plus grande partie de mon armée. y> Les Anglais rendirent justice au courage de l'amiral français, et le contre-amiral Drakc, comparant cette victoire à celles remportées autrefois par les marins anglais, s'écria : <t II faut convenir qu'il n'y a pas d'exemple d'une telle victoire remportée sur un ennemi courageux et opiniâtre. »
Le résultat de cette terrible journée était la perte de douze vaisseaux, de quatre frégates, de onze cents canons et de trois millions embarqués sur la Ville-de-Paris .
Le gouvernement français voulut, suivant son Le gouvernement usage, cacher à la nation le désastre que venait de mëco'ît'e^ideia subir sa flotte, et Rochambeau fut mécontent de lire de washïigton.
MalT«rsatioDs
des
foDCtiouDairas
maritimes ;
leurs
conséquences.
dans un ordre du jour de Washington, le récit de cette cruelle défaite. Le général américain rendait justice au courage des marins de la France, mais disait loyalement à ses compatriotes la vérité sur un événement qui les atteignait en affaiblissait momentanément rallié de leur pays. Washington en agissant ainsi, obéissait aux règles de bon sens, et nous dirons de prévoyance, qui dominent forcement les actes des gouvernements libres.
Dans quelle société particulière commerciale ou autre recommanderait-on comme un acte de sagesse de taire aux actionnaires les résultats d'une gestion plus ou moins habile? Si les administrateurs ne se croient pas permis de pareilles réticences, si les lois le leur interdisent sous des peines, pourquoi en serait-il autrement quand il s'agit de toute une nation ? La ruine de quelques particuliers peut-elle être comparée aux souffrances de deux mille soldats appartenant aux régiments de LaMarck, de Conti,de Blaisois et des corps de la marine, qui avaient été cantonnés autour de Port-Royal de la Martinique, après la défaite de de Grasse ? Livrés aux indignes spéculations des agents chargés de les nourrir, ils se mutinèrent une première fois le 3 juillet. Bouille fil passer une quarantaine de ces malheureux par les verges et en mit six aux fers pour être envoyés dans les chiourmes du roi; mais ne s'occupa nullement de faire mieux nourrir ceux qui restaient. Les souffrances continuant, grâce à la protection tacite des autorités; deux cents soldats cantonnés â rîlot des Cygnes se soulevèrent le 17 juillet, saisirent deux commis du service royal de la marine et des
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