CONCUSSIONS ET CRUAUTÉS
agents subalternes de radministrationy les assommèrent et mirent au pillage le dépôt des vivres. Bouille, averti, envoya deux cent-soixante soldats avec ordre de tuer sans pitié tout homme qui résisterait, et les officiers firent, dix heures durant, la chasse dans Tîlôt et abattirent cinquante-sept mufins, a Répression sévère, mais commandée par les circonstances, » écrivit Bouille, Les survivants furent jetés dans les cales des vaisseaux de guerre et le 27 juillet, traduits devant une cour martiale. Trente-trois furent fusillés et soixante-seize destinés à passer leur vie dans ce que Ton appelait encore les galères du roi ' . On s'émut à Versailles d'une pareille tragédie qui était comme le complément de celle de de Grasse, mais de Castries défendit avec énergie M. de Bouille et s'arrangea de manière à faire échouer l'enquête que le roi avait exigée. Quelques fournisseurs déplacés à grand bruit, et le renvoi d'employés subalternes furent les seules satisfactions offertes à la justice et à l'humanité par le ministre ^.
* Cette expression était restée en usage, quoique depuis longtemps les forçats ne fussent plus employés à bord comme matelots ou rameurs.
2 Mémoires du due de Lauxuri, p. 355 et suiv. — Uémoires secrets pour servir à Vhistoire de la république des lettres, tomeXViII»p. 9b, 102, ir9, 122,123,126,130 et suiv., 156 et suiv.; tome XX, p. 8, 71; tonaeXXIÏ, p. 276. — Archives nationaUs : 0*422, 29 juin, 28 août 1781. 0«492, l«r, 26 et 27 septembre, 28 octobre; mort de Maurepas, novembre 1781. K 161, 22 octobre 1781, naissance du dauphin, oct. et nov., déc. : 14, 18, 19,20 janvier 1782. K 164, 1781, sans date, note signée: le duc d'Barcourt, et intitulée : Instituteurs. Réclamation des officiers de la chambre demandant à servir le dauphin. État des personnes nommées pour Téducation et le service du dauphin. OH77, 2, 8, 16, 30 novembre, 6, 20, 29, 31 décembre 1781. — Correspondarice secrète inédite sur Louis XVI, Mente' Antoinette, etc.^ publiée par Lescure, tome I, p. 435, 445, 447, 458. -* Gustave III et la cour de France^ par GefTroy. Paris, 1867, in-8, tome I. p. 352. — Mémoires de Làfayettey tome II, p. 14, 19, 21, 22, 24. — Histoire de la guerre de VIndépendan.ee, par Botta, tome lîl, p. 548 et suiv., 11. 32
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4M LlYRK TROISIÉMB.
RëeitmaïkNis Gcs malversations» dont on s'empressait d*étouiïer ~ Marine la divulgation dans le sang, étaient au reste com- ^nàmuiner' muues dans le corps de la marine. Les bâtiments marchands affrétés par ordre du ministre et chargés d'hommes, de munitions et d'approvisionnements devaient à leur retour être escortés jusqu'en France. Mais les officiers et les gouverneurs des il^ modifiaient à leur convenance les itinéraires des convois, retenaient les navires de guerre ou changeaient lear destination au profit du commerce qu'ils faisaient pour leur propre compte. Sur plus de six cents navires expédjés de Marseille en Amérique, quarante seulement avaient été reconduits à leur port de départ. Ce mépris des engagements stipulés avait amené la prise de cent treize navires par les corsaires anglais, quand soixante-seize armateurs de Marseille
560 et gQiv. — History of the reign of George 111, by Edward Baine-s tom6 l, p. 342. — Archives du ministère de la marine (Colonies). Harti* nique. Carton 143. Tableau des départs de Royale Vaisseau. États visés de marche à Tintérieur des différents détachements -de Royal- Vaisseau. États des eommiasaires au revaes, 1782. Copie des effectifs de terre comprenant les troupes de marine devant être débarqnées et considérées comme armée d'opération. (Correspondance.) Rapport du chevalier de Paye au ministre, du 18 aotit 1781 ; où il est dît : que 1,000 hommes envoyés de France ne donnent en réalité/ une fois arrivés aux colonies, que 600 soldats. Plan de eampagne arrêté au conseil d'amirauté; Londres, 16 janvier 1782. Lettre de Rodney I milady Rodney, 16 avril. Rapport du mouvement de Tarmée anglaise^ 10 avtil 1782. Rapport et lettres de Rodney. Carton : Correspondance générale. Rapport du gonverDeor maritiaoe de Port^Royal de la Martinique; combat du 9 avril 1782. Rappoii du capitaine Crampton, chef de pavillon de lord Rodney. Copie établie à Londres sur Toriginal communiqué en 1782 par lady Rodney. Lettre de sir Sattoel Waliace, capitaine du pavillon. (Correspondance particulière do ministre.) Copie d'une lettre du contre>amiral Drake adrcsaée à sir Andrews Jakson, secrétaire des conseils d'amirauté. Cartons n82i (Colonies). Lettres ^o ministre, lettres au ministre. Correspondance pai^ieulière de M. de Castries. Dossier Rouillé. Dossier de Grasse.
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MaHINE marchande non protégée. 409
déclarèrent au ministre qu'ils ne fourniraient plus de bâtiments si les contrats faits avec lui n'étaient pas observés. Le ministre fit de nouvelles circulaires pour recommander de veiller sur le retour des bâtiments marchands^ mais n'en continua pas moins de favoriser les spéculations faites par les fonctionnaires de l'État. Nous trouvons une lettre de la marquise de Bouille qui, ayant éprouvé une avarie sur des sucres embarqués à bord de la flûte du roi la Semiblôy sollicite la remise du fret de cette marchandise. Le ministre refusa par la raison que a cette grâce aurait tiré à conséquence pour les autres chargeurs. » Mais la marquise s'adressa au roi lui-même, qui finit par la désintéresser. Le chef d'escadre de Bougainville s'était servi, pour le transport d'une cargaison de sucre lui appartenant, du vaisseau le Jason, qui tomba entre les mains des Anglais quatre jours après la défaite que cet officier avait contribué à amener.
Dans la guerre de corsaires que se* faisaient les Les <»»«»» deux nations comme une sorte d'annexé de celle qui et lea^nSdem était engagée entre les flottes royales, le gouverne- "^*"*' ment de Versailles, favorisait souvent les smogleurs anglais, c'esi-à-dire les contrebandiers de la Grande- Bretagne, qui apportaient des marchandises dans nos ports. Le ministre de Castries espérait-il obtenir de ces fraudeurs des indications utiles ou comptait-il sur eux pour fournir la France de marchandises rendues rares par suite de la fermeture des mers? Cela est probable, car, dans une lettre à M. d'Aiglemont, Commandant du port de Dunkerque, on lit : « Le commerce des fraudeurs anglais est des plus irrtporla«ts sur les côtes de Ftendre et de Picardie. On doit
lui assurer toute protection et terminer à ramiable toute contestation, l'intérêt des ports dût-il en souffrir. D II était impossible du reste que Castries fût renseigné sur ce qui se passait sur les côtes d'Angleterre sans que des indications semblables fussent fournies au ministère de Londres pour les préparatifs faits en France. Dans l'extrait du plan de campagne arrêté par le conseil du roi de la Grande-Bretagne, le 2 mai 1 782, il est formellement parlé de personnes employées à faire des observations et à lever des plans des diverses parties des côtes de France.
Mais en dehors de ces inconvénients, qui pouvaieat être négligés en vue de Tapprovisionnem^ de^ denrées nécessaires à l'alimentation d'un peuple, il y en avait d'autres bien plus graves. Le dévouement des Français pour leur roi et pour leur gouvernement était détruit ; la défiance qu'inspirait la cour, la réprobation qui existait, dans les classes éclairées, pour ses prodigalités, la conviction du désordre des finances que les banqueroutes de Louis XIV et de Louis XV, que les renvois successifs de Turgot et de Necker par Louis XVI, avaient fini par inculquer dans les esprits comme une sorte de dogme irrécusable, donnaient aux actes les plus naturels des fonctionnaires une empreinte de concussion et de partialité. RéToitet Des révoltes récentes montraient à la fois la facilité
^'Ï^Sr^ ^^s populations à s'insurger et l'étrange légèreté jQin 1781. jgg fonctionnaires de tous ordres lorsqu'il s'agissait des intérêts du peuple. II existait, en 1703, un tarif réglant le prix du pain à Rochefort et à La Rochelle, tarif qui écrasait la population par la cherté mise â un alimçnlij/fidispensable à la vie. Ce tarif, contre
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