RÉVOLTE A RÔCHEFORT ET A BORDEAUX
lequel s'étaient élevées les réclamations les plus vives, avait été abandonné, et chacun le regardait comme tombé en désuétude, quand tout à coup le Parlement, en 1780, en ordonna l'application par arrêt. C'était, au dire d'un des députés envoyé au ministre par la ville de Rochefort, décréter un impôt annuel de cent quatre-vingt mille livres (un million de nos jours). Le Parlement, auquel on en appela, ne prit aucune décision et^ laissant les pauvres et les ouvriers en proie a une misère que la cherté du blé aggravait, leà poussa ainsi à une sédition dans laquelle des boutiques de boulangers furent pillées et incendiées. Un maître boulanger mourut par suite des mauvais traitements qu'il avait essuyés, et il fallut le déploiement de quatre mille soldats pour arrêter ce soulèvement, qui coïncidait avec celui de la ville de Bordeaux. Les Bordelais, victimes du même impôt et du même déni de justice de la part du parlement de la Guyenne, pendirent deux maîtres boulangers et forcèrent la garnison à se réfugier au Château- Trompette. Un nouveau tarif donna satisfaction aux réclamations des populations le 19 septembre 1781 , mais laissa dans les cœurs de ces semences de défiance et de haine qui sont un danger incessant pour les gouvernements.
Les corsaires français, trouvant des concurrents irritation dans les smogleurs anglais, s'indignaient de la pro- ^ rnSmer^ tection donnée par le cabinet de Versailles à ces ^RévJîte^* fraudeurs étrangers, et dans les ports de l'Océan et ^JI^^I^VtsT' de la Manche il n'y avait qu'un cri de colère contre de pareilles faveurs. Au mois de janvier 1782, l'équipage d'un smogleur de Liverpool fut en partie
Googk
hOi LIVRE TROlSIEMli;.
massacré à Nantes. Le 6 février, le capitaine Le Hélic, de Saint-Malo, trouvant non loin de Jersey un bâtiment anglais, le coula malgré le pavillon français qu'il avait arboré. Il fut cassé de son grade de capitaine par les autorités maritimes, mais tous les corsaires français prirent son parti, et Texaspérationdes esprits, entretenue par plusieurs faits de ce genre, était au comble^ quand le 10 mars un brick corsaire de Dunkerque, V Agile, de douze canons, portant soixante- quatorze hommes d'équipage, rencontrai la hauteur de Gravelines une corvette de charge ar* mée en corsaire et naviguant sous pavilion anglais. Le capitaine de VAgile^ Van Broëk, attaqua la corvette et, après un combat de deux heures, dans lequel il eut onze blessés et sept morts, l'Anglais amena son pavillon, et hissant la flamme conventionnelle des fraudeurs, voulut continuer sa route. Mais Van Broëk s'y refusa et, considérant la corvette comme une bonne prise, la conduisit le soir même à Dunkerque. Le lendemain, il se répandit dans la ville que le hardi capitaine avait été mandé auprès du gouverneur d'Aiglemont, qu'il avait été retenu, et que l'équipage de Y Agile se trouvait consigné à son bord sous une garde de soldats. A l'instant, la population se rassemble et vient demander la liberté de Van Broëk et de ses matelots. Le gouverneur, qui a fait fermer les portes de l'hôtel et est protégé par un poste de soldats de la marine, essaye en vain de la calmer en annonçant, par des crieurs,la réunion du conseil des prises pour délibérer immédiatement sur la mesure qu'il a ordonné. La multitude se répand sur les quais, exhalant des cris de menaice et deco-