‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 154 sur 177 · RÉVOLTE A DUNKERQUE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE A DUNKERQUE

1ère contre le gouvernement, puis tout à coup des marins, des pêcheurs se Jetant dans des barques, se dirigent à force de rames vers Y Agile, Tescaladent et jettent à l'eau les soldats chargés de sa garde- A la nouvelle de cet acte de révolte, d'Aiglemont, perdant la tête, suspend la réunion du conseil des prises, appelle de nouvelles troupes et ordonne à son capitaine de pavillon deBauzée d'aller mettre l'équipage de V Agile aux fers.

Quand Bauzée se présente avec ses soldats, deux cents marins dunkerquois, grimpés dans les huniers de V Agile, le reçoivent à coups de fusils, et il est contraint de s'éloigner en laissant une dizaine de morts. Au même moment, le smogleur anglais est envahi par des furieux qui le découpent à coups de hache, abattent sa mâture, jettent à l'eau son équipage, le livrent aux flammes et ramènent le capitaine et son second pour les pendre aux mâts de V Agile.

Pendant ces orgies sanglantes, une députalion d'armateurs et de capitaines de corsaires tentaient vainement d'obtenir, ne fût-ce que provisoirement, la liberté de Van Broëk. D*Aiglemont fut inflexible devant leurs sollicitations et celles du lieutenant-colonel de Biren, qui reçut Tordre de faire nettoyer les quais, Biren, qui disposait au plus de sept cents hommes en face de plus de six mille révoltés, n'osait pas commander le feu, quand les soixante soldats suisses qui faisaient partie de ses forces et étaient détestés de la population, pressés et isolés par une suite de ces mouvements de flux et de reflux qu'impriment les foules, se servirent de leurs armes pour

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504 UYRE TROISIÈME.

86 dégager. A leurs coups de fusil répondit aussitôt un feu roulant partant des fenêtres des maisons voisines qui dura plus d'une demi-heure jusqu'à ce que Biren put faire rentrer ses soldats dans l'intérieur de rhôtel. A dix heures du soir, le calme semblait être revenu dans la ville, mais la révolte, à ce moment silencieuse et maîtresse de certains quartiers, dominait en souveraine sur la rade. V Agile était devenu une forteresse prête à ouvrir le feu sur les magasins de la marine et la partie nord du port. L'appui des navires qui l'entourait lui était acquis et le maître de l'équipage de VAgUCy Van Broëk, avait fait jurer à ses compagnons de faire sauterie brick s'ils ne pouvaient pas le défendre contre l'artillerie des forts, après avoir causé à Dunkerque le plus de mal qu'il serait possible.

Quelle que fut la colère de d'Aiglemont, il fallut bien parlementer, et l'émeute ne cessa que sur l'assurance que Van Broëk conserverait son commandement, que personne ne serait puni et que la corvette anglaise serait déclarée de bonne prise. La troupe avait eu vingt-sept morts et soixante-treize blessés ; il y avait eu cent blessés dans la population et il y eut trente-trois convois de victimes. L'émotion causée à Versailles par les récits de Biren et d'Aiglemont fut des plus vive ; le ministre de Castries voulait faire poursuivre Van Broëk et Ruysbroëk comme les principaux auteurs de cette révolte ; il s'emporta contre Biren, dont il traita l'humanité de faiblesse, et si le roi n'eut pas été éncrgiquement pour l'indulgence, cette émeute, née des circonstances et que personne n'avait préméditée, eut eu des suites qu'il

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était impossible de prévoir. Le roi suivit l'impulsion de son caractère doux et affectueux et Castries crut bien faire en écrivant au gouverneur d'Aiglemont, le 14 juin, trois mois après ce terrible événement, « d'assurer comme par le passé toute protection aux fraudeurs anglais, quelques petits intérêts àe particuliers ou de localités maritimes dussent-ils en être lésés. » M. de Castries, pas plus que le roi, ne comprit, à l'énergie de la^ lutte, à l'universalité des plaintes, que les Français avaient perdu cette sorte de religion de l'obéissance qui subsiste longtemps vis-à-vis d'un gouvernement, et permet aux nations de supporter une suite nombreuse d'injustices avant qu'elles ne cherchent à s'y soustraire.

L'ardeur passionnée avec laquelle le pays allait tenter de réparer les suites du désastre de de Grasse devait ajouter aux illusions des ministres et leur faire croire qu'ils dirigeaient encore les Français, au moment où ils tendaient chaque jour davantage à n'être plus, dans leurs mains, que les instruments passifs de leur volonté * .

* Archives de la marine. Carton : Marseille. Carton 1782 : Ordres et dépêches du ministre, 28 décembre 1782. Lettre de remerciement adressée à M. de Castries par M. et M™' de Bouille, du 2 août 1783. Cartons : Rochefort. Révoltes à Rochefort et à Bordeaux, mai et juin 1781. Correspondance générale. Extrait du plan de campagne arrêté pour l'année 1782 par le conseil du roi d'Angleterre et d'amirauté, 2 mal 1782. Correspondance du ministre. Protection accordée aux fraudeurs anglais. Carton : Port du Havre. Lettres des 12, 16, 18, 20 avril. Lettre confidentielle du ministre au directeur général du mouvement du port de Dunkerque, 14 juin 1782. Lettre confidentielle du ministre à d'Aiglemont, 13 mars et 14 juin 1782. Rapport au ministre par d'Aiglemont, 13 mars. Instruction secrète du ministre, 16 mars. Deuxième rapport au ministre, 17 mars 1782. Rapport de sirWallace, 21 avril 1782. Rapport de Rodney, 20 mai 1782.

Explosion de colère contre

de Grasse;

sa défaite aooon-

cée en Corse

comme une victoire.

îHm LIVRE TROISIÈME.

A la nouvelle de la défaite de la flotte il y eut une explosion de colère dans le public, les épithètes les plus odieuses furent attachées au nom de Tainiral, et Lafayetle, témoin de ces transports, écrivit au ministre américain Livingstone : a Le cri général est tel, que je ne crois pas qu*â l'avenir aucun amiral français osât, en aucun cas, rendre son vaisseau. »

Louis XYI fut vivement ému etVergennes dutle consoler et combattre le découragement qui s'était emparé de son âme. a L'événement est sans doute très malheureux, lui disait-il, mais il n'est pas irréparable, il ne change rien essentiellement au fond des choses, il ne peut avoir d'influence que sur l'opinion toujours si utile à conserver, mais qu'il ne sera pas difficile, j'espère, de rétablir et de fixer... si, faisant arme des ressources que Votre Majesté trouve dans Tabondance de ses moyens, dans rafiection de ses peuples, et plus encore dans la fermeté et dans l'élévation de son âme, Elle ne se montre sensible à ce revers qu'en raison du sort malheureux de ceux de ses sujets qui en sont les tristes victimes, et que par des résolutions vigoureuses, Elle annonce la résolution décidée de ne rien épargner pour rétablir la fortune de ses armes... Les Anglais peuvent se féliciter de la victoire, mais ils ne gagnent rien au fond... Le moment semble décisif, Sire, pour en imposer à votre ennemi et pour rassurer vos amis qui peuvent être ébranlés... Il n'y a pas un moment à perdre. Le parti que Votre Majesté prendra fixera l'opinion de son règne. »

Inquiets sur l'effet que l'annonce d'un pareil évé-

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