DE GRASSE EN FRANGE
nement pourrait produire en Corse, les ministres qui n'avaient pu empêcher la vérilé de se faire jour en France, profitèrent de la situation isolée de cette lie pour transformer une défaite en une victoire. Les fonctionnaires annoncèrent un triomphe des Français, firent de grandes réjouissances à l'occasion de cette nouvelle mensongère, auxquelles le peuple s'abstint de prendre part, et un sonnet imprimé à Bastia vint féliciter le roi de la gloire qu'il avait acquise'.
De Grasse arriva de Londres le 20 juin, et le mois conteii de f^m suivant, le 11 juillet, sollicita de Louis XYI la réu- «oosiapreBsion mon d un conseil de guerre pour y exphquer sa pubuque. conduite. Les Anglais rendaient justice à son courage. Aussi le roi le reçut-il bien. Mais le ministre, soit qu'il agit par affection pour Bougainville, comme l'en accusa, au cercle de la reine, le compagnon d'armes de de Grasse et son ami le marquis de Yaudreuil, soit qu'il craignit l'émotion profonde du pays, aurait vivement désiré détourner l'attention des Français de ce déplorable événement, et faire, suivant les habitudes des gouvernements absolus, une de ces enquêtes mystérieuses qui permettent d'épargner les coupables qu'on désire amnistier et de frapper ceux que le défaut de protection laisse sans défenseurs. Ce ne fut que sous la pression de l'opinion publique qu'il proposa de renvoyer indistinctement devant un conseil de guerre les officiers qui avaient survécu au combat du 12 avril. La Cour de Versailles, ou presque toutes les familles se trouvaient atteintes
< Voir ce sonnet aux [ùèces juitificalivf s \i.
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par la perte d'un de ses membres, avait assisté en deuil au service funèbre célébré en mémoire du marquis de Vaudreuil ' ,de Montguyon, de La Glocbeterie et des principales victimes de cette terrible journée, quand s'ouvrit l'enquête destinée à en éclairer les péripéties. Pendant une année', M. d'Heclor, à Brest, et Latouche-Tréville, à Rochefort, entendirent onze cent quatre-vingt-huit témoins. Le conseil d'enquête blâma la manière dont de Grasse avait engagé le combat, et trop sévère, au dire des Anglais, affirma que cet amiral, qui rendit la Villede^Paris quand ses ponts étaient couverts de quatre cent quatre-vingts csid2iyreseiqn'\\n*^\^it plus qu'un seul officier auprès de lui, devait continuer là lutte parce qu'il avait encore des marins, des munitions et que ses mâts n'étaient pas tous abattus. La réprobation de la conduite de Bougainville était unanime et le conseil d'enquête faisait peser sur lui la responsabilité de la perte de la bataille.
Le conseil de guerre auquel furent déférés cent-dixsept officiers, s'assembla à Lorient le 2 1 octobre 1 783, sous la présidence du comte de Breugnon, marin rigide et sévère, qui fit trembler les courtisans de Versailles et les poussa à solliciter la dissolution de ce tribunal pour le remplacer par une juridiction mieux préparée a subir leur direction. Mais de Castries, effrayé de l'animation des populations^ déclara qu'on était trop engagé pour reculer. La conduite de Bougainville souleva une tempête d'indignation parmi ses juges, les mots de faiblesse, d'iinpéritie
* Ce Vaudreuil, frère du marquis, capitaine du Triomphant^ avait été tué sur son banc de quart.
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