‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 161 sur 177 · DÉSORDRE ET CONCUSSIONS · texte numérisé non relu

DÉSORDRE ET CONCUSSIONS

t^tationsdu ccmseil supérieur de Tile forcèrent M. de Souillac à sévir. L'état*major fut arrêté, un conseil de guerre réuni, et l'instruction durait depuis onze mois quand Tordre vint d'envoyer d'Oms en France pour y rendre compte de sa conduite. D'Oms était sur le point de s'embarquer lorsqu'il mourut subitement. L'administration prétendit qu'il avait succombé à un coup de sang, mais le public attribua sa mort soit à un duel^^ soit à un assassinat commis par un ordre supérieur. L'armée de terre n'était pas plus exempte que la marine de pareilles souillures malheureusement inévitables en temps de guerre et surtout dans des pays où des hommes appartenant à une civilisatioa avancée se trouvent en contact avec des peuples barbares, d Je reçois, écrivait de Castries à Souillac^ les détails les plus affligeants sur l'inconduite des officiers supé^ rieurs et l'afTreux désordre régnant dans la petite armée de l'Inde.. .La conduite scandaleuse de la plupart des officiers de terre et de mer exige que l'autorité continue â être réunie dans la même personne. Au cas où M. de Bussy viendrait à manquer, cette autorité ne peut être mieux placée que dans les mains de M. le bailli de Suffren... Par malheur, ainsi que je l'avais prévu, les demandes qui ont été faites à Hyder-Âli-Khan autant que la funeste conduite de M. Du Chemin, ont contribué à nous aliéner l'esprit de ce prince. Je n'ai aucun reproche à vous faire : le choix de M. Du Chemin était justifié par son grade et sa réputation militaire. Vous ne pouviez prévoir qu'il le ternirait par un esprit de cupidité qui ne s'était pas encore développé. Je gémis surtout

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Mi LIVRE TROISIËME.

des' excès et des insubordinations des capitaines des vaisseaux du roi. .. Sa Majesté est décidée à les punir sévèrement. Il sera surtout nécessaire de Térifier les demandes de fonds pour les états-majors. Les dépenses atteignent l'exagération. »

Mon de Les craintes de M. de Castries sur les conséquences

7dÂtmhil^i79ï; quc pounTsicnt avoir rirritation de Hyder- Ali étaient qurHjder-^^^^ vaincs, car le sultan de Mysore n'existait plus a^ départ de sa missive. Il avait expiré le 7 décembre 1782. « C'était, écrivit Bussy à Versailles, un homme qui réunissait de grandes qualités et de grandes vues. 11 avait été lui-même Tartisan de son immense fortune; il n'y était parvenu, il est vrai, que par les plus grands crimes, aussi, à mon arrivée, avaîs-je trouvé un traité prêt à se conclure entre les Marattes, le Souba du Deckan et les Anglais, pour détruire la puissance de cet homme qu'ils qualifiaient de brigand. La manière dont il a fait la guerre dans cette province justifie cette expression. Tous les paliagars et rajahs de la province étaient favorable* ment disposés pour la nation frmçaise, mais ffyder- AU les ayant chassés, ruinés ou détruits, le peu qu'il en est resté s'est mis à l'abri de ses cruautés en se retirant dans les bois et dans les montagnes et s'est réuni aux Anglais. Il est donc très vrai de dire que la France ne pouvait point compter sur un pareil homme qui n'a jamais fait corps avec les puissances asiatiques... Hyder-ÂH-Khan n'était qu*un aventurier sur le compte duquel les Français répandus dans rinde pendant la paix ont donné au ministère de fausses notions. »

Tippo-Saëb avait succédé à son père Hyder-AIî

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SITUATION DES FRANÇAIS DANS L'INDE. 9n

quawd Btissy, arrivé à Ceylan le 10 mars 1783, alla État «tes renforts rejoindre Sufifren à Trinquemalé, puis vint avec lui som-en à Gondelour où était enfermé le comte d'Offelize j^e^^\ avec seize cents soldats européens et deux mille ^"^a«ÔS ^ eipayes. L'escadre qui avait conduit Bussy était dans ^"^'n"^^'^"^ le plus déplorable dénuement, et les équipages des navires se trouvaient si affaiblis que Suffren dut désarmer sept de ses bâtiments pour armer les huit vaisseaux que lui amenait le chef suprême des forces françaises dans Tlnde.

a Les objets dont l'escadre manque le plus, écrivait Suffren au marquis de Castrîes, c'est de grosses ancres, de câbles, de cordages, poudre, boulets et mâtures. Je n'ai aucune pièce de rechange et tout vaisseau démâté devient inutile... L'envoi des renforts doit être fait darts le plus grand secret, sans quoi les Anglais en enverront toujours plus; vu les grandes ressources qu'ils ont dans les Indes leur escadre leur coûte infiniment moins. C'est à vous, Monseigneur, qui avez la confiance du Roi à représenter cela avec fwce; l'envoi de quelques vaisseaux de plus n^est rîeri réfativement à la dépense de Tex* pédiiion ^e TRide et cela seul pourrait la rendre . profitable. »

Ces dernières paroles pleines de bon sens carac-^ térisent, d'une iftanière complète et irréfutable,' Toeuvre impossible tentée à ce moment par la France. Ce n'était pas un vieillard, illustré par ses explcîls sous Dupleix, qui était en état de ré-^ tàbfir l'empire qu'il avait contribue à fonder dang sa jeunesse par son ferme accord avec un homme de génie. La conviction qu'il n'y avait plus rien

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à faire de durable et d'utile pour la France en Asie, ressort avec une évidence d'autant plus grande, qu'elle se fait jour, même à leur insu, dans les rapports du ministre de la marine, dans m mémoire du comte d'Ëstaing, et dans les écrits de Français établis dans l'Inde. Il est plus question de ruiner les établissements fondés par une nation rivale que d'en ériger de sérieux pour la France. Le marquis de Gastries, en résumant, dans un mémoire au roi» les causes qui ont fait échouer la campagne de 1782 à 1783, parle de fautes, d'accidents maritimes, de maladies épidémiques comme si les Anglais n'en avaient pas eu leur part* Les Anglais ont eu, comme les Français, à combattre les mêmes erreurs, les mêmes dilapidations, comme les Français ils ont soutenu les péripéties d'une longue lutte avec et contre les alliances de princes indiens.

Vaines iiioiioos D'Estaing^ au moment où la paix va rendre ce continent à ceux qui ont mérité de le conserver par leur persévérance, pousse plutôt le cri de désespoir du patriotisme et du soldatindomptable, mais vaincu,

daîsî'îjde. ^^^ ^®^^* ^'™ homme d'État, lorsqu'il s'écrie : « S . la puissance du Roi le met au-dessus des avantages qu'on laisse échapper, il importe au moins au Roi, à son honneur, à sa dignité, de ne pas sacrifier les princes de l'Inde à la vengeance de leurs ennemis. Aucun frein n'a jamais arrêté l'avidité de la nation anglaise autorisée aujourd'hui à considcref l'intérêt politique des nations comme la base de la conduite des puissances de l'Europe. Il n'est pas naturel de se flatter qu'elle se conduise, pendant la paix pro* chaîne, par des sentiments d'équité qu'elle n'a jamais

et des

roDctionDairts

sur la fondatiOD

d'an

ètablissemeDt

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EhREURS PATRIOTIQUES DES FRANÇAIS. m

connus. •• Sa Majesté leur doit protection (aux princes indiens). Elle les a soulevés contre ses ennemis; Hyder-Ali d'un côté et lesMarattes de l'autre, allaient traiter avantageusement avec les Anglais... Les envoyés du Roi sont arrivés à eux, non comme des député? d'une compagnie marchande , mais comme des ambassadeurs de Sa Majesté pour les engager à rompre les traités dont les actes étaient déjà dressés, et on les a déterminés à reprendre les armes par les promesses les plus positives de les venger des vexations des Anglais... L'honneur et la bonne foi, ainsi que les intérêts de la France, sont réunis ici pour ne jamais abandonner les princes de l'Inde... S'il en est autrement l'Asie est perdue pour l'Europe. Les Anglais y domineront sans concurrence. i> La chaleur d'une lutte soutenue au milieu de tant d'alternatives de succès et de revers, inspire à presque tous les Français qui s'occupent de l'Inde les mêmes sentiments, les mêmes illusions, les mêmes imprécations. Tous soutiennent qu'une forte escadre, et l'envoi de vingt mille hommes sur la côte de Coromandel, anéantiraient à jamais la puissance anglaise dans l'Inde, tous comparant les richesses que l'on pouvait obtenir de ce pays, les revenus qu'il était possible d'en til?er, avec les dépenses, sans compensation, failes dans la guerre d'Amérique, déplorent qu'on n'ait pas arraché à l'Angleterre ce trésor qui allait assurer sa prépondérance sur l'Europe, tous parlent de Hyder-Ali, de son fils Tippo-Saëb comme d'alliés pleins de dévouement et de persistance. Déclamations vaines que réduisent à leur valeur réelle les auteurs mêmes de ces projets chimériques

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,}m LIVRE TRiOiSIÉlK.

lorsqu'ils se plaignent que les repirésentauts 4e la France manquent du strict nécessaips» qu'ils se v<Heiit refuser rentrée du palais de Nizam-Aii parce qu'ils s'y présentent sans cortège et sans suite* lorsqu'ils montrent les agents anglais prodiguant les présents autour d'eux, achetant les consciences des miiiistres indiens, et remplissant toutes les cours de l'Ajsie de partisans qui sont i leur solde. La France ne pouvait pas suffire à une guerre qui s'étendait sur le monde entier, et il est impossible d'admettre le jugement du commissaire général de la marine, quand il écrit, à propos du traité de paix que'finira par conclure le cabinet de Versailles : Il a « avili la nation française aux Indes... Les Anglais ne manqueront certes pas de nourrir parmi les Indiens l'impression humiliante. •• d'avoir fait notre paix sans nous occuper de notre allié (Tippo-Saëb) qui a dépensé des sommes immenses pour soutenir notre commerce contre la Grande-Bretagne. » BuBsy Bussy qui sait, par expérience, ce que valent les

^Tomme^u^^ innombrablcs troupes indiennes, mêmes celles dresjugô Hydei-Aii. g^gg ^ j^^ tactiquc modcmc, en face du plus petit corps de soldats européens, ce que vaut la multitude des canons entre les mains des Indiens ra présence de quelques pièces bien servies par des artilleure européens et la nullité de leurs plus redoutables fortifications lorsqu'elles sont défendues par des indigènes ; Bussy qui a pratiqué ces princes indiens prêts à combattre ou à se soumettre, suivant les caprices de leur imagination, à faire des alliances ou à les rcmipre pour les motifs les plus puérils, Buâsy dit, sans la chercher, la vérité sur la situatioii de la

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TiPPO-SAËB JUGE PAR BUSSY. 527

France dans l'Inde» quand il écrit au marquis de GfistFÎes : o: Je ne me suis pas trompé sur leurs intentions (de Tippo-Saëb et de son ambassadeur Saïd- Saïb), et sur la piréférence qu'ils paraissent donner à la forpe et à Topulence des uns (des Anglais) sur la faiblesse et la pauvreté des autres (les Français)... Il a forcé par de mauvais traitements, par le manque de vivres et de paie» etc., M. de Gassigny à se séparer de son armée et il l'accuse auprès de moi de malversations... Je suis toujours convaincu que le nabab (Tippo-Saëb) ne mérite de notre part aucune déoiarcbe qui puisse compromettre la gloire du Roi et l'intérêt de la nation... L'Indien n'a d'autre politique que l'intérêt du moment... Ce serait» M. le marquis, prévenir vos réflexions que de vous mon» trer Tippoo pressé d'un côté par les Anglais de renvoyer les troupes françaises et d'accéder au traité conclu entre ceux-ci et les Marattes, chercher en même temps à nous ménager; me faire, dans toutes ses lettres, les plus belles protestations d'ami* tié pour m'engager à envoyer un député à Madras... et, afin que la démarche ne lui fut pas imputée, il forçait M. de Gassigny, en le laissant manquer de tout, à prendre de lui-même le parti de se retirer... Voilà l'Indien qu'on s'imaginait devoir être un allié aussi sûr pour la France, qu'ennemi naturel des Anglais... J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire combien il est facile à un homme peu instruit des mœurs asiatiques de se laisser séduire par les Indiens, et combien peu l'on doit compter sur des alliances qui.ne sont jamais fondées de leur part que sur l'intérêt du moment et d'après la force ou la

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faiblesse où l'on se trouve. Les Indiens plus que tous autres ne considèrent, dans les liaisons qu'ils forment, que ce qu'ils ont à espérer ou à craindre d'une nation. Ils sont aux pieds de celle qui est puissante, arrogants et insolents avec celle qui est faible et souvent traîtres avec Tune et l'autre, les promesses ne les séduisent point, parce que les jugeant d'après celles qu'ils sont accoutumés à faire presque toujours sans la volonté et souvent sans la faculté de les tenir, ils les croient aussi fausses que les leurs. » Il était trop tard, l'Angleterre avait fondé un empire par les victoires de Clives, par la vigoureuse adminis* tration de Warren Hastings. Elle avait réussi en soutenant les hommes ^ui la servaient, tandis que nous avions éloigné ceux qui voulaient nous établir dans l'Inde. Elle possédait des revenus assuré, des places fortifiées, des alliés qu'elle maintena^ par une politique semblable à celle qu'avaient suivie Dupleix et Bussy. Il était possible à la France de faire œuvre de corsaire mais pas autre chose. Profonde Comparer la guerre dans l'Inde avec la guerre

existe entreprise contre les Anglais en Amérique, ainsi ^^nxennel^^ quc l'out fait dcs historfens, c'est ignorer comeJVméîiïie plètcmcnt les faits, c'est confondre des champs ""l^^tlumée ^^ bataille qui n'ont aucun rapport les uns avec dans l'Inde, j^g a^iyes, c'cst fermer les yeux sur des passions, des intérêts, des erreurs contemporaines, pour faire l'œuvre d'un banquier qui établit ses calculs sur des métaux sans se soucier des hommes. En Amérique, c'est un peuple qui partage les passions, les idées des Français, qui correspond à leurs haines, à leurs espérances, c'est un peuple qui prend les armes.

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LES PllANÇAIS VICTIMES DE LEUft GOUVERNEMENT. SÔ9

combat pour lui-même; dans l'Inde ce sont des esclaves enrégimentés. La place était prise dans l'Inde. Il était aussi aisé de combattre l'Angleterre, en Europe, chez elle, que d'aller au loin lui faire la guerre dans une contrée où elle avait établi pnr . le fait un État. En détruisant de ses propres mains l'empire qu'avait créé Dupleix, la France était victime du genre de gouvernement qu'elle siibissait, l'Angleterre au contraire, en triomphant des fautes des hommes, des concussions de ses fonctionnaires, profitait de la puissance d'institutions qui unissent une nation à ceux qui conduisent ses affaires. Les directeurs de ses colonies avaient pu réparer leurs fautes ou poursuivre leurs succès, et l'énergie, l'esprit de suite des peuples qui ont des gouvernements d'assemblées, avaient fondé un état durable au milieu de péripéties étranges, de difficultés considérables, au moment même où l'omnipotence de Versailles arrachait de l'Inde tous les hommes capables de la donner à la France \

* Àrehitet du ministère de la mariné. Lettre de Lallée an ministre,

12 août; de Piveron de Morlet, procureur du roi à Pondichéry, 14 avril 1780. Lettre du nabab Hyder-Ali-Khan au vicomte de Souillac, gouverneur des Iles de France et de Bourbon, 17 août 1780. Négociation avec la Hollande à répoque de la guerre de Tlnde, 1781. Demande faite à M. Vandeperc par le comte de Vergennes et le marquis de Gastries, et réponse; elle est survie d'une lettre adressée an commandant du Gap de Bonne-Espérance, datée de La Haye du 17 février 1781, et signée des noms de Graafland, Pietersz, A. Huysman, Reyners, Straaien, Boers, Mearmun, Vangoer. Carton des Papiers anglais (Campagnes) : Prise de Négapatam, extrait du rapport de sir Edward Hughes. Lettres de Hughes sur cette prise. Letlres du chevalier de Munro, datée de Négapatam, 24 novembre 1781. Documents coloniaux. Lettre de M. Piveron de Morlet. Relation manuscrite de la guerre de l'Inde, 1780 à 1783. Lettre de Saffien au ministre,

13 juin, 30 décembre 178*2. Lettres du ministre & M de Souillac, 10, 28 a\rit 1782, 20 avril 1783. Lettres de Tintendant Chevreau. Lettre de

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Siège de Gibraltar,

juin 1779, janvier 1780,

avril et novembre 1781.

Bussy n'avait pas encore rejoint Suflren pour continuer avec lui la campagne brillante, mais stérile, entreprise par ce grand marin contre les Anglais, qu'un échec attristait les armes réunies de la France et de TEspagne.

Les Espagnols avaient commencé leurs hostilités contre TAngleterre par le siège de Gibraltar, avec une telle obstination et une tdile prodigalité de moyens agressifs qu'ils paraissaient n'avoir désiré b guerre que pour la prise de cette place. Dès le 21 juin 1779, la communication de Gibraltar avec le continent fut interrompue, et, le 16 juillet^ deux vaisseaux de soixante-quatorze, deux frégates et deux chébecs fermèrent son port. Le commandant de la ville, le général Elliot, qui disposait d'une garnison de cinq, mille trois cents hommes, avait vu

H. de SouiHae sur la capture d*uii brick «ngbiifl. LeHre de M. de Nar-

bonne, 8 juin 1783. Lettre de SuffreQ à Busay, 30 novembre 1782. (ocaments coloniaux ; Carton 1783. Mémoires de Bussy (original). Affaires de rinde, juin 1784. Rapport au wldu ministre de Castries sur la campagne de 1782, 1783. Mémoire da comte d*Efitaing, 4 janvier 1784. Lettres de Montigny, Manneron, Piveron de Morlet, etc.^ anr l'Iode, etc. Mémoire relatif aux établissements français dans Tinde, 16 noy. 1784, non signé. Observations sur les articles du traité de Paris concernait jes établissements français dans Tlnde» non signées. Lettre de Narbonoe, du 8 juin 1783, datée de Gondelour. Lettre de lord Fitz Herbert à loid W. Gray, 17 septembre 1785. Lettre de lord Fletcher, directeur de la Compagnie de& Indes anglaises, h M. Falk, gouverneur de Ceyian, 1787. Mémoire de monsieur de Cremon, commissaire général de la marine, inscrit sous le numéro 2276, sous ce titre : (( Notes et Observations sar les Indes orientales par rapport aux conditions du traité de paix. » Carton : Correspondance du ministre. Lettre dç Vergennes à Bussy, sans date. Rapport de Bussy au marquis de Castries, daté de Pondicbéry, 23 novembre 1783. — Histoire de la conquête et de la fondation de Vempire a7i4ilai$ dans Vlnde, par Barchou de Penhoën, tome III, p. 44 et saiv., îSlet suiv., 246, 254 et suiv., 283 et suiv., 291 et suiv., 295 et suiv., 332 et suiv., 335 et suiv., 352.

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SIËGË DE (GIBRALTAR. *»!

grossir insensiblement l'armée des assiégeants jus^ qu'à quatorze mille hommes. Établi depuis deux ans sur cette immense roche grisâtre qui, depuis la terre ou depuis la mer, paraît sortir des eaux, présentant à l'est de la presqu'île une espèce de muraille droite, €t à l'ouest une pente douce qui a permis l'assiette d'une ville, Elliot se confiait à sa nombreuse artillerie et à ses fortifications étagées les unes au-dessus des lautres, quand les Espagnols, qui avaient conduit leurs approches, ouvrirent les feux de leurs batteries dans le mois de novembre et atteignirent la yjUe avec leurs ))oulets. Les vivres commençaient à devenir F^res p$^r suite de la fermeture du port par les v^Bseaux efpagnols, quand l'amiral Rodney, sortant, l«s premier;B jours de janvier 1780, des ports de l'Angleterre, à la tête d'une flotte formidable, rencontra un convoi de bâtiments chargés de vivres qui se rendait à Saint- Sébastien, l'enleva, battit une escadre espagnole et conduisit ses prises à Gibraltrar. Le 12 avril de l'année suivante, l'amiral Digby ravitaillait encore la place et les Espagnols, désespérant 4e pouvoir la réduire par la famine, résolurent de la détruire par les bombes et les canons. Ils couvrirent la ville de leurs feux et, en avançant leurs parallèles, avaient déjà établi une batterie à une faible distance des remparts, quand Ëlliot fut averti, par un déserteur, de la négligence qu'ils mettaient à se garder dans leurs lignes. Il prit aussitôt son parti et attaquant avec vigueur les Espagnols dans la nuit du 26 au 27 novembre 1781 , détruisit les ouvrages des assiégeants et fit un grand nombre de prisonniers* L'audace d'Ellipt qui pouvait amener la prise de la

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ville si les Anglais avaient trouvé des trôopès prèt^ à les recevoir et à suivre les assiégés dans leur retraite, jeta, par sa réussite, un profond découragement parmi les assiégeants. Ils cessèrent pendant quelques jours les travaux d'approche et l'ambassadeur d'Espagne, à Versailles, redoubla d'instances pour obtenir la coopération de la France.

Lei Français Lorsqu'il fut qucstiou au conseil des ministres da ^ bmnou*''^ siège de cette ville, que les Espagnols essayaient en

^6il^r^u^^^ vain de réduire depuis plus de deux ans, le marquis aoftt 1781. jç Castries, le comte d'Estaing et les officiers généraux de la marine repoussèrent l'immixtion de la France dans une semblable entreprise. Mais leurs avis furent vivement combattus par le ministre de la guerre Ségur et par le comte d'Artois, et un plan d*attaque par terre et par ^mer finit par être arrêté entre les deux gouvernements au commencement d'avril 1782.

« Les Espagnols vont enfin assiéger Gibraltar, écrit Lafayette à ses amis d'Amérique, le comte d'Artois, frère du roi de France, et le duc de Bourbon, prince du sang, partent pour servir dans cette expédition en qualité de volontaires... ainsi, de manière ou d'autres, nous serons délivrés de cet embarras, et, que le siège réussisse ou non, nous pouvons espérer à l'avenir de disposer des forces combinées de la maison de Bourbon. i>

Lafayette faisait allusion au projet d'union des troupes et des flottes des deux monarchies sous le commandement du comte d'Estaing, qui devaient s'emparer de la Jamaïque pour l'Espagne et à la suite de cette conquête, accomplie avec des forces

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SIÊGC DE GIBRALTAR. 53f3

écrasantes, se diriger sur New-York puis sur le Canada. D'Estaing, s'entretenant avec Charles III de cette grande expédition, parla de nommer Lafayette, au commandement de la Jamaïque dans les premiers moments de sa conquête, mais le roi l'interrompit avec vivacité en s'écriant : « Non, non, je ne veux pas de cela ; il y ferait une république. » Réponse qui caractérise les impressions de Tépoque et les vagues pressentiments qui tourmentaient les esprits. Mais les conquêtes rêvées par Lafayette ne devaient pas plus se réaliser que celle de Gibraltar.

Les deux gouvernements étaient convenus que la France consacrerait à ce siège quinze mille neuf cents soldats dont treize mille envoyés directement sous les ordres du marquis de Grillon, et deux mille neuf cents laissés libres par suite de la prise de Minorque. Les Espagnols devaient fournir sept mille hommes de troupes et les amiraux Guichen et Cordova, avec une flotte de quarante vaisseaux de ligne, avaient ordre d'appuyer Tarmée de terre.

Le conseil, discutant les chances de l'attaque^ DArçon avait admis la nécessité de sacrifier quinze à vingt ^^ïo^teUteT^ vaisseaux, quand le colonel du génie d'Arçon combattit cette opinion, en démontrant que ces navires seraient perdus après une station de moins de deux heures en face des murailles de la place. Il opposa au plan qui consistait à faire foudroyer Gibraltar par des vaisseaux de ligne, celui d'un feu entretenu par des canons portés sur des batteries flottantes insubmersibles. La carène des bâtiments de son invention était préservée par une forte épaisseur de

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bois contre le choc des bombes et des boulets, et une circulation d'eau entretenue par des pompes dans une cavitée ménagée entre le blindage et le Corps du bâtiment, rendait sa combustion impossible.

Les ministres français et l'ambassadeur d'Espagne, le comté d'Âranda, adoptèrent un plan qui permettait d'attaquer Gibraltar de face, pendant que les batteries de terre ruineraient un des côtés de la place. Les Espagnols se mirent à l'œuvre avec une sorte d'enthousiasme dès le mois de mai 1782.

Il avait été décidé que l'on construirait dix batteries^ dont la moindre porterait sept canons et la plus forte vingt-quatre, ce qui donnait un ensemble de cent cinquante-quatre bouches à feu à opposer à la place. Deux cent mille pieds cubes de bois furent livrés aux ouvriers dans les ports de Cadix et d'Algésiras, pour transformer des bâtiments en un engin de guerre auquel chacun attachait l'espoir d'un triomphe prochain. Lentement entrepris, au début, les travaux furent pressés avec unç fébrile activité au prix d'énormes sacrifices d'argent, dès que l'époque de leur achèvement eut été fixée au mois de septembre* D'Arçon, qui comprenait l'indispensable nécessité de soigner les détails de machines qui devaient, pour rendre les services qu'on avait heu d'en attendre, unir la force à la précision, luttait contre l'ardeur intempestive des officiers, quand il fut appelé à Madrid pour conférer de ses travaux avec le duc de Grillon revenu vainqueur de Minorque. Il dut comprendre, dès sa première entrevue, que loin d'avoir un appui dans ce grand seigneur, il allait

SIÈGE DE GIBRALTAH. 535

trouver un rivah Si nous en croyons les Mémoires de Grillon, ce général avait conçu un plan d'attaque de Gibraltar qui avait été admis depuis trois ans dans le conseil intime du roi d'Espagne, a II ne doutait pas, dit-il à son retour de Mahon, qu'il ne fut chargé de le mettre à exécution, mais il trouva sur ce point les esprits entièrement changés. On avait eu plus de confiance... pour un plan adopté parle cabinet de Versailles... Vous n'ignorez pas, sans doute, lui dit le comte de Florida Blanca, que M. d'Arçon travaille à Cadix et à Algésiras à des machines qu'il a imaginées, qu'on regarde comme infaillibles pour prendre Gibraltar, et je crois... que c'est vous que le roi choisira pour commander le siège... M. d'Arçon arrive ce soir même. » L'entrevue fut polie, mais évidemment pas cordiale, si on en juge par les termes de ces Mémoires plus apologétiques que concluants, a D'Arçon expose son plan... M. de Grillon lui fait de nombreuses objections sur ses batteries flottantes; les canons placés en amphithéâtre les foudroyèrent sans relâche... les batteries flottantes seront incendiées par les boulets rouges... M. de Grillon demande qu'on fasse une expérience de Tincombustibilité des batteries avant de s'en servir et des sondages pour s'assurer que les batteries pourront s'approcher assez près des remparts pour les battre en brèche. »

Ces critiques sans précision, qui n'apprennent pas de quelle manière M. de Grillon prétendait exécuter une attaque maritime sans exposer des vaisseaux aux canons destructeurs qui devaient les dominer, ces critiques banales sont suivies du récit d'une sorte

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de conférence intime avec le ministre espagnol. M. de Grillon déclare c qn*il lui est impossible de se charger de ce projet fondé sur deux bases dont il était assuré que fa première ne pouvait avoir lieu. M. de Florida Blanca dit à M. de Grillon qu'il comprenait toutes ses. objections; mais que tous les arrangements étaient[faits... que le roi le veut... que Sa Majesté a jugé M. de Grillon nécessaire pour la réussite du siège. •• qu'il déplairait très fort au roi s'il n'acceptait pas ce commandement. »

ArriTéeucMDf Au mois d'août le comte d'Artois et le duc de Bourbon arrivèrent à l'armée d'Espagne établie dans la petite bourgade de Saint-Roch. A peine étaientils dans le camp, que Grillon voulut leur faire parcourir la longue muraille qui fermait la presqu'île sur laquelle s'élève Gibraltar, oc Je n'ai pas voulu perdre un moment, écrit le général ^ pour faire voir au frère d'un grand roi, l'ouvrage le plus grand qui ait peut-être jamais été exécuté dans un siège» et dont on dit qu'il n'y a pas d'exemple dans l'histoire... Mgr le comte d'Artois entendit sifQer un boulet sur sa tête , avec une espèce de plaisir et la plus grande tranquillité, quoique ce fut le premier qu'il eut jamais essuyé; mais il s'en faut bien que ce fut le dernier, ayant plusieurs fois exposé sa vie pendant le siège, ainsi que son frère d'armes M. le duc de Bourdon. Tous deux avaient la même envie de s'instruire et couraient au danger avec le grand sang-froid qui caractérise le vrai courage héréditaire dans leur auguste race. > Les princes purent mesurer d'un coup d'œil les

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Espagne.

obstacles naturels qui les séparaient d'une ville ne Bntiiou8i««iieet

* 1 1 f 1 19 frivolité

tenant a la terre que par une chaussée touchant d un en France et ne côté la mer et de Tautre des rochers abruptes. Ils pouvaient apercevoir dans le lointain les maisons alignées en face de la Méditerranée, sur une plage étroite que dominait une haute montagne, où s'étageaient des batteries superposées les unes au-dessus des autres; montagne de rochers grisâtres et durs, taillés à pic sur le revers' opposé à celui où était bâti Gibraltar, qui enveloppait la presqu'île d'une épaisse muraille naturelle, passant par ce qu'on appelle la pointe d'Europe pour venir rejoindre, dans son circuit, le port qui fait face à la mer sans s'enfoncer profondément dans les terres, La difficulté de la tâche à accomplir, l'indispensable nécessité d'une action maritime qui aurait dû faire réfléchir, peu de mois après le désastre de de Grasse, n'impressionna pas les princes français. Ils acceptèrent les compliments bizarres d'un courtisan, et loin de soutenir Tofficier choisi par les ministres de Versailles, ne s'occupèrent qu'à prendre leur part dans un étrange accès d'enthousiasme, mêlé de frivolité et de gaieté, qui enleva dès l'origine tout sérieux à la noble et patriotique entreprise d'un peuple.

On apprend, par des détails particuliers, dit un journaliste parisien, que M. le comte d'Artois a trouvé, partout en Espagne, des spectacles, des fêtes, des danses, a Tout est disposé sur la route d'Espagne de façon à ce que l'arrivée des nouvelles soit rapide et continue. .. Ce fameux siège occupe toute l'Europe aujourd'hui... Il est bien essentiel qu'il se finisse

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par les dépenses énormes qu'il entraîne, la quantité d'hommes et de forces navales qu'il occupe depuis trois ans. » Un autre nouvelliste apprend qu'on ne s'entretient que de l'accueil qu'a éprouvé le comte d'Artois. « Les magnifiques bijoux que ce prince avait emporté lui ayant paru mesquins en comparaison de ceux qui lui ont été présentés, nos joailliers sont occupés à en faire de plus précieux encore. Quand au roc prétendu imprenable sa conquête est regardée comme faite. » Jactance qui s'était malheureusement généralisée dans l'armée parmi les chefs, braves mais légers, qui la commandaient, ce Tout est bon, disaient les officiers à d'Arçon, Gibraltar sera enlevé en vingt-quatre heures, il ne faut que se présenter. » Le malheureux ingénieur avait beau parler de l'imperfection des batteries, du calfatage qui avait été négligé et laisserait filtrer l'eau destinée à remplir les cavités réservées. Un des descendants du Cid, le capitaine de marine Castillon José Rivera y Pacheco, faisant allusion à l'incendie qu'il voulait conjurer, lui disait qu'il se chargeait de recevoir dans la poitrine tous les boulets rouges de la place. Grillon, aussi impatient que son état-major, aussi peu prévoyant, traitait les scrupules de l'ingénieur de subtilité d'artiste, et quand d'Arçon s'adressa à lui pour surseoir à l'emploi de machines incomplètes, il lui répondit avec hauteur : ce Lorsque j'ai demandé qu'on vous fit venir en Espagne, car c'est moi qui l'ai demandé, c'était pour exécuter mon projet, car mon projet a toujours été d'attaquer Gibraltar avec des batteries flottantes. A présent, monsieur, votre commission est remplie

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le reste m'appartient*. » Prévoyant un désastre, d'Arçon crut devoir en appeler au comte d'Artois, ce qui lui attira une scène de colère du général en chef qui le traita ironiquement de forte tête. D'Arçon insistant pour que l'attaque fut concentrée sur un seul point, le duc de Grillon, rejetant cet avis plein de bon sens, s'écria : « Vous avez des entrailles de père pour vos batteries, vous ne songez qu'à elles, si l'ennemi veut s'en emparer je les ferai brûler à sa barbe. »

L'attaque fixée au 7 septembre, quoique rien ne fut prêt et que trois des plus grandes batteries ne fussent pas encore armées, n'ayant pu avoir lieu à cause d'une tempête, fut résolue pour le 13. L'amiral espagnol, Bonavenlure Moreno, commandant des batteries flottantes, avait reçu l'ordre de prendre position ce jour-là, et Grillon avertit d'Arçon qu'il avait pouvoir du roi d'Espagne de le renvoyer immédiatement en cas où il désobéirait.

Rien n'avait été concerté avec l'escadre francoespagnole, commandée par Guichen et Gordova qui étaient arrivés de la veille* Obligé d'être brave ou prudent, comme il l'écrit, d'Arçon préféra être brave. « Toutes les mesures se trouvaient rompues. Les moyens les plus essentiels oubliés. Le concert si nécessaire, cette unité d'action sans laquelle rien n'est possible à la guerre, entre tous les acteurs du drame, ne furent pas même essayés. y>

Le 13 septembre les batteries flottantes levèrent

* Cette réponse, que donne d'Arçon dans ses mémoires, est en pleine contradiction avec ce que dit le duc de Grillon dans la conversation qu'il prétend avoir eue avec le ministre espagnol Florida Blanca. Entre les mémoires de d* Arçon et le récit de Grillon, le doute n'est pas possible pour tout lecteur attentif.

Attaque du 13 sept. 1782.

l'ancre *^ et se divisèrent de manière à attaquer à la fois les deux môles et le camp établi à la pointe d'Europe. La Pastorùy commandée fftir Tamiral Moreno» et la Tolla-Pietray montée par d'Arçon elle prince de Nassau, s'avancèrent vers le vieux et le nouveau môle à 140 toises de distance (271 mètres) portant des coups terribles à la place. Les huit autres batteries ne purent s'approcher à la distance convenue et commencèrent leur feu trop tard. Les trente-six chaloupes canonnières et les trente bombardes qui devaient agir sous Tabri des batteries flottantes, pour aider à l'attaque avec les quatre-vingts mortiers des batteries établies sur terre, ne se présentèrent pas. Les quatre cents bouches à feu, y compris l'artillerie de la flotte qui devaient foudroyer la ville, se réduisirent aux soixante pièces des batteries flottantes qui ne tardèrent pas à être exposées à toute l'artillerie de la place. Le feu, commencé à sept heures du matin, continua jusqu'à midi avec violence. Les batteries flottantes étaient encore entières , quand à midi un boulet rouge, s'enfonça dans les bordages de la Tolla-Pietra. « Vers deux heures, dit lord EUiot dans son rapport, on remarqua qu'il sortait de la fumée d'une grande batterie flottante portant le pavillon d'amiral ; le feu des alliés diminua sensiblement. » L'amiral de Guichen, s'apercevant de

* Il y avait dix batteries flottantes : La Pcuiora portait 24 canons; la ToUa-Pietra, 23 ; la Paula, 23 ; la Rosario, 21 ; la San Cristoforo^ 19; le Prinee-Charles, 10 ; le San-Juan, 9 ; la Paula (le nom est répété dans le manuscrit), 9; la Santa-Anna, 9 ; la Dolores, 7. Ces dix batteries donnent bien 154 bouches à feu qui correspondent au nombre de canons annoncé par d'Arçon, il n'y a qu'une répétition de nom faite par erreur.

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SIËGE DE GIBRALTAR. ^ 54i

cette circonstance fil, à six heures du soir, proposer divers moyens au quartier général d'assurer la retraite des batteries. « La réponse fut que tout était bien, qu'on n'avait besoin de rien, d Cette retraite facile à exécuter, et prévue par d'Arçon, ne fut pas même tentée. Des chaloupes apportèrent Tordre d'abandonner les batteries et d'y mettre le feu en les couvrant d'enveloppes souffrées. Cet ordre parut tellement inouï que plusieurs commandants renvoyèrent les brûleurs et s'éloignèrent euxmêmes de la place, en se faisant tourner à force de rames par une chaloupe, mais de nouveaux ordres vinrent prescrire de brûler et non de retirer. Dans le même moment les batteries espagnoles éteignaient leur feu faute de munitions. Il ne fut bientôt plus question que de sauver les malheureux matelots qui se trouvaient sur les batteries. Don Louis dé Cordova et Guichen rivalisèrent de zèle avec Elliot dans cette œuvre d'humanité. Le 14 septembre, à huit heures du matin, il ne restait plus vestige de ces formidables machines qui, soutenues et appuyées, eussent fait crouler ce rempart de la puissance anglaise que Guichen appelait un rocher farci de ca«> nous. La légèreté, la fatuité, l'orgueil d'un grand seigneur^ avaient imposé une sorte de Rosbach maritime â la fois, à son ancienne et à sa nouvelle patrie *.

* Le duc de Grillon, après avoir été au service de la France, sa patrie, avait passé au service de l'Espagne après la guerre de sept ans, parce qu*on lui avait préféré M. de Beauveau pour le gouvernement de la Picardie. Ses mémoires militaires, écrits pour sa justification, sont empreints d'une étrange confiance en lui-même et contredisent les affirmations de d* Arçon dans des faits qui n*ont pas pu être inventés par le colonel français. Les accusations de d'Àrçon sur le mauvais vouloir et Pincapacité de Grillon sont complètement justifiées par le rapport de l'amiral espagnol Moreno, qui

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KépODM

de d'Arçon aux

courtisans de Versailles.

A peine rentrés au camp, après une perte de deux mille hommes et de trois cent vingt-huit pièces de canon» les personnages qui avaient acclamé les batteries flottantes, qui avaient poussé leur confiance dans le succès jusqu'à la négligence des plus simples règles de l'art militaire, se prirent à récriminer contre d'Arçon et son invention, et l'accusèrent d'avoir fait manquer en Europe la campagne militaire de l'année 1782. Il faut prendre Gibraltar en Amérique, dirent les courtisans de Versailles, en répétant un^not qui fit fortune à ce moment, ce Oui, répondit d'Arçon, dans un mémoire où il racontait les faits avec la précision et la clarté d'un honyne sûr de lui-même et le patriotisme d'un citoyen indigné, oui, si l'opinion d'imprenabilité attachée à cette place n'était absurde et ridicule* L'auteur du projet des batteries flottantes ne voudrait pas discuter un

explique rachèvemett de la liestrvetion dei katteriei flotUotes ptr le démasquement» vers les six heures du soir, des batteries plates de la place qui lancèrent plus de trois mille boulets rouges, batteries dont ne parle pas Grillon, lloreno, en donnant ce détail, nous apprend qtt*OD laissa, sur les batteries qa*on ne put pas brûler avec des chemises souffrées, on^ quantité suffisante de poudre pour qu'elles sautassent en Tair en temps convenable. Ce sont donc les Espagnols qui prirent les' mesures nécessaires pour la destruction des batteries flottantes, destructioa que les Anglais complétèrent. L'attaque sur trois points différents, contrairement aux observations pleines de sens de d'Arcon, est positive. Moreno nous apprend que les trente-six chaloupes canonières et les trente bombardes , qui devaient agir sous l'égide des batteries flottantes, ne purent fonctionner k cause de la mience du vent; il dit que d'autres obstacles puissants empêchèrent aussi qu'on ne fit avancer les vaisseaux de la flotte. Que restait-il du projet d'écraser la place sous le feu des cent cinquante-quatre canons des batteries flottantes, des trente bombardes, des trente-six chaloupes cannonières et des quatre-vingts mortiers de l'attaque de terre ? Il n'y eut en réalité d'engagées contre Gibraltar que les quatre-vingts mortiers de terre et les batteries flottantes dispersées. On ne peut s'empêcher, à ta lecture de ces documents, de comprendre qu'on se trouve en face d'un désastre amené par la légèreté d'un nouveau Soubise.

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ipstant avec des gens qui n'ont eu que des yeux et des oreilles, mais il s'affligera toute sa vie d'avoir vu se réunir tout ce que la mésintelligence, l'envie et l'ignorance peuvent inoculer de plus odieux et de plus funeste, pour priver deux nations de la gloire et des avantages d'un succès annoncé avec l'espoir de la certitude; il s'affligera d'avoir vu anéantir l'armement le plus formidable qui ait jamais paru, et dont l'immensité même, en garantissant la réussite, réduisait réellement à peu de chose, le mérite du projet. Il s'indignera de l'abandon volontaire de moyens puissants, tandis que tout paraissait devenu facile sous les auspices d'un prince (le comte d'Artois) qui débutait dans la carrière des armés et qui, avec la force de n'être pas étonné de notre revers, a su en distinguer les causes physiques et morales et saura sans doute en tirer tous les avantages qui sortent de la grande leçon du malheur. »

« Ce n'est pas le cheval de bois qui cette fois a Mépris da pubuc.

. rr, / . . y :i 1 / pour l68 Chefs

pris Troyes, écrivit un spectateur de ce grand de- deientrepriae; sastre à un nouvelliste français, c'est Troyes qui a Sépu^dÛ brûlé le cheval de bois. Nous sommes depuis ce ^^^ * Artois. temps sans danger mais sans honneur. Nous passons le temps dans l'inaction et dans l'ennui. Les princes voulaient quitter; le roi d'Espagne les a fait inviter à rester jusqu'au combat naval auquel on s'attend, non pour s'embarquer, mais pour animer les combattants de leurs regards, s'ils peuvent en être aperçus dans le lointain. M. le duc de Grillon fait bonne contenance..., il sait qu'avec la foi on peut transporter des montagnes et est fermement persuadé que, tôt ou tard, les murs de Gibraltar, comme

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Ui LIVRE TROISIÈME.

ceux de Jéricho, tomberont au bruit de ses trompettes guerrières. » Amère ironie que semblait justifier le mot du comte d'Artois lorsque, dans un accès de gaieté, il disait à la reine, en faisant allusion à la sobriété ordinaire des seigneurs espagnols et aux indigestions que ses dîners avaient causé : « La batterie qui a fait le plus de mal dans le siège a été ma batterie de cuisine. »

Le public, peu au courant du reste de ces détails, ne se berçait pas de l'espoir de les connaître, car un journal annonçant Texistence d'un mémoire de d'Arçon, écrivait : « Bien des gens doutent que le gouvernement permette la publicité de cette production qui en nécessiterait beaucoup d'autres, et lèverait le voile sur bien des infamies qui intéresseraient de grands personnages, ayant intérêt de les cacher » \ La malveillance de la nation que provoquait aussi bien le silence commandé que la polémique permise, trouvait à ce même moment l'occa-

* Tableau de la Grande-Bretagne , de V Irlande et des possessions anglaises, par Baert. Paris, an VIII, in-8, tome VII, p. 39i et soit. — Histoire de la guerre de V Indépendance, par Botta, tome III, p. 591 et swiv., 594 et suiv.; tome IV, p. 231. — Bistoryofthereignof George III by Edward Haines, tome I, p. 333. — Mémoires de Lafayette, tome U, p. 4 et suiv., p. 37. — Mémoires secrets pour servir à V histoire des lettres f tome XXI, p. 58, l37, 209, UQ, — Correspondance secrète inédiu sur louis IVly Marie- Antoinette, la cour et la vitte, publiée par Lesoure, tome I, p. 493.— ircM've« du ministère de la marine. Campagnes. Carton 1783. Gibraltar. Mémoires pour servir au siège de Gibraltar, par d'Arçon. Rapport espagnol de dom Moreno. Rapport de lord Elliot, commandant de Gibraltar. Rapport du mar(|uis de Grillon. Bétail des désastres arrivés au camp de Gibraltar, non signé. Extrait d*une lettre, non signée, écrite devant Gibraltar, au camp de Buena-Vista, le 14 septembre 1782. Lettre Ue Guichen an ministre, écrite à bord du TérribUf daàs la rade d'Algesiras, 17 septembre 1782. — Archives nationales. K164 : Lettre de Vergennes au roi sur l'attaque de Gibraltar, 9 mars 1782.

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t^AiLLITE DtJ PRlNCB t)Ë GUËMÉNÉE. U^

slon de se faire jour à propos d'une affaire dé grand seigneur qu'il était impossible de taire.

On annonçait depuis quelques années la faillite du prince de Rohan-Guéoiénée, grand chambellan, époux de la gouvernante des enfants de France. Mais une pareille nouvelle trouvait une foule d'incrédules, et le prince ouvrant continuellement de nouveaux emprunts payait ainsi les intérêts des premiers, quand enfin le public crut à la vérité de ces bruits, et l'on apprit tout a coup qu'il faisait une banqueroute de S!5 à 30 millions. La désolation fut extrême parmi la foule de ses créanciers que l'on portait jusqu'à trois mille. Un arrêt du Conseil interdit aussitôt toute poursuite contre le prince, pendant trois mois, sur le motif que le roi voulait prendre connaissance d'une affaire a qui concernait une maison et des personnages dont les services sont singulièrement méritants de Sa Majesté et de l'État. )> Cette immix^ tion de Louis XVI dans les affaires d'un particulier ne pouvait qu'exciter la passion qui couvait dans les âmes contre l'esprit de caste, et compromettre la royauté dans la revanche que tenterait le public contre ces grands seigneurs si enclins à s'emparer de la fortune d'autrui et à s'en faire gloire.

« Madame de Guéménée, disaient les nouvellistes, s'est trouvée, par l'examen, avoir participé beaucoup à la banqueroute de son mari, avoir fait même des infamies dans sa place. Elle touchait l'argent pour payer les fournisseurs de son département; elle gardait cet argent et leur donnait des contrats de rentes viagères... On découvre chaque jour de nouvelles infamies du prince dé Guéménée... Il avait des re- II. 35

Faillite

du prince de

Guéménée,

septembre 1782.

Jugement

du public hur

le prince et la

princesse de

Guémédée.

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cruteurs d'argent à Brest et dans tous les ports * de France pour séduire les pauvres matelots, i Le même journaliste prétendait que le grand aumônier, plus fier qu'abattu d'un événement qui aurait humilié une famille bourgeoise^ avait dit a qu'il n'y a qu*un roi ou un Robaii qui puisse faire une pareille banqueroute. i> On avait cru, dit un autre nouvellistCt en parlant du prince de Guéménée, « que la princesse, son épouse, vendrait ses diamants parce qu'elle les avait mis en gage, dans une circonstance pareille, pour le duc de Lauzun, mais on ne considérait pas que ce joli seigneur était quelque chose de plus qu'un cousin et un mari, i»

La libéralité du roi qui aurait, affirmait-on, pris à sa charge les rentes viagères constituées par le prince de Guéménée, ne pouvait qu'irriter le publie qui suivait, avec un intérêt passionné, ce qui arrivait i la cour.

compartbon Quelquc fut la suffisance des recettes du budget rénamé^tio'i^daf pour çouvrir Ics dépenses et même pour amortir les reîdilîTu dettes, pour peu que le gouvernement voulût s'y "t^ïlfwnÏÏfrtî* V^^^^j il y savait pour la nation une sorte d'outrage à uperaoDMdM Qi comme un défi jeté à son bon sens dans la distribution de ses revenus entre les mains de personnes qulelle n'estimait ni pour leur intelligence, ni pour les services qu'elles étaient appelées à rendre. H était impossible, dans un siècle littéraire et scientifique à la fois, de ne pas comparer la pension de 600 livres accordée à un collaborateur de Buffon, la gratification de 1,200 livres donnée à Messier, de l'Académie des sciences, à la suite d'une chute terrible, pour qu'il puisse se faire soigner, avec les

prioeet.

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nooTellts,

DÉSORDRES Et fAVEtlRS. 847

3,000 livres de pension dont jouissait le sieur Vernon, pour avoir appris à monter à eheval à Madame Elisabeth, avec le traitement de 4,000 livres du proresseur de billard Masson, avec les 9,980 livres de retraite de M. de Genouilly, écuyer commandant de récurie de la reine, qui conservait en outre un cocher, trois domestiques et la nourriture de quatre chevaux payés par le roi, avec les 10,000 livres accordées à chacune des premières femmes de chambre de Madame Elisabeth comme indemnité des bougies dont elles avaient coutume de s'emparer a^rès qu'elles avaient été allumées.

Que signifiait Tédit du mois de mai 1782 annon- ficonomies

, . , . 1 . délruUcs par des

çant que les dépenses de la musique du roi, avaient dépeDut été diminuées de 240,248 livres, si les fonctions supprimées étaient rétablies en détail, si la comtesse de Vilfort, nommée sous-gouvernante des enfants de France en survivance, touchait son traitement comme si elle était déjà en titre, s'il en était de même de madame de Billy, première femme de chambre de Madame, fille du roi, nommée pour remplir pareille place pour Tenfant à naître, s'il en était de même pour la comtesse de Neuville, femme de chambre de Madame Elisabeth, nommée encore pour l'enfant à naître, pour la dame Gauchez, femme de chambre surnuméraire nommée aussi pour l'enfant à naître. A peine la duchesse de Polignac est-elle choisie comme gouvernante des enfants de France à la place de madame de Guéménée, qu'elle demande qu'on ajoute à son traitement de 31,300 livres les 12,000 livres de pension dont jouissait madame de Guéménéc, et madame de Guéménée, qui touche une pension de

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î)48 LlVtlB Tt\01SlËMÉ.

36,690 livres comme ayant été près de Madame Éli-^ sabcth, l'augmente de 24,000 livres de retraite parce qu'elle a été forcée de se retirer. Tout devient un prétexte de dépenses et de gratifications. Le roi assure au prince de Beauveau 50,000 livres de pension jusqu'à ce qu'il lui ait donné un gouvernement et le prince de Beauveau succède à M. de Marsan en Provence, malgré l'ordonnance du 8 mars 1776 qui spécifiait que les gouvernements de première classe était réservés aux princes du sang et aux maréchaux de France. Le roi reconnaît qu'il viole la loi, mais déclare que c'est pour celte fois seulement qu'il y serait dérogé. Le roi, qui a supprimé quatre cent-six charges par son édit d'août 1780, ne les rétablit pas en 178*2, mais se hâte de rendre aux anciens titulaires les privilèges dont ils jouissaient comme commensaux du roi, c'est-à-dire qu'ils seront exempts du logenvent des gens de guerre, de droits sur les vins provenant de leurs vignes, de tutelles, de curatelles, de corvées personnelles, du paiement du droit de franc*fiefs et qu'ils auront la possibilité de choisir un tribunal spécial pour juger leurs procès, enfin qu'ils seront séparés des autres citoyens, tant pour la satisfaction deleurs intérêts matérielsquepourceux de leur vanité. L'éditqui annonce la suppression d'un contrôleur ordinaire de la cumne bouche porte son remplacement parla création d'une charge de contrôleur ordinaire et de quatre contrôleurs de la maison du roi servant par quartier.

cotiUnuatioa des Lc contrôlcur général continuait les emprunts sous CD 4TOîTÏ783. toutes Ics formcs, tantôt en créant des offices héréditaires de receveurs particuliers, tantôt en vendant

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