‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 164 sur 177 · ff . // 1 des campagnes · texte numérisé non relu

ff . // 1 des campagnes

tion du travail et des propriétés, avait crée des mœurs sauvages chez beaucoup de gens du peuple. Des braconniers armés jusqu'aux dents chassaient souvent en plein jour, dans plus d'une province de France, et le ministre en signalait, dans les environs de Saint Germain , qui opéraient par bandes de quinze ou vingt, tirant sur les gardes et forçant les seigneurs de terres de quitter leurs domiciles et de leur abandonner la chasse. Ces désordres amenaient non seulement la répression des coupables, mais des mesures préventives, comme des désarmements. Ces désarmements, qui avaient lieu souvent aux environs des chasses royales, furent bientôt étendus en faveur de grands personnages, de gouverneurs de provinces, et des intendants se mirent à saisir les armes d'une foule de particuliers sous prétexte qu'ils

Googk

étaient des braconniers. Nous voyons, en effet, le ministre demander à l'intendant Bertier des renseignements surun fermier nomméFcez, qui habitait une maison isolée auprès de la forêt de Compiègne, et se plaignait de ce qu'on lui ait enlevé un fusil destiné à sa défense. Le même ministre, s'adressant au duc de Gesvres, qui a aussi fait prendre des armes chez des particuliers, lui dit : « Plusieurs règlements défendent le port d'armes, mais aucune loi ne s'oppose à ce que les particuliers aient des armes chez eux; cette faculté est de droit naturel. Personne ne peut en être privé qu'en vertu d'ordres émanés du roi... lorsqu'on a à procéder à des désarmements... on a attention de ne désarmer que des particuliers payant moins de dix livres de taille... le désarmement se fait toujours avec une prudence et une circonspection propre à prévenir la fermentation et les émeutes que pourraient élever, dans certains cantons, de pa* roilles opérations ordonnées ou exécutées trop légè* rement. »

Cette lettre, écrite en 1783, rapfH*ocbée de l'arrêt de la Cour des aides rendu la même année, nous montre la France en face d'une guerre civile presque permanente entre la nation et les employés du gouvernement. « Les lois, dit l'arrêt, qui ont accordé aux gardes et aux employés des fermes la permission de porter des armes et d'en faire usage... n*ont eu pour objet que de leur donner le moyen d'opposer la force à la force... mais cette permission de porter des armes... est dégénérée en abus meurtriers, lesdits gardes et employés se sont permis, depuis quelques années, de se servir de fusils doubles dont ils usent

Googk

LES BRACONNIERS, LES DÉSARMEMbNTS. 555

contre le vœu de rordonnaiice...ils tirent l'un des deux coups sur les faux sauniers sous prétexte de les démonter, et attendent, avec le second chargé, les faux sauniers et contrebandiers que la vue de leurs complices, souvent morts ou blessés, rendent plus furieux, ce qui occasionne des attaques meurtrières qui ne sont que trop fréquentes. » L'arrêt ordonnait, en conséquence, que les gardes et employés des fermes ne pourraient se servir que de fusils simples à peine de punitions corporelles * .

Les commotions de la Société française venaient presque toutes aboutir au ministre des finances où

* Mémoires secrets pour servir à l'histoire des lettres, tome XXI, p. 128, 133, 137, 138, 143, 152, 163, 174, 176, 211, 233, 239, 247; tome XXII, p. 20, 127. — Corretp^ndanee inédite sur Louis JFI, Marie- Antoinette^ etc., publiée par Lescure, tome I, p. 509, 511, 513, 514, 521, 552, 586, 593. — Encyclopédie méthodique ^ articles Commensal, Chaumes, Chaaae. — Létat de la France, Paris, 1736, in- 12, tome I, p. 154. — Recueil général des anciennes tois françaines^ tome XXV, p. 136 ; tome XXVI, p. 75, 142, 144, 206, 207, 2C3 ; tome XX VU, p. 206. — La France sous Louis IV, Targot, p. 107. — Archives nationales. 0424 : Création de renies viagères; receveurs particuliers ; troisième vingtième ; janvier, septembre, octobre, novembre 1782. 0*154: Février, mars 1782. 0*158 : Lettres de jussien pour Tenregistrement an parlement de Rennes da troisième vingtième, 8 janvier 1786. 0*237 : Octobre 1781. 0*238 : 17 février, 19 juillet, 4 août, 27 octobre, 7 et 10 novembre 1782. 0*418 ; Plainte contre Texcès du gibier; 2ianv., 22 février, 12 avril, 23 août 1777; braconniers, 28 janvier 1777. 0*419 : Réclamations contre le gibier, 19 février, 30 avril, 12 mai, 11 juillet 1778. O'420 : Excès des bi'aeonniers, 7 août 1779. 0*421 : Plaintes contre le gibier, 3 novembre 1780. 0*422 : 19 juillet. Plaintes contre le gibier, 24 février, 23 mars, 21 septembre 1781. 0*423 : Mêmes plaintes, 8 février, 25 avril, 8 juin, 10 novembre 1782. 0*424 : Correspondance du ministre de la maison do roi, l*'août, 13 septembre 1783. OM28 : Le ministre de la maison du roi à Berthier, 17 juin 1786. 0*477: Émeute pour les blés, année 1781. 0*478 : Correspondance du ministre de la maison du roi avec Miromesnil, Jely de Fteury, la commission intermédiaire des États de Bretagne et autres, du 4 mars au 22 décembre 1782. Résistance des parlements de Toulouse et de Bourgogne en novembre 1782. 0*479 : Lettre du ministre de la maison du roi sur les affaires

Googk

oH6 LIVRE TBOISIÉMe.

vergenne:» sc débattaient les prétentions des personnes qui vou- Conseil laient s'approprier les produits du travail d'autrui 23 févriT7783. ^t celles, tous les jours plus nombreuses, qui entendaient se défendre. Le contrôleur-général FIcury ne savait comment résister à l'augmentation des dépenses. Le prix delà layette du Dauphin, achetée par madame de Guéménée, se montait à 284,000 livres, 103,000 livres de plus que n'avait coûté celle de sa sœur. Les dépenses du comte d'Artois étaient augmentées de 150,000 livres annuellement, au mois de décembre 1782, en vue des couches prochaines de la comtesse. Peu de mois après, en juin 1783, ce même comte d'Artois, si largement doté pour ses enfants, devait obtenir encore une augmentation de pension de 150,000 livres pour le duc de Berry, âgé de cinq ans, par la raison qu'il allait passer des mains des femmes aux mains des liommes. Le comte d'Artois ayant fait cadeau au roi de soixante-dix chevaux, ce présent entraînait de la part du marquis de Polignac, directeur du haras royal, établi au château de Ghambord, la prétention qu'on mit la totalité du parc

de la Bretagne, du 1*' janvier au mois de juin 1783. 0*489 : Autre du même sur le prix du beurre de Gournay et la nécessité d*cinpêcber de tuer des agneaux et des veaux femelles, 12 décembre 1778. O<490 : riaintes contre l'excès du gibier, 27 mars 1779. OU92 : 9 décembre 1781. 0*494 : Plaintes contre l'excès du gibier, 14 mars 1783. Le ministre au duc de Gesvres, 1*' décembre 1783. P2522 : Janvier, décembre 1782. P2742 : Mars, août, décembre 17t<2. ÂD> 1057 : Arrêt du Parlement sur le fauchage des blés dans le bailliage de Marie. AD< 1059 ; Lettres patentes ordonnant au parlement de Besançon Texèculion de TÉdit établissant un troisième vingtième, 9 janvier 1783. Arrêt du Conseil ouvrant un emprunt de vingt-quatre millions remboursable par forme de loterie, 5 avril 1783. /rrêt de la Cour des aides qui défend aux employés des fermes de se servir de fusils à deux coups, 21 janvier 1783. AD* 1059 : Arrêt du Conseil concernant le commerce de la Chine, 2 février 1783.

Googk

LES COUhTÏSANS ET LE CONSEIL DES FINANCES. ^5^

à sa disposition et de la pari de M. d6 Saumery, gouverneur de Chambord , une demande d'indemnité pour la jouissance des terres qu'on lui enlèverait, indemnité qu'on fixait à une somme annuelle de 15,000 livres. Comment résister à ces prétentions royales, à celles des courtisans qu'elles révélaient? Le contrôleur-général n'y pouvait parvenir qu'en s'abrilant derrière un conseil dont ferait partie le roi, et qui serait préside par M. deVergennes, le ministre le plus influent depuis la mort de Maurepas. Ce conseil, institué par un règlement pour l'administration des finances du 26 février, devait se tenii' une fois par semaine.

A peine ce conseil fut-il établi que chacun se récria imtauon à la cour. M. de Calonne ditque c'était le« tombeau des "^'^^^tre*"* grâces, que Fleury renverrait toutes les demandes à d'ur^coiSÎ^L Texamen de ce comité, pour avoir un prétexte de financesn'en accorder aucune, qu'il fallait absolument employer tous les moyens pour annihiler le nouveau régime. » La nomination d'un comité auquel seraient soumises les dépenses, de la guerre et celles de lu marine révoltèrent, de suite, la dignité de MM. de Castries et de Ségur, qui se trouvaient blessés d'avoir à subir le conti'ôle de M. de Vergennes et M. de Castries porta sa démission à la reine qui refusa de la recevoir. Il y eut une suite d'entrevues entre Besenval et madame de Polignac, et d'observations échangées sur ce malheureux comité qui avait eu l'approbation de la reine et qu'on voulait faire détruire par elle.

A ce moment, avait lieu, chez madame de Polignac, de petites comédies où ses enfants jouaient les

Googk

f^o8 MVRE TROISIÈME.

pieury priocipaux rôlcs. Soit parti pii8« aoit hasard, il se •ocièté trouva que les heures de ces réunions co&icidèrent d'omU^r/e avec celles fixées pour la tenue du Conseil. Joly de le aTmal^Tss. Flcury , qui essayait de se servir de la puissance royale pour arrêta* une sorte de marée montante de convoitises, sentit de suite que Tespèce de rempart qu'il avait voulu élever serait renversé, si le roi manquait, par ses absences, au règlement qu'il venait d'établir, comme à ceux quMl avait accepté de ses prédécesseurs. Peu soucieux d'une responsabilité qu'il aurait volontiers décliné au moment du renvoi de Necker, il résolut de mettre sous les yeux du roi l'espèce d'engagement qu'il avait pris et, dans une lettre très mesurée, affirme Âugeard, il rappela à Louis XVI le manifeste qu'il avait adressé, en qudque sorte, à la nation en lui apprenant la part personnelle qu'il comptait avoir dans le règlement des finances. Cette lettre ne tarda pas à être connue dans la société de la reine qui, tout naturellement, envisageait le règlement signé par le roi pour l'administration des finances, au même point de vue que Calonne. L'occasion de renverser ce malencontreux règlement, et celui qui l'avait conçu^ était trop propice pour ne pas en profiter. L'opinion de la société de Marie - Antoinette fut que ces représentations étaient une démission, que cela ne pouvait pas s'entendre autrement. La reine accepta cette opinion, et le roi fut sollicité d'obtempérer aux désirs de retraite de son ministre, oc Le bruit court ce soir, dit un nouvelliste, à la date du 29 mars, que M. de Fleury qui, de temps en temps, offre sa démission au roi, a renouvelé le jeu aujourd'hui, mais a été

Googk

Page 1