MÉMOIRES SUR LA BASTILLE
exeraplaires du Courrier du Bas-RhirijAn !•' janvier 1783, furent en un instant enlevés, et dix-neuf jours après, ceux qui restaient dans les cabinets de lecture étaient tellement mutilés, à force d'avoir passé de mains en mains, qu'il fallut les copier pour satisfaire la curiosité du public. Les mémoires de la Bastille se répandirent à Paris, dans le premier numéro des Annales, au mois d'avril. « Les bastilles françaises ont dévoré, elles dévorent journellement, des hommes de tous les rangs, et de toutes les nations : on pourrait graver, sur les avenues de ces gouffres, l'avis adressé aux passants sur la porte de quelques cimetières : Hodiè mt'Ai, cra$ tibi. Qui peut, en effet, se promettre d'éviter un sort dont la qualité d'héritier présomptif de la couronne n'a pu préserver un Louis XIL.. ni les vertus ni la science un Sacy . . . ni les plus importants services un Labourdonnais; ni le droit des gens tant d'Anglais, d'Allemands, d'Italiens, etc., dont les noms sculptés par la rage de l'ennui sur ces funestes murs, y forment de toutes parts une espèce de géographie aussi variée
qu'effrayante Le despotisme qui fait du silence
un des tourments de la Bastille quand on y est, tâche d'en faire un devoir religieux quand on en sort : on force tous les Jonas qu'elle revomit à jurer qu'ils ne révéleront jamais rien, ni directement ni indirectement de ce qu'ils ont pu y apprendre ou y souffrir. C'est un magistrat, dans le costume consacré en apparence à la justice, ce sont des militaires décorés du gage apparent d'un service pur et d'une vie dévouée à la défense des citoyens, qui président à ce dernier acte d'une oppression dont ils ont été les II. 36
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instrumenls. On montre au demi-ressu8cité là porte qui seule peut le rendre à la vie, à demi-ouverte et prête à se refermer s'il hésite : on veut ne lui laisser de choix qu'entre le silence, le parjure et la mort. » Il racontait pourquoi il avait dû revenir en Angleterre, il démontrait que sa détention n'avait eu aucun motif fondé ; puis il expliquait le régime de la Bastille, entremêlant son récit de quelques anecdotes sur des prisonniers, et faisant ressortir l'impossibilité où se trouveraient des malheureux de révéler leur existence, non seulement à leurs parents, mais même au ministre qui pourrait ouvrir la porte du tombeau où ils étaient enterrés vivants.
Ce mémoire, adouci, dans ses réflexions, par des éloges du roi Louis XVI et des princes ses frères, était précédé d'une gravure qui, en 4783, se trouvait une prophétie singulière.
Louis ivi repré- Lc roî^Louis XVI cst représenté sur un piédestal dSlîu*'rnmuféu qui portc sur une de [ses faces : A Louis XVI ^r remplacement de la Bastille. Le roi tient un sceptre d'une main, étend l'autre vers des personnages qui le remercient} avec des gestes passionnés. Les murs de la forteresse qui entourent la statue sont en ruine, l'horloge que décrit Linguet, avec un homme et une femme enchaînés comme ornements, est frappée par la foudre et, sur les pierres fissurées qui la soutiennent encore, est imprimé : « Ces souffrances inconnues et ces peines obscures^ du moment qu'elles ne contribuent point au maintien de Vordre^ par la publicité et par VexemplCy deviennent inutiles à notre justice.
Déclaration du 30 août 1780. »
des ruines de la Ba«tillo.
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