L'ËMPERRUR JOSEPH DANS LES PROVINCES
réputation par ses débauches, étourderies et par son impolitesse }i>, et il ajoutait que la reine se ferait le plus grand tort par ses fréquentations avec ce beau-frère et raffeclion qu'elle lui témoignait; quant à Monsieur, dîsait-il, son voyage a n*a été qu'un étalage de faste et de moyens de se concilier Taflection publique, aux dépens et détriment du roi : pour moi qui aime le roi, et qui, au besoin, me battrais pour lui, je n'ai pu voir tout cela sans indignation, et, à moins que votre Maurepas ne soit une pomme cuite, on ne conçoit pas qu'il souffre choses pareilles ».
L'Empereur fut apprécié partout où il parut; les fonctionnaires publics s'applaudirent de sa politesse affable, et signalèrent souvent la réserve délicate qu'il mit à refuser la communication de certains documents destinés à être secrets, malgré Tordre donné de Versailles de tout lui livrer. Il acquit, dans ce qu'il vit, une haute idée de la puissance de cohésion des populations et des ressources de la France. Il ne se montra pas « plutôt envieux qu'ami de la nation chez laquelle il se trouvait i>, comme le prétend Frédéric, et ce ne furent pas quelques boutades de mauvaise humeur contre l'importunité des curieux qui lui firent perdre, comme l'affirme ce prince, c tout le crédit que sa gentillesse lui avait acquis ». Yergennes a expliqué la cause du peu de succès politique que pouvaient obtenir les visées ambitieuses de Joseph, et Mercy, en nous initiant aux enfantillages de la reine, à la nullité de volonté du roi, fait comprendre comment le désir de cornplaire à ^Autriche, de la part de ces deux époux,
. Jugement porté
par ioeeph
8ur lui-même.
Joseph n*était,
pas plus
qoe Necker,
un charlatan.
o4 UYRË PREMIER.
8'était brisé devant la résistance passive du ministère français. Joseph avait été du reste surtout amené en France par rattachement qu'il portait à sa sœur et par un désir de curiosité.
L'esprit et l'imagination l'emportaient chez l'Empereur sur les qualités sévères de Thomme d'État, et il dit la vérité sur lui-même en avouant, dans une lettre à son frère Léopold, par une sorte de bravade spirituelle, le scepticisme d'un homme qui ne se rend pas un compte parfaitement exact de la gravité des devoirs que lui imposait sa situation, a Vous valez mieux que moi, écrivait-il, mais je suis plus charlatan, et, dans ce pays-ci, il faut l'être. Moi^ je le suis de raison, de modestie ; j'outre un peu là-dessus, en paraissant simple, naturel, réfléchi, même à l'excès. Voilà ce qui a excité un enthousiasme qui vraiment m'embarrasse. Dans toutes les tournées des provinces, je n'ai été à aucun spectacle, à aucun amusement ; j'ai tâché de me cacher au lieu de me faire voir. J'ai parlé, dans chaque endroit, aux gens les plus instruits, et cela pendant des heures, mais seulement à trois ou quatre par endroit ; ceux-là, je les ai fait parler, je suis entré dans leur sens, je les ai satisfaits ; ils l'ont raconté ; tout le monde aurait voulu m'entendre parler, et, ne le pouvant, j'ai passé pour un oracle sans l'être; caria rareté est une chose bien précieuse. Enfin, demain, je pars pour Genève, et je quitte trèscontent ce royaume, mais sans regret, car j'en avais assez de mon rôle. >
Il tint à connaître Loménie de Brienne, dont la conversation l'enchanta, et le retrouvant à Toulouse, dans son diocèse, il conçut de ses talents, comme