‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 18 sur 177 · CARACTÈRE DE L'EMPEREUR JOSEPH · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE L'EMPEREUR JOSEPH

adminiàtrateur, une assez haute idée pour conBeiller à sa sœur, dans une lettre, de le recommander au roi. Necker le séduisit dans les entretiens quMl eut plusieurs fois avec lui, au point que, trois années après^ il en avait conservé un souvenir assez vif pouf écrire à Mercy : « Voudriez-vous bien lui rappeler de fta part l'instant que je l'ai vu, et l'assurer du cas que je fais d'hommes de génie comme le sien, que malheureusement on trouve ou emploie si peu de par le monde. » Cette sympathie pour Necker, enflé comme lui de vanité, tourmenté comme lui du désir de faire quelque chose sans avoir plus que lui des projets arrêtés, un but à poursuivre, montre, dans ce moment où la société était profondément déchirée, deux hommes d'un esprit peu étendu qui vont avoir à la fois la popularité qui donne de la force et le pouvoir qui permet de réaliser de vastes desseins. Ils n'étaient ni l'un nf l'autre des charlatans^ quoique Joseph se donne ce titre en plaisantant, mais des hommes touchés parle grand courant d'idées qui faisait tressaillir les âmes. Ils sentaient frémir en eux les violentes répulsions qu'avait fait naître, dans les nations, un passé douloureux; mais ils ignoraient, comme la foule, ce qu'il était nécessaire de faire pour la satisfaction de légitimes aspirations. Ils se laissaient aller comme elle à leurs antipathies, et l'Empereur ne se doutait pas que, s'il est permis de ne pas se limiter dans les spéculations de l'esprit, il est obligatoire au contraire, dans l'action, de ne pas dépasser les bornes de la plus stricte modération.

Frédéric, décrivant, quelques années avant, à Vol- J«*«ph ]««« taire le caractère de Joseph, lui disait : a Né dans

m LIVRE PREMIER.

une cour bigote, il en a secoué la superstition; élevé dans le faste, il a adopté des mœurs simples ; nourri d'encens, il est modeste; enflammé du désir de la gloire, il sacrifie son ambition au devoir filial, qu*il remplit avec scrupule; et n'ayant eu que des maîtres pédants, il a assez de goût pour lire Voltaire et pour en estimer le mérite, to Mais il ajoutait : oc Si vous n'êtes pas satisfait de ce portrait véridique de ce prince, j'avouerai que vous êtes difficile à contenter. » Propos railleur, qui montre des réticences que devait révéler l'avenir.

JosepK, esprit éclairé mais superficiel, ne vit pas Turgot, parce qu'il ne le rencontra pas parmi les adulateurs qui se présentèrent devant lui ou lui firent parvenir le désir de lui offrir leurs hommages. L'empressement maladroit et puéril que montra Voltaire suggéra à l'Empereur la vaine satisfaction d'humilier un vieillard et d'affecter son dédain pour des réceptions pompeuses. Il ne s'arrêta pas à Ferney, et finit son voyage sans avoir connu personnellement l'homme étrange et unique dans lequel s'incarnait toute une société, avec ses défauts, ses haines ardentes et son admirable respect de la vie et de la liberté des hommes. Des entretiens avec un esprit fier et modeste comme celui de l'initiateur résolu des réformes pratiques exigées par les Français, une entrevue avec le brillant esprit qui s'était montré le maître de tous dans. l'économie politique comme dans la poésie^ dans la législation comme dans les sciences, n'auraient du reste exercé aucune influence sérieuse sur Joseph.

L'œuvre d'émancipation de l'espèce humaine, com-

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marche.

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