‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 170 sur 177 · FIN DU PROCÈS DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

FIN DU PROCÈS DES JÉSUITES

qu'administrateurs de ce que Ton avait affecté à rœuvre des saintes missions... Est-il vraisemblable que les fondateurs des missions de Turquie se soient relâchés de leurs possessions pour satisfaire des dettes contractées par des motifs tout à fait étrangers aux mêmes missions... Dès que ces revenus n*ont pas pu être cédés aux créanciers de la Compagnie de Jésus, il est manifeste que les syndics de Tunion sont tenus au rapport de ce qu'ils ont perçus pendant un laps de temps de dix-sept ans... Les expressions des cardinaux du Sacré Collège montrent qu'ils craignent de voir les immeubles des Jésuites dévoués à des usages profanes... L'atlribution de revenus honnêtes aux missionnaires Lazaristes, la restitution à ceux-ci des sommes touchées jusqu'à ce jour par les syndics de l'union des créanciers des Jésuites, dissiperont les nuages que la crainte avait amoncelés... Le rétablissement de la mission qui avait été confiée à la société éteinte des Jésuites, la liquidation des dettes des missions des Capucins, seront aussi utiles au commerce de la nation qu'à la religion elle-même... Ces vues ne peuvent se remplir que par la restitution des biens des Jésuites dont ces missionnaires n'ont jamais eu que l'administration et l'usufruit et qui ne sauraient être saisis comme propriété. Je supplie Monseigneur de décider si cette affaire sera concertée avec les syndics de l'union, ou s'il sera fait un rapport pour faire ordonner au Conseil, par un arrêt de propre mouvement, la distraction de ses biens. »

Les syndics des créanciers représentèrent vainement qu'il était inadmissible a que les biens des

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Jésuites, dans les missions, prissent leur source dans les libéralités faites en considération des missions, lorsque Ton voit que les obligations résultantes des emprunts quMls y ont fait sont les causes de leur faillite. » Ils répondirent inutilement pour infirmer Torigine des biens que Ton voulait soustraire de leurs gages, que les Jésuites avouaient eux-mêmes, dans un registre qu'ils citaient, a qu'ils plaçaient sous des noms empruntés pour avoir, dans certains besoins pressants, des effets dont ont pût faire de l'argent. » Ils ne furent pas plus heureux en invoquant les intérêts de l'État qui avait pris l'engagement de combler les déficits qui pourraient se produire par la main-levée des saisies faites sur les Jésuites espagnols et génois, et par l'insuffisance des biens qui garantiraient leur créance, après la levée du séquestre mis sur les propriétés des missions. Le gouvernement, qui tenait à maintenir les missions françaises dans le Levant, donna purement et simplement les biens des Jésuites aux Pères de Saint-Lazare et fit, en outre, un prélèvement de 600,000 livres (3 millions de nos jours) sur l'argent destiné aux créanciers des Jésuites, pour secourir les missions que les Dominicains et les Capucins avaient établies en Orient à l'instar des Jésuites. Un arrêt de propre mouvement y rendu en Conseil royal, comme le demandait l'auteur du mémoire du 3 décembre 1779, légalisa, le 29 juin 1781, cette banqueroute du gouvernement français, annulant les diverses décisions judiciaires rendues dans ce long procès. Les créanciers hypothécaires avaient été intégralement payés^ les chirographaires reçurent la moitié de ce

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qui leur était dû. La somme qui avait été distribuée par les syndics avait dépassé 15 millions de livres.

Les missions des Capucins en Orient, aussi utiles Les missions des à l'influence française que celle des Jésuites, se orieÔMeun plaignaient de leurs embarras financiers. Les Capu- ***"** *""^" cins, arrivés en Orient sous Henri III, avaient été soutenus par le roi Louis XIII, qui leur accorda un revenu de 3,000 livres sur les tailles du Languedoc et des lettres de protection dans plusieurs Échelles du Levant. Des églises de Capucins s'élevèrent à Smyrne, à la Canée, à Candie et à Galata. Ces unissions, soutenues par les ambassadeurs, s'étendirent dans l'Archipel et les Capucins possédaient, en 1780, jusqu'à douze établissements dans le Levant, à Largentière, à Andros, à Paros^ à Scyra, àNoxie, à Athènes, à la Canée, à Candie, à Scio, à Smyrne et deux à Constantinople. Ces établissements étaient sous la direction d'un supérieur général résidant à Péra, appelé le custode des missions de Grèce, qui choisissait les custodes des établissements particuliers et fournissait des secours à ceux qui en avaient besoin, comme aux hospices et aux religieux qui, n'étant pas autorisés à remplir des fonctions curiales, ne pouvaient recevoir de casuel ou vivre de celui qu'ils touchaient. Sur ces douze établissements deux seulement pouvaient suffire à leurs dépenses, celui de Smyrne et celui de Péra. Celui de Smyrne retirait un revenu de 8 à 900 piastres (2,500 à 3,600 francs) de boutiques qu'il louait, celui de Péra touchait 12 à 1300 piastres (5,200 francs) de six maisons qu'il possédait dans Constantinople. Ce dernier établissement était grevée en 1775, d'une dette de

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3,000 piastres (12,000 francs). Cette année même Tambassadeur de France, Saint-Priest , obtint du Sultan, après six années d'instance et un cadeau de 6,000 livres, que les Capucins pourraient reconstruire leur église de Smyrne, incendiée en 1761 et presque détruite par une succession de tremblements de terre. Sur les instances de l'ambassadeur, qui tenait à utiliser le bon vouloir de la Porte, les Capucins firent un emprunt et leur dette atteignit ainsi 43,000 piastres (172,000 livres). Embarrassés de cette dette, ils exposèrent, dans un mémoire au roi, leur situation, en s'appuyant des recommandations de Saint*Priest qui faisait ressortir l'intérêt qu'avait la France à soutenir les missions dans le Levant^ et affirmait qu'avec une rente annuelle de 6,000 livres pendant vingt ans, les Capucins pourraient mettre ordre à leurs affaires. Le ministre ne contesta pas les affirmations de l'ambassadeur, mais soutint que cette affaire intéressant particulièrement la religion, c'était à la caisse des économats à fournir lès 6,000 livres au moyen du revenu d'un bénéfice. Sur l'insistance de l'ambassadeur en faveur de ses protégés, Sartines répondit que tous les ministres convenaient qu'il était a de la dignité et de la piété du roi de protéger, à l'exemple de ses aïeux, la foi catholique dans les États du Grand Seigneur, mais qu'ils distinguaient la protection de la religion de celle de quelques individus dont on avait très peu reconnu l'utilité dans les missions i>, et il déclara que les Capucins devaient, pour se libérer, vendre quelques-uns de leurs immeubles, et supprimer les établissements qui leur étaient onéreux. Les Capucins

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refusant d'entrer dans cette voie, adressèrent un long mémoire au roi, dans lequel ils reprochèrent à Sartines ce son défaut de connaissances locales et une indifférence coupable devant les intérêts du ciel, qui sont avant tout ceux de Sa Majesté très chrétienne, » et ]e custode menaça de laisser vendre aux infidèles jusqu'aux objets du culte et aux vêtements sacerdotaux. Saint-Priest, en quête de secours, demanda au ministre de faire donner quatre-vingt mille livres aux Capucins, au moyen d'une rente de quatre mille livres que fourniraient, pendant vingt ans, les Chambres de commerce du royaume. Sartines, faisant part au roi, dans un mémoire, des idées de Saint-Priest, déclara qu'il ne ferait aucune réflexion sur l'étrange mesure financière proposée par l'ambassadeur. Louis XVI, partageant l'avis de son ministre, ne voulut pas imposer une nouvelle charge au commerce général qui avait déjà grandement contribué au soutien des missions dans les Échelles du levant et décida que l'Église devait venir elle-même au secours de ses membres, en affectant au payement des créanciers des Capucins quelque bénéfice ou quelque autre partie de ses biens.

Le clergé ne déféra pas plus aux avis du roi qu'à ceux de son ministre, et les Capucins irrités parcoururent la France sollicitant l'aumône du haut de la chaire a en faveur de missions infortunées, condamnées à périr par l'aveuglement des ministres d'un roi très chrétien. » Sartines arrêta ces prédications séditieuses avec la menace de la prison pour ceux qui. se les permettraient, mais ne put faire renoncer les moines à leurs prétentions pécuniaires, u 37

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Un mémoire, où étaient insérées les observations bienveillantes de l'ambassadeur Saint-Priest, persista à soutenir leurs demandes, quand les ministres chargèrent deux conseillers d'État, d'Izangrenet et de Saint-Didier, de mettre en lumière la situation réelle des Capucins en France, en Turquie, en Grèce et sur les côtes barbaresques. Saint-Didier, résistant à toutes les influences qui furent essayées, à ce qu'il affirme, pour obtenir un avis favorable à leurs prétentions, constata que leurs hôpitaux, couvents, collèges, maisons provinciales, maisons mères, mai* sons particulières, refuges qui formaient en France deux cent quatre-vingt-quatre établissements au 1*' Janvier 1781, donnaient un revenu annuel de 345,000 livres (1,625,000 francs de nos jours). En ajoutant à celte somme ce qu'il appelle les rentes donatives, les dons, les avantages de bénéfices, les legs, secours, aumônes, le casuel touché par les religieux faisant des fonctions ecclésiastiques, il concluait que les revenus dont pouvaient disposer les Capucins, atteignaient au moins 850,000 livres (4,250,000 fr. de nos jours). Saint-Didier, soutenait de plus que leurs établissements connus sous le nom de missions, possédaient, dans le Levant, de vastes terrains, des immeubles loués depuis plus d'un siècle. Il affirmait que suffisant largement à leurs propres besoins, elles n'avaient jamais été une èharge, et que la reconstruction de l'église de Smyrne ne pouvait établir la légitimité de la dette qu'ils dénonçaient. Un don de vingt mille livres, assurait-il, suffirait pour couvrir les frais de reconstruction, si les Capucins voulaient y joindre

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les revenus qu'ils possédaient à Smyrne même.

Ce rapport, appuyé par Maurepas, Sartines et Vergennes, fut remis au roi, qui ne décida rien, sous prétexte qu'il voulait réfléchir pour donnéi^ une solution qui conciliât tous les intérêts.

Les Capucins continuèrent leurs doléances et, eh 1782, parcoururent la France pour obtenir, eh aumônes, les ressources nécessaires à Textinction de leur dette. Le haut clergé leur fit des dons, le rd leur remit douze mille livres, les courtisans de Versailles quinze mille, et Vergennes répondit aux sollicitations des Capucins de Paris en faveur des missions, qu'ils devaient se contenter de la quête fructueuse qu'ils venaient de faire. Profitèrent-ils des conseils qu'ils avaient reçus et vendirent-ils leurs établissements onéreux, comme l'affirmèrent les représentants de la France à l'étranger? Cela est probable. Dans tous les cas, leurs dettes ne furent pas complètement éteintes, car des créanciers devaient obtenir, en 1792, des tribunaux français, le droit de saisir les biens de l'ordre partout où ils pourraient, même à l'étranger *.

< Archives de la marine. Documents coloniaux. Missions du Levant. Correspondance particulière du ministre. Rapport de M. de Perdriau, consul à Alep, à M. de Sartines, octobre 1773, 13 septembre 1774. Rapport de M. Rostaing, consul à Smyrne, 9 août 1774. Lettre da chevalier de Saint-Sorjinç, datée de Gonstantinople, 3 décembre 1774 Lettre de l'intendant Delessart, 3 juin 1778. Lettres de Saint-Priest, 7 décembre 1779, 19 août 1780. Lettres de Sartines, 6 avril et 18 juillet 1780. Mémoire au ministre sur les missions dans les États du Grand-Seigneur (non signé), du 3 décembre 1779. Lettre au ministre, en date du 16 décembre 1774, signée Longpérier. Mémoire contenant les représentations des créanciers des Jésuites sur l'arrêt du Conseil du roi, du 23 décembre 1780. Instructions relatives aux missions du l*** mars 1781. Lettre du ministre à M. de Uanneville, 30 mars 1781. Lettre non signée en date du 21 juin 1781 ; en

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580 UYRE TROISIÈME.

Ces deux épisodes, qui se relient à la fois aux relations de TEglise avec rÉtat et aux questions financières qui préoccupaient si vivement les Français, montrent le gouvernement aux prises, non seulement avec l'opinion publique, mais avec les forces mêmes sur lesquelles il devait s'appuyer pour remplir sa mission. Le clergé, qui demandait si souvent que le gouvernement vient à son aide au milieu de Tagitation et de l'hostilité des esprits, manquait de prudence et de discernement^ et quand sa passion et ses intérêts se trouvaient en jeu, n'hésitait pas à compromettre le pouvoir protecteur dont il invoquait Tappui.

Le nouveau contrôleur général, d'un esprit borné, fut, dès le jour de son arrivée au ministère, raillé de la manière la plus piquante par Galonné. Il était presque pris en pitié par Tintrigant Augeard, qui défendait celui qu'il appelle « un malheureux jeune homme^ » et les finances de l'État suivaient Timpulsion des bureaux, quand un événement des plus simples vint jeter le trouble dans une marche presque automatique.

Crise de la Caisse Unc bauquc d'cscomptc avait été établie à Paris ^Sn^ce ' par arrêt du Conseil du roi, le 24 mars 1776* Cette

septmbre*Ï783. banque fonctionnait avec régularité, ses billets acceptés étaient échangés à volonté contre du numéraire, quand ses administrateurs, ne proportionnant pas leurs avances au capital qu'ils avaient en caisse,

marge, de la main du ministre, est écrit le mot approuvé. Projet d*arrêté, sans date. Volume de pièces et archives sous le nom de Missions. Mémoire sur la liquidation des dettes contractées par les missions des Capucins du Levant dans les documents divers, année 1784. — irc/a>x nationale*, 0« 151, 0'479.

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