‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 27 sur 177 · PASSION DE LA REINE POUR LE JEU · texte numérisé non relu

PASSION DE LA REINE POUR LE JEU

snns que ces espérances commencent à s^affaiblir. La reine, écrit-il le 15 juillet, « a choisi Thistoirc d'Angleterre pour Tobjet de ses lectures, et elle y emploie fort régulièrement une heure et plus dans la journée. Elle n'a pas encore varié non plus dans la résolution sage de ne pas jouer hors de chez elle ; mais quant à ce dernier article il n'existe qu'un demi-bien, parce que le pharaon, qui se tient les soirs chez la reine, est trop considérable... La semaine dernière Sa Majesté avait gagné cinquante louis : M. le comte

d'Artois en avait perdu dix sept cents Ce gros

jeu semble aller toujours en augmenlanl, et il est 1res certain que le roi le supporte avec peine, quoiqu'il ne se permette pas de le témoigner à la reine. » Au mois de septembre, Mercy constate que « la chance a tourné, que Sa Majesté perd assez pour être fort gênée dans ses autres dépenses. Les dettes contractées se paient mal,... il n'y a plus de fonds pour les dons de bienfaisance, et le pire de tout cela, ajoute-t-il, c'est le mauvais exemple, le regret qu'il cause au roi, et l'effet fâcheux qu'il produit dans le public... Les parties sont devenues parfois tumullueuses et indécentes. Une scène assez vive a eu lieu un soir entre le duc de Fronsàc et la comtesse de Grammont. De pareils scandales ne manquent pas de faire naître des propos. » Au mois d'octobre la cour est devenue un véritable tripot ; l'ambassadeur, découragé, ne compte plus sur un amendement sérieux. Depuis que la reine, mande-t-il à Vienne, a renoncé à l'exercice du cheval et aux promenades trop fréquentes, « Sa Majesté n'a imaginé d'autre dédommagement à ce sacrifice que celui de se livrer

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dsivantage à son goût pour les jeux de hasard*.. Ce dangereux amusement forme presque l'objet unique de ses occupations. Le temps de la journée qui ne peut être employé à jouer est destiné à délibérer sur les arrangements du jeu de la soirée^ Les usages de ce pays n'admettent pas que des gens de qualité tiennent la banque au pharaon. Le duc de Fronsac et le marquis d'Ossun, en vue de plaire à la reine, s'étaient déterminés à tenir cette banque; quelques contes tations indécentes les ont obligés à se retirer. Le comte de Merle les a remplacés ; mais il n'est point assez riche pour s'exposer seul aux événements d'un jeu qui, par son énormité, pourrait le ruiner dans une soirée, il a fallu songer à se procurer des associés. La reine est intervenue pour en faciliter les moyens; Sa Majesté s'intéresse quelquefois dans la banque contre laquelle elle joue. M. le comte d'Artois en use de même, et par ces sortes d'expédients on parvient à soutenir à la cour un jeu qui n'a plus de bornes... Plusieurs personnes de la cour s'y dérangent; cela donne de l'inquiétude dans les familles et excite beaucoup de scandales et de murmures dans le public de Paris... Il s'introduit à la cour un mélange de personnes qui, par le moyen du jeu, se procurent, avâc la plus grande facilité^ un accès auprès de la reine, et savent s'en prévaloir pour extorquer des grâces. Depuis deux mois Sa Majesté a beaucoup exigé des ministres, surtout de celui de la finance et de la guerre : elle a fait donner un nombre d'emplois dans les fermes, et il y a de grandes réclamations de la part de gens qui prétendent avoir essuyé des injustices par effet des volontés de la reine... Mes re-

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