LES ROHAN ET LES CHOISEUL
présentalions sont toujours reçues avec grâce et bonté ; mais elles ont... bien peu de succès, et il n'y n pbs même possibilité de les renouveler sur l'article essentiel, qui est celui du jeu, parce que la reine marque alors, par sa contenance et son sitence, qu'il est inutile de lui parler de cet objet. »
Les efforts de Marie-Thérèse pour éloigner d'e sa fille l'ancien ambassadeur de France à Vienne, ce Rohan « si souple, si flatteur, si amusant jusqu'à être endurant, » avaient été aussi vains que ceux de Mercy pour fixer cette tête légère. Choiseul, dans SCS rêves d'ambition, voulant profiter de la venue de TEmpereur en France, avait combiné une grande démarche de Marie-Antoinette contre les ministres en place. De ses vastes plans, auxquels cette princesse ne pouvait s'associer, feute de les saisir et d'y prendre intérêt, il n'était resté, dans le souvenir de la reine, que le mal que Choiseul avait dit de Rohan. Elle n'avait pas manqué de faire part de ses impressions au roi et, avec sa vivacité, d'obtenir de ce prince sa « parole d'honneur i> de ne jamais faire du coadjuteur de Strasbourg un grand-aumônier de France. Choiseul eut bien vite la confidence de cette résolution. Mercy se récria « contre cet aveu de la reine, mais, comme il dit, le mal était fait. x> Le parti de Choiseul et la cabale des Rohan, conduite par M"* de Marsan, dont toutes les manœuvres, d'après Mercy, aboutissaient « à tendre des pièges à la reine, » restèrent en présence quand la maladie du cardinal de la Roche-Aymond, au mois de février 1777, vient réveiller l'ambition prévoyante des Rohan. a La comtesse de Marsan se
NomiDatior.
de Rohan
à la place de
grand aamônier
de France.
II est promu au
cardinalat
par le roi de
Pologne, octobre 1777.
88 IJVRE PREMIER.
mit en avant pour assurer raccomplisscment d'une promesse signée du feu roi, et confirmée par le roi d'aujourd'hui, pour la charge de grand-aumônier en faveur du coadjuteur, d écrit Mercy, dont nous reproduirons les paroles textuelles, pour faire comprendre la fantasmagorie d'un pouvoir obtenu par droit de naissance, et sa condamnation, d'autant plus écrasante, que le narrateur n'en a pas conscience; «c mais ladite comtesse fut bien étonnée de trouver les choses changées et de rencontrer des obstacles auxquels elle ne s'attendait pas. Les soupçons tombèrent d'abord sur la reine ; lesRohan se mirent dans un mouvement prodigieux : ils cherchèrent et réussirent à gagner le comte de Maurepas. Le duc de Choiseul mit, de son côté, en action tous les ressorts de l'intrigue pour soutenir l'effet du coup porté à son ennemi, et il en résulta une guerre des plus acharnées. Le prince de Soubise fit écrire à la reine par la princesse de Guéménée. Sa Majesté se trouva embarrassée; elle répondit dans des termes vagues, mais qui cependant désavouaient en quelque sorte son opposition. Le 4 de ce mois (février 1777), la comtesse de Marsan eut une audience du roi, dans laquelle elle tint un langage d'une telle force que le jeune monarque en fut intimidé et voulut capituler; et finalement il déclara que le coadjuteur n'aurait la place que sous condition qu'il donnerait par écrit un engagement de se démettre de cette même place au bout d'une année. La comtesse de Marsan était trop habile pour ne pas se soumettre à cette loi, dont elle reconnut d'abord l'illusion. Le roi alla sur-lechamp en rendre compte à la reine, et ils crurent
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LES PiUNOKS OE L'ÉGLISE ET LOPIiMON. 89
avoir parfaitement rempli leurs vues et assuré Téloignement du coadjuteur... Je regarde comme un très grand mal, ajoute Mercy, que le prince de Rohan occupe cette place ; son audace en intrigue peut devenir dangereuse à la reine. Sa Majesté, qui ne peut souffrir ce coadjuteur, le traitera mal, sans lui en imposer, et ce dernier n'en sera que plus enveninié dans les machinations qu'il est très capable d'inventer. Cette cabale de la comtesse de Marsan est une des plus méchantes qui existe à cette cour; tous les moyens leur sont égaux quand il s'agit de parvenir à leurs fins, et ils ont des ouvriers propres à ce genre de manœuvres, entre autres l'abbé Georgel, que je sais avoir été employé en certaines occasions à écrire des lettres supposées, d
Huit mois après cette lettre, gui montre deux jeunes gens aux prises avec une domesticité contre laquelle ils ne savent pas se défendre, huit mois après ces débats, qui ne sont après tout que les vulgaires compétitions de valets se disputant grossièrement les profits à faire sur des maîtres riches et faciles à piller, le cardinal de La Roche-Aymond mourait. Il laissait des dettes considérables, après avoir eu plus de 800,000 livres (4 millions de nos jours) de revenus ecclésiastiques. Le cardinal, ajoute le nouvelliste, avec cette insolente ironie qui est un caractère des écrits de l'époque quand il s'agit du clergé, « le cardinal avait réuni toutes les dignités de l'Église... Il a prouvé qu'avec de la souplesse, de la hardiesse, point de scrupules,... on peut, sans savoir et même sans esprit, parvenir à la plus haute fortune... C'était un des
banions en foTear
prélats les plus ignares et les plus bornés de l'Eglise de France, et ce n'est pas peu dire. » Son successeur, qui fut le coadjuteur de Strasbourg, venait d'être nommé cardinal, a C'est du roi de Pologne, écrit, le 3 novembre, Marie-Thérèse à sa fille, que le prince de Rohan a obtenu la nomination au cardinalat : le protégé vaut bien le protecteur '. » Indifférents à ces événements qui peuplaient VerdesAméricaiDs; saillcs dc pcrsonnagcs si sévèrement jugés par une auzBostoDieos, impératrice, les Français reportaient de plus en plus
man et octobre , , .,,...
1777. leurs pensées vers un peuple qui luttait contre un roi. Des chansons, les unes graves, les autres plaisantes, soutenaient la cause des Américains, et, le 15 octobre 1777, on distribuait dans Paris une épître pleine de gaieté qui reprochait aux Bostoniens leur prétention de vouloir être libres, lorsque le despotisme régnait sur le monde entier :
Parlez donc, messieurs de Boston ;
Se peut-il qu'au siècle où nous sommes.
Du monde troublant l'unissoD,
Vous vous donniez les airs d'être hommes.
Raisonnons un peu, je vous prie :
* Correspondante secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mcrcy, tome !!, p. 398, 473; tome Uï, p. 22, 23 et suîv ; 77, 82. 83, 92, 102, IIJ, 118 et suiv.; 127. — Correspondance secrète inédite sur Louis XYh M ar le- Antoinette j la cour et la ville, publiée par Lescure, tome I, p. 9, 24, 105, 109 et suiv., 121. — Mémoires secrets pour servir à Vhi^toire de la république des lettres, tome X, p. 266; tome XI, p. ]Z\,— Mémoires du comte AleoBandre de Tilly, tome H, p. 103. Paris, 1828, în-8. — Mémoires du duc de Lauxun, publiés par Louis Lacour, p. 216 et suiv. — Le comte de Fersen et la eour de France, extraits des papiers du grand maréchal de Suède, pubiés par son pelit-neveu, le barop de Kilnrkowslrôm, tome I, p. xxxv. Paris, 1878, in-8. (Lettre secrète, adressée par le comte de Greutz à Gustave III ; 10 avril 1779).
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ADBlîlSSE DU CONGRES AMÉRICAIN. tH
Quel droit avez-vous plus <|ue nous
A cette liberté chérie
Dont voos paraif^sez si jaloux?
D'un pied léger la tyrannie
VolCf parcourant Tunivers,
Ce monstre, sous des noms divers
Écrase TEorope aaser^ie ;
Et vous, peuple injuste et mutin,
Sans pape, sans rois, sans reines,
Vous danseriez au bruit des chatnes
Qui pèsent sur le genre humain 1
Seuls auriez le front d'être libres A la barbe du monde entier 1 L'Europe demande vengeance.
Rome ressuscite à Boston :
Étouffez-la dans son enfance.
Forcez la liberté tremblante Qui, toujours plus intéressante, Se ferait de nouveaux amants.
Qu'elle expire, et que son nom même.
Presque ignoré chez nos neveux, Ne soit plus qu'un mot à leurs yeux, Et son existence un problème.
Aussi confiant dans son général que Washington Adresse rétait dans l'énergie morale de ses concitoyens, le ° wT * Congrès des États-Unis avait fait suivre le vote de ai^ri^ôa. la Constitution d'une adresse aux populations. Il rappelait aux habitants des treize colonies et, on peut le dire, aux nations de l'Europe attentive, la justice de leurs longues et inutiles supplications, la nécessité où ils s'étaient trouvé de déclarer leur indépendance et l'approbation unanime qu'avait reçue cette résolution. Opposant aux revers du moment les succès obtenus naguère par leurs soldats, il leur montrait les Anglais chassés de Boston, repoussés devant Charles-Town , arrêtés en face de Ticonderago. Il
]eùr rappelait les exploits de leurs marins, les prises nombreuses qu'ils avaient faites en mer; il leur disait que les vivres étaient abondants, que l'armée allait dans peu reparaître habillée et réorganisée.
S'adressant au patriotisme de tous, et spécialement aux habitants des provinces les plus menacées par Tennemi, comme la Pensylvanie et le New-Jersey, il adjurait les hommes de cœur et d'intelligence de considérer que l'état présent des affaires ne devait pas être attribué aux fautes des généraux ou au manque de valeur des soldats, mais à la brièveté des engagements, a Ne vous manquez pas à vous-mêmes; ne permettez pas que la riche et populeuse ville de Philadelphie tombe au pouvoir de l'ennemi; ne laissez pas échapper l'occasion d'écraser sa principale armée, maintenant qu'il est loin des vaisseaux qui font une si grande partie de sa force ! La perle de Philadelphie n'entraînerait point la ruine de notre cause; mais pourquoi accorder ce triomphe à l'ennemi ? Arrêtons sa marche, brisons ses efforts; prouvons aux amis de l'Amérique les plus éloignés que nous sommes tous animés du même esprit et d'une seule volonté pour défendre, contre des ennemis cruels, ce que l'homme a et doit avoir de plus cher. Pensez qu'il s'agit de conquérir l'étemel repos et la sûreté des États-Unis, et d'attacher à vos noms une gloire immortelle; soutenez-vous, conservez-vous pour le jour de la victoire; renaissez pour une meilleure fortune, jd
Washington donna l'ordre au général Lee, établi dans les contrées de l'Hudson supérieur, pour sou-
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