ENTHOUSIASME QUE PROVOQUE WASHINGTON
quitta à la hâte Princeton, donna des ordres pour rompre tous les ponts d'une petite rivière qui coule entre cette ville et New-Brunswiok, et se portant au nord et sur sa gauche, gagna les montagnes en traversant la rivière de Raritanj et alla prendre position à Pluckemin. Quelques jours après, il remonta plus au nord à Morris-Town dans le Haut Jersey, d'où il fit des excursions jusqu'au Raritan, pénétrant dans le comté d'EsGrex, s'emparant de Neward, d'Elisabeth-: Town, de Woodbridge, et dominant les rives de la mer qui séparent le continent de State -Island.
Eti présence de Philadelphie délivrée, de cette armée de Washington que Ton croyait anéantie et qui reparaissait triomphante, il y eut un cri d'admi-r ration pour le général qui avait obtenu de pareils résultats par sa constance et sa noble audace. Chacun le proclanm le sauveur de la patrie, et le Congrès, revenu à Philadelphie, décréta que le général qui avait rendu de semblables services ne serait pas astreint à suivre les décisions des conseils de guerre qu'il jugerait à propos de réunir, et qu'en toute circonstance il pourrait exécuter ses propres résolutions. Établie entre New-Brunswick et Amboy, Tarmée anglaise fut durant tout l'hiver exposée, dès qu'elle voulut sortir de ses cantonnements, aux attaques de Washington, et aux vengeances des populations qui, transportées de colère, tendaient des embûches aux détachements qui se hasardaient dans les campagnes et massacraient sans pitié les soldats hessois dont les excès couvraient de ruines le New- Jersey. L'hiver se passa en diverses expéditions plus ou moins heureuses tentées, tantôt parles. Améri-
cains, tantôt par les Anglais pour détruire des dépots de munitions établis sur les bords dé l'Hudson ou dans le Connectieut^ jusque dans Tile Longue, où les Américains anéantirent, par un coup d'audace, presqu*en face de New-York, des magasins de vivres et une certaine quantité de vaisseaux, et ramenèrent des prisonniers anglais sur le continent. Vers la (in du mois de mai, les soldats arrivèrent chaque jour en plus grand nombre dans le camp de Washington. Quels étaient les desseins du général Howe ? Allaitil continuer sa campagne dans le New-Jersey, se rapprocher de la Delaware et se rendre maître de Philadelphie, en passant sur un pont qu'il avait établi sur ce fleuve ? Allait-il au contraire remonter l'Hudson en se portant dans le nord de l'État de New-York, pour coopérer, avec Tarmée du Canada, à la prise de Ticonderago et revenir avec toutes les forces anglaises réunies? Washington, voulant être prêt à tous les événements, prescrivit aux milices des provinces septentrionales de s'étabhr en partie à Ticonderngo et en partie à Peeks-Hill, à peu de distance au nord de New- York, faisant occuper le New-Jersey par celles du centre et du sud de manière à pouvoir diriger les troupes réunies à Peeks-Hill sur les points qui lui paraîtraient les plus menacés, soit du côté d'Albany, soit du côté de Philadelphie. Un camp fut établi sur les bords de la Delaware, par ordre du Congrès, et Washington quitta Morris-Town et alla à Midlebroock, à peu de distance de New-Bruns wick, sur la gauche du Raritan, dans une contrée montagneuse. Son armée, à ce moment, s'élevait à quinze mille hommes, parmi lesquels se trouvaient malheu-
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LAFAYETTE AaORDE EN AMÉRIQUE. iOi
reusement quelques bandes complètement indisciplinées. Washington retranché dans son camp, dont il avait fortifié avec soin tous les abords, ne perdait pas de vue Tarmée britannique, dont chaque mouvement lui était signalé par les gens du pays. Il évitait tout engagement sérieux avec autant d'obstination que le général anglais cherchait à les provoquer. Howe n'ayant pu surprendre son adversaire, finit par rassembler, dans State-Island, toutes les forces de terre et de mer dont il pouvait disposer. Le général américain incertain de ses projets qui pouvaient menacer Philadelphie, donna Tordre de réunir à la hâfe les milices de la Pensylvanie à Wilmington, à Ghester, au-dessous de Philadelphie, et plaça des vigies sur les points les plus élevés qui dominaient la mer et la Delaware, pour signaler Tarrivée de la flotte anglaise.
Ce fut pendant ces préparatifs que, vers la fin de AmTée juin, aborda a Georgetown, dans la Garonne du àGaon^tiowD, Sud, le marquis de Lafayette ^ A peine eût-il touché au port, que se jetant dans un canot, ce jeune homme remonta la rivière, empressé, dans son noble enthousiasme, de fouler ce sol américain sur lequel se débattait une cause pour laquelle il renouvella, dit-il, son serment <t de vaincre ou de périr. » Il partit à cheval, avec six officiers, traversa les deux Carolines, la Virginie, le Maryland et le Delaware, et après un mois de voyage, à travers un pays couvert de vastes forêts, sillonné de fleuves immenses,
' Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres, tome X, p. 68, 24,9. — Histoire de la guerre de l'Indépendance des États-Unis^ par Botta, tome H, p. 464 et soW , 467 et suiv., 504 et (ttiv., 508 et suiv., 534 et auiy., 542 et suiv., 551 et suiv., 563 et luiv., 570 et suiv., 586 et «iiiv.
jviB 1777.
iOi LIVRE PREMILR.
OÙ la nature, comme i! récrit, semble se parer oc d*un air de jeunesse et de majesté » il aperçut enfin Philadelphie.
*****M^«iïJ***^^ La flotte anglaise partie de Sandy-Hoock, le de sandy-Hoock, 23 juillct, avaît mîs à la voile pour une direction
23 juillet 1777. . ^ , * ^ • •*! • i7
mconnue, presqu au moment ou arrivait le jeune Français. Le gouverneur de Ticonderago, menacé par le général Burgoyne, s'était décidé à évacuer cette place depuis le 5 juillet et TAmérique était dans Tattente et dans l'anxiété, tant à cause des événements malheureux qui se succédaient pour elle sur les frontières du Canada, depuis la perte de Ticonderago, que de ceux qui pouvaient se produire par l'accord des deux frères Howe, dont l'un commandait la flotte, et l'autre une armée anglaise fortement organisée et pourvue de tous les engins de guerre qui faisaient souvent défaut à ses adversaires.
L« Congrès Assiégé par une foule d'officiers qui arrivaient avec les .cfTiceB de les recommandations de l'envoyé américain Deane, le 31 juillet 1777. Cougrès, plusicurs fois trompé dansleschoix qu'il avait faits, était sous l'impression produite parl'éclosion des prétentions malsaines et folles que les temps de troubles font naître chez une quantité de personnes qui ont échoué dans plusieurs carrières. A peine arrivé, Lafayette remit au président du comité des affaires étrangères, M. Lovell, les lettres de l'envoyé des États-Unis à Versailles. Le lendemain, il se rendit au Congrès où M. Lovell lui annonça que sa demande ne serait probablement pas accueillie. Sans se troubler, Lafayette écrivit : « D'après mes sacrifices, j'ai le droit d'exiger deux grâces ; l'une est de servir à mes dépens, l'autre est de commencer à servir
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LAFAYKTTE ACCEUILLI PAR LE CONGRÈS. iOÎ
comme volontaire x>, puis il pria un des membres du Congrès de rentrer dans la salle et d'y lire ce peu de mots. Devant cet appel à leur esprit de justice, les membres du Congrès comprirent qu'ils étaient en présence d'un solliciteur d*un nouveau genre. Les lettres de Deane, négligées comme des recomman^ dations banales, furent ouvertes et les députés des États-Unis charmés du noble dévouement du jeune officier, y répondirent par une délibération ainsi conçue : <r Attendu que le marquis de Lafayette, par suite de son très grand zèle à la cause de la liberté dans laquelle les États-Unis sont engagés, a quitté sa famille et les siens, et est venu à ses frais offrir ses services aux États-Unis, sans réclamer ni traitement ni indemnité particulière, et qu'il a à cœur d'exposer sa vie pour notre cause ; résolu : que ses services sont acceptés, et que, en considération de son zèle, de rillustration de sa famille et de ses alliances, il aura le rang et la commission de major-général dans l'armée des États-Unis. »
La prise de Ticonderago, qu'on regardait comme la clef des États-Unis, avait à la fois excité le plus grand enthousiasme eti Angleterre et pf^ïâtiit la colère la plus vive en Amérique. Le général Saint- Clair, qui en abandonnant cette forteresse, avait de fait conservé à sa patrie le seul corps militaire autour duquel pouvaient se grouper les milices, et le général Schuyler que ses longs services et son patriotisme auraient dû préserver de toute calomnie, furent accusés avec fureur. Le Congrès décréta qu'il serait fait une enquête sur leur conduite. Saint-Clair iie put échapper, malgré l'avis du conseil de guerre, aux
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accusations intéressées du Congrès, qui rejeta sur son impéritie et sa faiblesse» le cruel événement qui avait un instant terrifier Amérique. Washington, tout en veillant avec soin sur la campagne qu'il dirigeait en personne, envoyait des munitions et des hommes à l'armée de Schuyler, expédiait, dans les États de la Nouvelle-Angleterre, le général Lincoln, avec mission d'user de son influence pour que leurs milices aillent renforcer Tarmée^ et l'audacieux général Arnold accourait, par ses ordres, comrnu* niquer son ardeur aux troupes qu'avaient découragé CCS revers successifs.
Burgoyne vit en un instant croître devant lui la force de résistance de populations hostiles que son union avec les sauvages poussait au désespoir. A la difficulté des routes à établir au milieu des forêts, se joignait l'impossibilité d'obtenir des vivres, et Tarmée anglaise mit un mois à parcourir le court espace qui séparait le fort Anne du fort Edouard, élevé sur les bords de l'Hudson. Il trouva le fort évacué et sa situation fut des plus critiques, par suite de la difficulté d'obtenir des vivres qu'il devait tirer entièrement de Ticonderago. Il fit quelques tentatives pour sortir de la position embarrassante où il se trouvait et envoya des troupes pour enlever un dépôt de vivres formé par les Américains au nord d'Albany, à Benington.
L'expédition fut malheureuse. Les Américains en force écrasèrent les Anglais, blessèrent à mort leur chef, le colonel Baum et le détachement fut en entier détruit ou fait prisonnier. Une attaque tentée par le colonel Saint-Léger, venu d'Oswego par le lac d'Oneida pour attaquer le fort Schuyler, avait
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4ioûtl777.
LAFAYETTE ET WASHINGlU.N. ««S
éohouée^ après un combat heureux, devant la résistance obstinée des milices américaines dont le nombre croissait de jour en jour, sous Taiguillon de premiers succès et de la terreur mêlée do colère qu'inspiraient les hordes de sauvages traînées à la suite des armées anglaises.
L'espérance renaissait dans tous les cœurs, quand ^* «*»*"* ^^^^
^ ^ Dommé au
le congrès choisit, le 4 août, le général Gales comme «MmnMdement chef de l'armée du Nord. Cet officier, dont la popu- i*»nné6 du Nord. larilé était une force, rejoignit ses soldats alors réunis dans les îles formées au confluent de la Mohawk et de THudson. Washington incertain de la direction qu'avait prise la flotte anglaise, s'était rapproché de Philadelphie donnant l'ordre à tous les corps détachés de ses troupes d'accourir autour de lui. Venu dans cette ville à un dîner où assistaient plusieurs membres du congrès, Washington y vit pour la «t WMhhi'iîon. première fois Lafayette. Le jeune officier nous a laissé l'impression que produisit sur lui la haute taille, la figure majestueuse et grave du général américain. Fraternellement accueilli, il se vit complimenté de son zèle, des sacrifices qu'il avait fait, et Washington termina en priant Lafayette de regarder le quartier général comme sa maison, en ajoutant, avec un sourire, a qu'il n'y trouverait pas le luxe d'une cour; mais que devenu soldat américain, il se soumettrait sans nul doute de bonne grâce aux mœurs et aux privations de l'armée d'une république, d Le lendemain le jeune Français accompagnait Washington dans la visite des forts de la Delaware, et quelques jours après il assistait à une revue de l'armée américaine, qui attendait, à peu de distance de Phila-
Lafayette
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delphie^ la direction qu'aurait prise les Anglais. Il y vit, écrit-il « 11,000 hommes environ, médiocrement armés, plus mal vêtus encore. •• Dans cet état de bigarrure et souvent de nudité, ajoute-t-il, les meilleurs vêtements étaient des chemises de chasse, larges vestes de toile grise usitées en Caroline. Quant à la tactique, il suffit de dire que pour qu'un régiment en bataille de pied ferme gagnât du terrain sur la droite de son alignement, au lieu de rompre simplement à droite, la gauche commençait une éternelle contre-marche. Toujours sur deux rangs, les petits hommes étaient au premier; à cela près on n'observait point les rangs de taille. Malgré ces désavantages on voyait de beaux soldats, conduits par des officiers zélés. La vertu tenant lieu de science, et chaque jour ajoutait à rexpérience et à la discipline. Lord Stirling, plus brave que judicieux, un autre général souvent ivre, Green, dont les talents n'étaient encore connus que de ses amis, commandaient en qualité de majors généraux; le général Knox y était aussi, qui dans le même temps s'était fait de libraire artilleur, avait formé d'autres officiers et créait une artillerie. » Nous devons « être embarrassés dit Washington en abordant le marquis, de nous montrer à un officier qui quitte les troupes françaises. — C'est pour apprendre et non pour enseigner que je suis ici j^j répliqua Lafayette, réponse spirituelle, plusprofonde qu'il ne le supposait. Ce jeune homme simple et modeste était le représentant d'une caste puissante qui dominait les nations de Tancien monde par droit de naissance. Il avait tout quitté, honneurs, famille, amis, pour venir
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LAFAYËÏTE ET WASHINGTON. \01
chez un peuple proclamant l'égalité des hommes, et leur classement par leurs œuvres personnelles. L'amour de ses semblables et la hautaine et fière impartialité de Tesprit qui fait respecter les intérêts des autres comme les siens propres, étaient l«s qualités dominantes deLafayette. Il était à son insu le point de contact de deux sociétés dont l'une allait mourir, et l'autre grandir malgré les douleurs et les découragements qui accompagnent l'enfantement des progrès les plus légitimes et les plus incontestables réalisés par les hommes. L'histoire le trouve à Tendroit même où furent proclamés les principes de raison et de justice, sur lesquels doivent s'appuyer les gouvernements des nations, ce Défenseur de cette liberté que j'idolâtre, écrivait-il à la noble compagne de sa vie, libre moi-même plus que personne, en venant comme ami offrir mes services à cette république si intéressante, je n'y porte que ma franchise et ma bonne volonté, nulle ambition, nul intérêt particulier; en travaillant pour ma gloire, je travaille pour leur bonheur. J'espère qu'en ma faveur vous deviendrez bonne américaine, c'est un sentiment fait pour les cœurs vertueux. Le bonheur de l'Amérique est intimement lié au bonheur de toute l'humanité; elle va devenir le respectable et sûr asile de la vertu, de l'honnêteté, de la tolérance, de l'égalité et d'une tranquille liberté. »
Quelques jours après la rencontre de ces deux hommes, qui allaient atteindre la vraie grandeur en contribuant à la réussite d'une des phases les plus éclatantes des progrès de l'humanité, la flotte anglaise entrait dans la baie de Ghesapeack et la re-
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montant, sous l'impulsion d'un vent favorable, abordait près d'Elkton, à environ 70 kilomètres de Philadelphie. Détournés de la Delaware par crainte de travaux de défense, exécutés sur ce fleuve, les Anglais avaient lutté, pendant plus d'une semaine, contre les vents contraires pour doubler les caps qu'il fallait franchir.
^''a™rfe"?H" L® 25 août, les troupes entassées dans les na- \Xim^' ^^^^^ purent enfin prendre terre, et une armée de 18,000 hommes, largement pourvue de toules choses, sauf d'un nombre suffisant de chevaux pour la cavalerie et les transports, put se mettre en marche vers la capitale des insurgents. A cette nouvelle, Washington faisant traverser Philadelphie par son armée pour encourager ses partisans et impressionner ses adversaires, marcha aux Anglais. Il s'avança jusqu'au bord d'un petit cours d'eau le White-Clay-Creek, puis recula derrière un autre cours d'eau, le Red-Clay-Creek, occupant Newport, petit bourg situé à peu de distance du chemin qui conduit de Christiania à Philadelphie. Menacé dans cette position d'être débordé sur sa droite, il recula encore, se couvrant de la rivière Brandy-Wine et s'établissant sur des hauteurs, en faisant garder les principaux gués, il résolut d'attendre la bataille. deBr!nîry"w.De, ^^ ^^ Septembre, les Anglais s'ébranlèrent à la 11 septembre ' pointc du jour, ils attaquèrent de front le gué principal, pendant qu'un corps, sous les ordres de lord Cornwallis, remontant le cours de la Brandy-Wine, la traversait à l'endroit où elle se divise en plusieurs branches, puis la redescendait de manière à attaquer la droite des Ajméricains. Le combat s'engagea
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LAFAYKTTE BLESSÉ. 109
avec acharnement de part et d'autre, mais les Anglais ayant brisé la résistance de la gauche des Américains, le désordre finit par se mettre dans les rangs de ceux-ci et en un instant la panique gagna au point que Tarmée pouvait être entièrement détruite, si la nuit ne fut pas venue. Lafayette, qui avait suivi le général pendant toute la journée, se jeta au devant des fuyards, essayant de les rallier et eut la jambe traversée par une balle. II se fit panser à la hâte, remonta à cheval et continua à tâcher de réunir les troupes débandées â rentrée d'un pont qu'il fallait franchir. Transporté à Philadelphie en bateau, il y fut entouré de personnes qu'intéressaient sa jeunesse et sa situation. Il quitta cette ville avec le Congrès, remonta avec lui la Delaware jusqu'à Bristol, d'où il fut conduit à Betlehem, dans un établissement des frères Moraves. « Nos Américains, écrivait-il gaiement à M°* Lafayette, après avoir tenu ferme, ont fini par être mis en déroute ; en tâchant de les rallier, MM. les Anglais m'ont gratifié d'un coup de fusil qui m'a un peu blessé à la jambe... Soyez tranquille sur le soin de ma blessure, tous les docteurs de l'Amérique sont en l'air pour moi. J'ai un ami qui leur a parlé de façon à ce que je sois bien soigné; c'est le général Washington. Cet homme respectable dont j'admirais les talents, les vertus, que je vénère à mesure que je le connais davantage, a bien voulu être mon ami intime. Son tendre intérêt pour moi a eu bientôt gagné mon cœur. Je suis établi chez lui, nous vivons comme deux frères bien unis, dans une intimité et une confiance réciproques. Cette amitié me rend le plus heureux possible. Quand il m'a en-
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La bleasurc
de Lafayette
deTieot un lien
entre
et rAmériqne.
Entrée de Howe à Philadelphie, U sept. 4777.
voyé son premier chirurgien, il lui a dit de me soi** gner comme si j'étais son fils parce qu'il m'aimait de même. Ayant appris que je voulais rejoindre l'armée de trop bonne heure, il m'a écrit une lettre pleine de tendresse pour m'engager à me bien guérir. > Cette blessure, comme il arrive dans les époques de fermentation des esprits où les pins minces événements prennent de grandes proportions, devint, pour la France, comme un lien nouveau qui la rattachait à la cause des Américains, ce Lorsque Paris, dit le comte de Ségur, retentit du bruit du premier combat où Lafayette et ses compagnons d'armes avaient fait briller le nom Français, l'approbation fut générale ; les personnes mêmes qui avaient le pins blâmé sa téméraire entreprise, l'applaudirent ; la cour s'en montrait presque enorgueillie et toute la jeunesse Tenviait. Ainsi, ajoute-t-il, l'opinion publique se déclarant de plus en plus pour la guerre, la rendait inévitable, et entraînait nécessairement un gouvernement trop faible pour résister à ime telle impulsion. »
Plein de fermeté après sa défeite, Washingion, usant de sa puissance morale sur ses soldats^ pour leur rendre l'espérance, s'était couvert de la rivière la Schuylkill, abandonnant Philadelphie aux Anglais plutôt que de compromettre, dans une bataille, les dernières forces de son pays. Le Congrès aussi résolu que lui, décida qu'il se réunirait à Lancastre et, comme après les revers subis dans le New-Jersey , il investit son général d'un pouvoir dictatorial.
Le général Howe entra à Philadelphie le 26 septembre, mais il avait en face de lui l'armée américaine
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PRISE DE PHILADELPHIE. Hl
coucenlrée à peu de distance de Germantown, qui recevait à chaque instant des renforts et engageait des actions sanglantes avec ses troupes. Les Anglais s'occupaient à débarrasser la Delaware de tous les obstacles qui empêchaient la flotte de remonter ce fleuve, quand la nouvelle d'une grande victoire vint surexciter au dernier point l'énergie des Américains.
Burgoyne, ayant pu faire venir pour trente jours Bat»ine de vivres à Ticonderago, avait passé de la rive gauche emre Burgoyoe de THudson sur la rive droite, vers le milieu de sep- 49 Mpt.T???. tembre. Décidé à atteindre Albany, pour rejoindre le général Clinton qu'il supposait s'avancer vers lui de New-York en remontant ce fleuve, il marcha contre Gates alors campé à Stillwater, environ à trente kilomètres au nord de cette ville. Confiant dans la valeur et la discipline de ses troupes, Burgoyne attaqua les Américains qui lui faisaient face en appuyant leur droite à THudson et leur gauche aux collines. Le combat s'engagea avec une extrême vigueur jusqu'à la nuit dans ce pays coupé de ravins d'où se précipitent une suite de torrents se dirigeant sur l'Hudson. Les Anglais, dont la perte avait été plus forte que celle de leurs adversaires, restèrent maîtres du champ de bataille, mais ne purent s'avancer vers Albany qui était te but de leurs efforts. Burgoyne, adossé à THudson et placé en face d'un ennemi qui s'était retranché avec soin dans des positions inexpugnables, assit son camp à peu de distance de lui, pressant, par une suite d'émissaires, le général Clinton de remonter l'Hudson pour l'arracher à sa dangereuse position, en prenant l'ennemi entre deux corps d'armée. Pendant qu'il restait forcément inac-
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Mi LIVRE PREMIER.
tif, l'armée américaine grossissait en nombre et le général Lincoln lui amenait, des provinces du Mas^ sachussett, de Rhode-Island, de New-Hampshire et du Connecticut, des troupes parfaitement exercées. Dans l'impossibilité de recevoir des vivres et des munitions de Ticonderago, à partir du moment qu^il avait franchi, avec les plus grandes peines, le fleuve de THudson grossi par les pluies, Burgoyne sentit promptement la disette dans son camp. Déçu dans Tespoir du concours que devait lui apporter le général Clinton, d'après les plans arrêtés à Londres, il n'avait plus, le 7 octobre, que cinq jours de vivres. Denxième bataille H résolut, daus ccttc positiou déscspéréc, de faire
entre Gates et , , . «» ^ ,m
Burgoyne, les dcmiers efforts pour se frayer un passage en delo-
7octobrel777. . a ^ • . j i i • xi
géant les Américains de leur camp ou en brisant le blocus établi autour de lui pour parvenir à se procurer des subsistances dans la campagne. Il se porta sur la gauche des Américains établie sur les montagnes; mais Gates pénétrant son projet lui opposa la plus vive résistance. Le général Arnold entraîna ses troupes avec sa bouillante valeur, et les Anglais furent refoulés dans leur camp. Gates jugeant Burgoyne perdu résolut de ne plus tenter la fortune et d'attendre que la famine lui livrât son adversaire.
Burgoyne se rend Dîx jours après SCS calculs sc réalisaient etBur-
prisonnier i •. • • f ^
arec son armée, goyuc SC rendait prisounicr avec son armée après avoir vainement cherché à franchir THudson dont Gates gardait avec soin tous les abords.
Le colonel Willkinson, parti au moment où Tarmée anglaise déposait ses armes, accourut au Congrès, et s'adressant à l'assemblée au milieu de la vive émotion que causait sa présence lui dit : a Toute Tarméc
17 octobre 1777.
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UNE ARMÉE ANGLAISE PRISONMËRE. lU
britannique a mis bas les armes à Saratoga ; la nôtre, pleine de vigueur et d'audace, attend vos ordres ; c'est à votre sagesse à décider où la patrie peut encore avoir besoin de ses services. »
En un instant rAmérique apprit qu'une armée anglaise était prisonnière, et l'Europe sut bientôt, comme l'écrit le comte de Ségur sous Timpression des événements, que des soldats avaient été forcés de déposer leurs armes aux pieds de cultivateurs pauvres mais fiers, inexpérimentés mais vaillants, dont ilsavaientjusque-Iàtant dédaignéla simplicité^ l'indiscipline, le dénuement et l'ignorance des évolutions militaires. La nouvelle se répandit même à Paris que Tàrmée de Howe avait aussi capitulé, ce qui, d'après un journal, enivrait « de joie les partisans très nombreux des Américains. Ils voudraient que notre gouvernement saisît cette circonstance où la nation anglaise est humiliée et où ses ministres ont perdu la tête, pour lui déclarer la guerre et, par ce moyen, consommer à jamais la révolution si heureusement conduite parles braves Américains *• »
Si les Français, jetant un regard au delà des mers, applaudissaient aux vengeurs de leur patrie humiliée et aux défenseurs des idées de liberté et de progrès
' Mémoires^ correspondances ei manuscrits du général Lafayetle, tome ï, |>. 15 el suiv., 17 et suiv., 19 et suiv., 23 et suiv., 88, 101, 103, 105, 129. — Histoire de la guerre de Vindépendancc dps États-Unis, par BolU, tome 11, p. 587 et suiv.; tome 111, p. 22 et suiv., 33 el suiv., 37 et suiv., 42 et suiv., 62 et suiv., 08 et suiv., 71 et suiv., 80 et suiv., 102 et suiv., 123 et suiv., 127 et sniv , 133 et suiv , 137 et suiv., 143 et suiv., 153. — Mémoires ou souvenirs et anecdotes, par le comte de Ségur, iDmc I, p. 128, 175, Paris, 1824, in-8. — Correspondaruie secrète sur Lonis XVI, Marie- Antoinette, la cour et la ville^ publiée par Lescure, tomel, p. 120, 121.