‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 33 sur 177 · II · texte numérisé non relu

II

Googk

114 UVRB PREMIER.

qui les enflamaient, ils étaient loin de trouver eo Europe les satisfactions qu'ils réclamaient. Édit contre Los jésuitos, depuis leur extinction par dément 'tai^r* XIV, n'avaient pas cessé d'être une sorte d'épouvantail pour les magistrats leurs anciens adversaires et pour une foule d'ennemis qu'ils s'étaient attirés dans le temps de leur puissance. Des brochures et des livres faits, soit en leur faveur, soit contre eux, apparaissaient chaque jour. Tantôt l'auteur, mettant ea garde le public contre leurs menées, affirmait qu'ils ne se regardaient pas comme supprimés, qu'ils avaient voulu renaître sous le nom de Frères de la Croix^ et cherchaient à s'installer dans le sémwûre des aumôniers projeté par le ministre de la guerre, Saint-Germain. Tantôt un de leur partisans écrivant sur l'Apocalypse, prouvait, par des extraits de cette œuvre, leur établissement, leur mission pour prêcher et défendre la foi, la conversion du nouveau monde par leurs travaux apostoliques, les persécutions qu'ils doivent éprouver, leur destruction causée par l'athéisme et par un système de politique antichrétienne qui tend à ramener le principe de l'infidélité, l'époque de cette destruction, enfin leur rétablissement entre le mois de mars et le mois de juillet 1777. Le Plan de ï Apocalypse était condamné à être brûlé et lacéré, et l'avocat général Séguier promettait au Parlement de veiller sur les démarches faites par cette société redoutée. Le Parlement, prétendant que les jésuites s'étaient donné comme une sorte de rendez- vous à Paris et à Lyon fmit par obtenir un édit où le roi affirmant « l'anéantissement et l'extinction absolue » de la société dans tous les, l^t^tf ca-

Googk

L'INQUISITIdl RÉTABLIE BN ESPAGNE. 145

tboiiques m poiit de m hifiger c plut aucu» eçpoir qu'elle puisse jamais être rétablie », croyait devoir prendre ka précautions que sa sagesse exigeait e pow éviter tout ce qui pourrait trouUer Tordre et la tranquittité dans le royaume a. L'édit défendait aux anciens pèroi de se réunir pour vivre plusieurs enseniUe « sous quelque prétexte que ce puisse être », de posséder aucun bénéfiee à diarge d'âme dans les iniles. Us ne iponvaient pas être supérieurs de séminaûres» végents de collèges, ni exercer des SsMSitoiis « relatives a l'éducation piAliqua a. L'édit avait, avivant l'usage, la prétention d'interdire tout ouvrage ^sur la sodété supprimée, écrtti soit contre etta, s<Mt en sa faveur, en c impoaant, comme il le dit, un sîlenee absolu sur tout ce qui f eut concerner ladite société ». Le Parlement ne fut pas satisfait et voukit à la fois multiplier et aggraver les rigueurs de la nouvelle législation ; mais le roi s'y refusa, et n'aceepta que la défense faite aux anciens jésuites d'en- \aKT en fonction des bénéfices ou des vicariats qu'ils obtiendraient avant d'avoir au préalable pris l'engagement de « maintenir et professer les libertés de l'Église gallicane, et notamment les quatre artiidesde h déclaration du clergé de France en lft82. »

Ces concessions à des magistrats ambitieux et livrés aux rivalités que suscitait l'opinmi* janséniste, furent immédiatement efiacées auprès du publie parla conduite du roi d'Espagne. Charles III, l'ennemi implacable de l'ordre, qui avjfit exigé sa des* traction, qui avait forcé la France de soutenir à Rome soninpérieuse'Vol0nté,veftaÀtde:rétabiirrim|«isition. « Vous savez, écrit d'Alemborl dans: son indigna-

4« l'iaqnitition en déMmbN 1776.

Googk

i<6 LIVRE PREMIER.

tîon, que Tinquisition^ que le roi d'Espagne a remise en honneur et en vigueur plus que jamais, vient de faire une belle procession ;••. que le peuple, prosterné dans les rues pendant cette belle cérémonie, criait en se frappant la poitrine : Viva la fe de Dios ! qu'ensuite on a publié les bulles de Paul lY et de Pie Y, ces deux marauds de papes qui ont fait tant brûler d'hérétiques, et qui déclarent que tout le monde sera soumis à Vinquisitioriy sans éxcefter le souverain... Yoilà... le fruit des lumières que tant d'écrits ont répandues ! voilà le fruit de l'expulsion de ces gueux de jésuites, remplacés par des gueux plus insolents. ]> Deux dominicains, écrit Frédéric avec dédain, a qui ont le roi d'Espagne à leurs pieds, disposait de tout le royaume; leur faux zèle sanguinaire a rétabli, dans toute sa splendeur, cette inquisition que M. d'Âranda avait si sagement abolie... Les superstitieux l'emportent sur les philosophes, parce que le gros des hommes n'a l'esprit ni cultivé, ni juste... Le peuple sait qu'avec des présents on apaise ceux qu'on a offensés; il croit qu'il en est de même à l'égard de la Divinité, et qu'en lui donnant à flahrer la fumée qui s'élève d'un bûcher où Ton brûle un hérétique, c'est un moyen infaillible de lui plaire. Ajoutez à cela des cérémonies, des déclamations de moines,... vous trouverez qu'il n'est pas surprenant que les Espagnols aveuglés aient encore de l'attachement pour ce culte digne des anthropophages. 2>

Les nouvellistes n'étaient pas moins méprisants pour le monarque espagnol que son royal confrère, et ils parlaient des exploits de ce qu'ils appelaient

Googk

CONDAMNATION D'OLIVADÉS. 117

ce rinfâme inquisition ». Le bruit courut bientôt qu'un brillant Péruvien, qui avait enchanté la société littéraire et philosophique de Paris, avait été arrêté. (( Si M. Olivadès, écrit Voltaire à d'Alembert, le 4 janvier 1777, qui est un philosophe très instruit et très aimable, est dans les prisons de Tinquisition, avec Tagrément de Sa Majesté Catholique, il sera difficile de me consoler. Il a passé, il y a longtemps, huit jours aux Délices. Cela m'attendrit pour lui : mais ne nous pressons pas de gémir, il n'y a peutêtre pas un mot de vrai dans ce qu'on nous a dit. »

Les doutes cessèrent bientôt, et la France apprit condaranaunn riiistoire de ce Péuivien, devenu juge à Lima, où il comte douvadè» avait eu à lutter contre les jésuites, puis employé '^nliïïî'iTTr"' par le comte d'Aranda, au moment où il détruisait cette société puissante et tenait tête aux émeutes de.Madrid. Les journalistes rappelèrent les services qu*il avait rendu dans le défrichement de la Sierra- Morena, où Olivadès appela des colons allemands et suisses, sans s'inquiéter de leur religion ; ils faisaient ressortir avec ostentation le bien qu'il avait réalisé, ses querelles avec un couvent de moines qu'il dût déplacer dans ses opérations, et, le présentant comme victime de la machination des prêtres, ils racontaient le jugement ridicule et odieux qui le frappait.

Olivadès se vit reprocher deux cent quarante actes entachés d'excès et de libertinage, parmi lesquels se trouvait ce passage d'une de ses bttres à Voltaire. « Il serait à désirer que l'Espagne eut quarante personnes comme vous. » Comparaissant une torche à la main devant lesducsde Grenade, d'Hixar, d'Abrantès,

Googk

tes comteB de Mora» de la Gorogne, de trois conseillers de Gastille, deux des finances, deux du conseil des Indes, deux des ordres royaux, un du département de la guerre, de Tabbé de Saint-Martin avec deux de ses moines, du prieur de rEsourial^ de Tabbé de Saint-Bazille^ de deux trinitaires, de deux religien de la Merci, du prêtre Gantenas, capucin, de plusieurs prêtres décorés et de plusieurs chevaliers de Tordre royal de Charles III, il se vit condamné à la confiscation de tous ses biens, à huit ans de clôture dans un couvent^ pendant les premières années desquelles il devait jeûner le vendredi si sa santé le lui permettait, ce qui du reste était remis à la décision d'un directeur éclairé qu'on devait lui nommer pour le fortifier dans la pratique de ses exercices religieux. 11 était prescrit à Olivadès de faire régulièrement ses prières du matin et du soir, de lire le Livre des pécheurs du révérend Père Louis de Grenade, de réciter tous les jours à genoux le rosaire ainsi qu'un Credo. Il fut privé de ses titres, de ses charges, déclaré incapable d'en posséder désormais. Défense lui était faite d'user à l'avenir de vêtements de soie, de velours, de tissus d'or et d'argent, et d'ornements de pierreries* Il ne pouvait ni monter à cheval ni porter des armes, et son vêtement devait être désormais d'un drap jaune des plus communs.

Les narrateurs de ce jugement grotesque ajoutaient : «

« On lui fit faire, en qualité d'hérétique, une abjuration solennelle ; il fut absous de l'excommunication et réconcilié suivant toutes les formalités prescrites par les saints canons; à Teffel de quoi «e

Googk

GONDAy NATION D'OLIVADÉS. 119

présentèrent quatre prêtres en surplis ayant chacun une poignée de verges i la main, dont ils le frappèrent sur les épaules suivant la cérémonie d*usage, pendant qu'on récitait le psaume Miserere. Il fit sa profession de foi, et fut intenrogé sur plus de trente articles de croyance.

« Dès que les deux secrétaires eurent fini de lire la procédure, au moment où Ton prononça ces mots : Nous le déclarons atteint et convaincu d'hérésie, le sieur Olivadès tomba en syncope de dessus sa sellette; il ne perdit cependant pas connaissance; on lui donna de Teau et du vin, ce qui le rétablit et le mit en état d'entendre sa sentence, à la suite de laquelle il fit sa profession de foi baigné de larmes et poussant des gémissements qui firent bien augurer de son repentir. Ses erreurs sont en grand nombre et des plus extravagantes, provenant de ce qu'il n'a pas voulu croire au sixième commandement (Vous ne commettrez point d'adultère)^ ni à l'existence d un enfer destiné à en punir les violements : choses qui lui firent concevoir une haine implacable contre le clergé séculier et régulier, ce qui a été en lui le fruit de ses rapports avec Voltaire et Rousseau. »

Le malheur d'Olivarès, qui s'était vu reprocher L'amiraisoiauo une traduction en espagnol de Y Histoire philosophique de l'abbé Raynal, quoiqu'elle n'eût jamais été imprimée, rappelait TafFront fait à l'amiral Solano dénoncé par son aumônier pour avoir lu cet ouvrage. Ce chef d'escadre a été obligé <ic pour obtenir l'absolution d'un si grand péché, d'en demander à genoux pardon à Dieu et à la sainte inquisition^ après avoir vu brûler solennellement le livre en sa présence... Grand

et les protesunu

Googk

t20 LIVRE PREMIER.

Dieu, s'écrie Grimm à la suite de cette ancûdote, et il n'y a que les Pyrénées entre nous et les suppôts barbares d'une religion si douce ! » Puis il met en note à la suite de la page: oc II n'y a plus de Pyrénées.)) Réflexion très naturelle, si Ton se reporte à la lutte ardente qui n'a pas cessé entre l'opinion publique et le clergé.

Il ne se passait pas de jour sans qu'un livre ne traitât, soit d'une manière directe, soit incidemment, de la situation des protestants en France. Dans une brochure où il s'agissait de l'exécution de la corvée en Bretagne, l'auteur, parlant de la nécessité de rappeler les protestants, attaquait à la fois les prêtres et les institutions religieuses, puis se livrait à une digression pleine de vigueur, de bon sens et de philosophie, au dire d'un journal fort en vogue, contre V Apologie du massacre de la Saint-Barthélémy, par l'abbé Caveyrac.

L'auteur, dans un Dialogue sur Vétàt civil des protestants en France^ faisait soutenir la nécessité de leur réhabilitation, dans l'intérêt de l'Église et de l'État, par un curé, contre un magistrat, ce qui amenait un membre du Conseil à démontrer que le danger qu'ils présentaient dans le xv" siècle n'existait plus dans le xviii». La brochure se vend sourdement, ajoute le nouvelliste qui en donne l'analyse « pour ne pas trop scandaliser Nos Seigneurs du clergé, contre lesquels elle est spécialement dirigée :o.

Lus Français et le Lcs mioistrcs scntaicnt frémir les populations. d'insurrection La Francc , privée d'institutions permettant au

légaieme^nt admis p^^pj^ d'influcr sur la dircction de ses propres Ira Anglais. afTaircs , ne pouvait pas avoir des hommes de

Googk

Page 1