LE GOUVERNBMENT ET LES PROTESTANTS
Majesté. » Le ministre est aussi circonspect qnsnd il 8*agit de la Guyenne. En ordonnant de tâcher de démolir des temples, d'arrêter des prédicants et même les religionnaires les plus obstinés , il prescrit à l'intendant d'employer c ces moyens on seulement quel- <pie6-uns, en évitant surtout ceux dont Texécution pourrait exciter une fermentation qu'il serait peutêtre ensuite bien difficile d'éteindre ». Dans le Languedoc, où il y a un grand nombre de temples, les protestants ne tiennent compte d'aucune des lois faites contre l'exercice de leur religion. Le gouvernement flotte indécis entre les mesures de rigueur qu'il voudrait prendre, et la crainte de l'effet qu'elles vont produire, quand elles seront exécutées, c Ne serait-il pas possible, écrit le ministre Amelot au oomte de Périgord, d'amener les religionnaires de la Saintonge à se réformer en quelque sorte d'euxmêmes, en cessant de donner à l'exercice de leur culte une publicité aussi contraire aux vues du gouvernement qu'elle est scandaleuse pour la religion, x» Les protestants, loin de déférer aux avis du comte, décorèrent une grange à Castelbarbe, près d'Orthez, la pourvurent d'une chaire, de galeries pour les auditeurs, y célébrèrent des mariages, firent des baptêmes, et se livrèrent aux rites de leur culte avec autant de publicité que les catholiques. Le ministre, bravé, fit mettre la grange sous scellé ainsi que les maisons où se réunissaient les religionnaires, ordonnant Tarrestation des trois prédicants Bekenne, Journet et Marsoo fils. Après cet acte de vigueur, il a peur de ce qu'il a fait, et écrit au comte de Périgord : <r J'ai peine à croire que cet exemple puisse
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augmenter lenombre des émigrations... Quelque idée que les protestants se soient faite de la tolérance du gouvernement, ils ne sauraient penser qu'elle soit portée au point de leur permettre un culte extérieur aussi public que celui de la religion catholique... L'on est dans la nécessité de fermer les yeux sur leurs assemblées au désert, même sur des assemblées peu nombreuses et peu éclatantes dans quelques maisons particulières; mais qu'ils aient des temples publiquement connus comme tels, qu'ils en construisent,... qu'ils y placent des chaires,... c'est ce que le roi ne paraît nullement disposé à tolérer. » Dans ses confidences, il parle des conseils de l'intendant Douet de La Bôullaye, qui propose d'envoyer des dragons loger chez les protestants, aux lieux où ils ont eu des assemblées, ce Ne trouvez-vous pas, dit-il, qu'il serait à craindre que cette expédition ne réveillât l'idée des anciennes dragonnades, qui n'ont, dans le temps, que trop fait de bruit dans la France et dans toute l'Europe?... Je vous ai parlé de quelque mouvement parmi ceux de l'Orléanais... Il n'est peut-être pas sans inconvénient qu'un intendant, un homme du roi, traite directement et ouvertement avec des sujets... Mais, au point où sont les choses, l'on n'est pas toujours maître du choix des moyens. x>
Les ministres appliquent encore quelquefois la loi infâme de Louis XIV qui permet d'enlever des enfants à leurs parents. Ainsi l'on voit, en 1777, enfermer au couvent de Sainte-Claire de Milhau, par l'intermédiaire de l'intendant Terrai et sur la demande de l'évêque de Vabres, M"'* Nègre et Randon. Le frère de M"' Randon et d'autres protestants, sont,
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LE GOUVERNEMENT ET LES PROTESTANTS. il^
à cette occasion, menacés d'être punis sévèrement s'ils commettent « quelques nouvelles imprudences » , c'est-à-dire s'ils se permettent de blâmer de pareilles séquestrations. Mais le plus souvent les ministres reculent, et lorsque l'archevêque de Paris parle d'une demoiselle Du Gay, âgée de dix-sept ans, qui, se plaignant d'être gênée par ses parents, sollicite d'être placée dans un couvent, Amelot écrit au lieutenant de police Lenoir :
a Sa Majesté ne se porte pas très facilement à user de son autorité dans des circonstances pareilles, surtout lorsqu'il est question de jeunes personnes de l'âge de la demoiselle Du Gay, qui ont quelquefois d'autres motifs pour chercher à se soustraire à l'autorité de leurs parents... Vous voudrez bien aussi me mander si, dans le cas où le roi se porterait à donner les ordres demandés, il ne serait pas à craindre qu'ils causassent une sensation trop vive parmi les protestants. » Le ministre n'est pas moins embarrassé, deux ans plus tard, à propos d'une demoiselle Fabrègues, qui, selon la formule administrative, <c paraît être dans le dessein d'embrasser la foi catholique ». Ces détentions, répond-il à l'intendant Saint-Priest, produisent ordinairement, de la part des parents, des murmures et quelquefois des déclamations qu'il est prudent d'éviter. J'ai remarqué que ce qui y donne lieu surtout, c'est lorsqu'on leur enlève leurs enfants avec violence ou lorsqu'on veut les forcer de payer leurs pensions. Je crois donc que, s'il y a des ordres à donner, ce ne doit être que pour faire recevoir des prosélytes dans le couvent, mais non pour les faire arrêter et les y faire conduire de
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farce : c'est à eux de trouver les moyeas. do t'y rendre. »
L'attitude des protestants devenait, du Msta, de plus en plus hautaine devant les ordres du penvoir» Un religionnaire du Béam refusait formelleHMit de faire baptiser son enfant à Tégiise; des ch^ valiers de Saint- Louis, entre autres un monsieur Courtade de Clairade, se mariaient publiquement devant des pasteurs; et la ville de La Roobdle, ayant i élire des juges-consuls^ choisissait des protestants, contrairement â la loi. Le ttinistre, qui n'ose pas sévir contre les habitants de La Rochelle à cause de la guerre engagée avec l'Angleterre en 1779, laisse à l'intendant du Béam, Bordenave, la liberté d'agir ou de ne pas agir contre le prêtes* tant qu'il lui a signalé; il prescrit à Saint-Priest de ne pas tenir compte des réclamations faites par les évêques d'Uzès et de Rieux contre les mariages protestants contractés au désert, et, à propos des chevaliers de SainlrLouis, il écrit : oc Peut-être pourraisje, en me concertant avec le prince de Akmtbarpey, trouver les moyens de les punir ou au mom^ de contenir ceux qui seraient portés à se laisser séduire par le mauvais exemple. » Ils n'ont pas^ u contracter de pareils mariages, ajoute-t*iU « sans commettre un parjure punissable contre le serment de catholicité fait en recevant la croix de Saint-Louis »•
La loi qui défendait aux protestants d'aliéner leurs biens saos permission fut prorogée en 1778. Le mi'ni&tre, qui a reçu des observations à ei& sujet, commence, en 1779, à douter de l'efficaoîté de cette légi$latiol^ promulguée presque automatiquemsAt