‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 36 sur 177 · LE GOUVERNEMENT ET LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT ET LES PROTESTANTS

par les bureaux de trois ans en trois ans. a Les motifs, écrit-il à l'intendant Saint-Priest, sur lesquels Tauteur du mémoire appuie la proposition d'abroger cette loi n'ont peut-être pas le mérite de la nouveauté. •• Il n'est pas étonnant que l'on ne s'y soit pas arrêté dans le temps que les défenses ont été faites. L'on avait alors intérêt d'empêcher que les protestants propriétaires ne se défissent d'une propriété qui était un garant de leur résidence dans le royaume. Mais aujourd'hui que les circonstances ont changé, s'il est vrai que l'effet de la loi soit d'empêcher des protestants d'acquérir des fonds, l'on ne peut se dissimuler que cet effet ne soit contraire aux vues que l'on s'est proposées en la portant * . »

^ Archives nationaies: 0*473, année 1777. Le ministre de la maison dn roi an comte de Périgord, 23 mars; è Terrai, 5 et 10 octobre; ao baron de Montmorency ; à Meulan-Dablois, 2 novembre; k Dagay, 23 janvier, 8 décembre; à de Cypierre, 21 décembre; à Douet de La Boullaye, 25 décembre. 0i474, année 1778. Au comte de Périgord, 14 janvier; i Douet de La Boullaye, 19 février; au comte de Périgord, 15 avril, 9 juin. 0*475, année 1779. Au comte de Périgord, 14 janvier, 13 mars, 13 mai; à Saint- Priest, 13 mars, 21 août; à de Cypierre, 16 septembre ; à Dagay, 20 octobre ; à Bordenave, 13 mai ; à Saint-Priest, 28 juillet; à Saint-Sauveur, 23 oeto* bre; au garde des sceaux (Miromesnil), 6 novembre; à Lenoir, 2 avril. 0*150, année 1778, 14 février, déclaration interdisant aux protestants de irendre leurs biens sans permission. — Correspondance littéraire , philosophique et critique, par Grimm et Diderot, tome III, p. 376; tome IV, p. 154; tome V, p. 250, 340 et suiv. Paris, 1812, in-8. — Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres, tome IX, p. 275; tome X^ p. 61, 75, 77, 104; tome XII, p. 82, 97 et suiv., 203, 209 et suiv. — Commentaire sur les lois anglaises, par Blackstone, tome 1, p. 214. Bruxelles, 1774, in-S. — Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la eour et la ville, publiée par Lescure, tome I, p. 11, 30, 36, 56, 57, 108, 113, 116,242. -^ Becueil général des aruiennes lois françaises, par Isambert et Jourdan, tome XXV, p. 1 et suiv., 3G et suiv. — Œuvres de Voltaire, tome LXX, p. 202, 209, 227.

des

subsistances,

de 1777 à i779

Les populations catholiques, aussi blessées dans leurs intérêts matériels et dans leur dignité que pouvaient l'être les religionnaires, n'hésitaient pas plus qu'eux à accepter, dans l'occasion, la lutte armée. Le droit à l'insurrection, comme on l'appela plus tard, tendait naturellement à s'affirmer, par suite de l'absence totale de prévoyance des gouvernants, oubliant, sous l'empire de leurs préjugés, les principes de justice et de bon sens proclamés par les Anglais et les Américains, et mis avec éclat en lumière par une nombreuse pléiade d'écrivains français.

Le gouvernement La chcrté dcs blés, qui commcuça à se faire sentir avec" question vcrs Ic milicu dc 1777, et allait s'accentuant de plus en plus pendant les deux années suivantes, mit immédiatement Necker en présence de cette question des subsistances qu'il avait traitée naguère comme un rhéteur. Il n'a pas encore de parti pris depuis le jour où il dénonça les marchands de grains. Il n'a pas médité la lumineuse argumentation de Turgot, démontrant que, lorsque le gouvernement se charge de pourvoir à la subsistance des peuples en faisant le commerce des grains, il fait seul et mal ce commerce ; qu'il lui est impossible d'empêcher le prix des blés de s'élever quand les récoltes sont mauvaises, et que les sacrifices faits par l'administration pour procurer un bas prix des grains, non seulement n'ont pas de limites, mais sont une aumône faite aux riches autant qu'aux pauvres * .

Dès le premier jour, l'administration indécise, tend à reprendre ses anciens errements, ceux de

< Voir La France sou'i Louis XVI, I, Turgot, p. 159 et suiv.

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ESPRIT INSURRECTIONNEL DES FRANÇAIS. il%

Terrai et de ses prédécesseurs, à propos de troubles qui ont eu lieu sur quelques marchés du Béarn et de la Guyenne. « Je ne peux que m'en rapporter aux moyens que M. Neckér croira devoir prendre ]^, écrit Amelot à l'intendant Terrai ; puis il félicite les États de Bigorre d*avoir décidé un approvisionnement de cinq cents sacs de blés par mois, qui seraient toujours livrés à 16 livres, à quelque prix qu'ils s'élevassent dans le commerce. « Je suis persuadé, dit-il, que ce plan, bien dirigé, ne peut être que très utile au pays. » En Guyenne, dans le marquisat de Séverac, des paysans avaient enlevé les blés des fermiers du prieuré. A Grenoble, le sang avait coulé dans une émeute. Dans le Languedoc et dans TAuvergne, la présence des marchands produisait une vraie fermentation parmi la population des campagnes* « Il est assez étonnant, disait le ministre, surpris des émeutes arrivées à Toulouse, que ces mouvements se fassent sentir dans un moment où ^e blé, malgré la légère augmentation survenue, est encore moins cher qu'il ne Ta été précédemment, »

Le ministre constate, comme dans ce que Ton a appelé la guerre des Farines, que les révoltes, dans plusieurs lieux, n'ont pas eu de cause apparente, <K puisque le prix du pain n'annonçait ni augmenlution ni disette », et que, dans certains cantons de Imtendance d'Orléans, oc quelques propriétaires se plaignaient de n'avoir pas le débit de leurs récoltes ».

Le gouvernement sollicita l'Espagne de permettre Ventrée en France de blés de l'Aragon, et obtint de ce pays vingt mille cahices de grains (49,282 hectolitres) fprt utiles aux provinces frontières, comme le Bigorre,

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populations.

i3Û LIVRE PREMIER.

qui souffraient d'une véritable famine. D'autres nations vinrent combler les vides existant dans les denrées alimentaires d'une manière fort inégale en France, si l'on en juge par les mercuriales de l'époque ^ inta^oDoei ^^ mauvaisc humeur des populations ne pouvait que croître sous l'impression de ces souffrances, et pousser aux résistances contre un gouvernement rebelle à leurs aspirations. Des paroisses des environs d'Orléans refusèrent nettement de faire leurs corvées sur la route conduisant au Mans, en s'appuyant sur la déclaration qui avait aboli cet impôt, et il fallut emprisonner les syndics des villages de Tripleville et de Binas, de Saint-Laurent-des-Bois et de Saint- Georges-sur-Lure, pour triompher de ces résistances« Les émeutes se multipliaient sous divers prétextes, à Bagnères, à Béziers, dans l'intendance de La Rochelle. Enfermé dans son ignorance, depuis la chute de Turgot, le gouvernement ne cherchait un remède à ces explosions du malaise des esprits que dans l'isolement des citoyens les uns des autres. Il se préoccupe d'un cercle ouvert à Marseille, où s'assemblent, le soir, des négociants. On dit, écrit le ministre, <c que le plus grand nombre des associés sont des protestants... Je vous prie de m'envoyer des éclaircissements un peu détaillés... et de me marquer... s'il n'est pas à craindre qu'il pût en ré-

< Le prix du blè fut, en 1778, en Normandie, de 3 livres 18 soub le boisseau, 80Î129 fr. 75 c. l'hectolilre; en 1779, il s'éleva à 4 livres 5 sous, 32 fr. 37 c. rhectolitre {Histoire de Bayeux, par Pluquet, p. 209). A Chartres, le setier de blé se vendait 19 livres 19 sous, soit 12 fr. 19 c. rhectolitre en 1778, et Tannée suivante, en 1779, il ne valait plus que 16 livres 9 sous, ce qui fait 10 fr. 50 c. Tliectolitre (Histoire de Chartres, par Dojcn, tomeir, p. 375. Chartres, 1786, in<8).

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