‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 37 sur 177 · LES DEVOIRS DES ROIS PAR FBËDÉRIC · texte numérisé non relu

LES DEVOIRS DES ROIS PAR FBËDÉRIC

sulter des inconTénients assez graves pour délerminer, dès à présent^ à les prévenir en faisant cesser cette association, n La loge des francs-maçons de Chamboulive» petite localité du Limousin» inquiète Amelot, qui voudrait interdire ses réunions, à cause de ce reffet qu'elle a déjà produit et des inconvénients qu'eHe peut occasionner ». Il n'y a pas jusqu'aux paisibles anabaptistes que redoute assez le gouvernement pour refuser au baron de Lan tillac d'en faire venir comme fermiers, parce que c'est « trop contraire aux règles et sujet à trop d'inconvénients d •

Personne, parmi les chefs de l'administration, ne semble se douter que « les princes, les souverains, les rois, ne sont pas revêtus de l'autorité suprême pour se plonger impunément dans la débauche et dans le luxe,.* • pour entretenir auprès de leurs personnes un tas de fainéants dont l'oisiveté et l'inutilité engendrent tous les vices, » comme l'écrit à cette même époque le roi de Prusse*

Traçant les devoirs d'un prince d'une main ferme et avec la précision et les connaissances d'un administrateur^ Frédéric affirme que a le prince est à la société qu'il gouverne ce que la tête est au corps, qu'il doit voir, penser et agir pour toute la communauté. «... Si l'on veut que le gouvernement monarchique l'emporte sur le républicain, ajoute-t-il, l'arrêt du souverain est prononcé : il doit être actif et intègre, et rassembler toutes ses forces pour fournir la carrière qui lui est ouverte, y» L'énumératicm de ce que doit connaître et décider le souverain, dictée à la fois à Frédéric par son génie personnel et par celui de Tépoque dans laquelle il vit, tranche de suite la

Les de? oin des roit décrits

par roi de I

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question qu'il pose. S'il est vrai que le roi doit avoir or une connaissance exacte et détaillée de la force et de la faiblesse de son pays, tant pour les ressources pécuniaires que pour la population, les finances, le commerce^ les lois et le génie de la nation »; s'il doit se souvenir <e de Tétat du pauvre peuple» se mettre à la place d'un paysan et d'un manufacturier, et se dire : Si j'étais né dans la classe de ces citoyens dont les bras font le capital, que désirerais-je du souverain » ? s'il est nécessaire qu'il soit « le premier juge, le premier général^ le premier financier, le premier ministre de la société », non pour représenter, mais pour remplir effectivement « les devoirs que ces noms imposent )>, parce que <c les hommes s'attachent à ce qui leur appartient », et que TÉtat n'appartenant pas aux ministres, ce ils n'ont pas son bien véritablement à coeur » ; si toutes ces conditions longuement énumérées sont indispensables, il est évident qu'un roi ne peut être, aux yeux d'un homme sensé, qu'une rare exception.

Après l'aveu que bien des princes c ont peu réfléchi sur leur institution et sur les devoirs qui en dérivent » ; qu'ils « ont porté une charge dont ils ont méconnu le poids et l'importance » ; qu'ils se sont <r fourvoyés faute de connaissance », Frédéric est loin d'attacher une sorte d'infaillibilité à un pouvoir héréditairement transmis ; car il ajoute que les princes les plus éclairés peuvent se tromper, « parce que, dans un pays étendu, le prince ne saurait être partout 2>, et que oc tel est et sera le destin des choses d'ici-bas, que jamais on n'atteindra au degré de perfection qu'exige le bonheur des peuples; qu'en fait de

L'INTOLÉRANCE EST UiN ACTE DE DÉMENCE. 133

gouvernement, comme pour toute autre choBe, il faudra se contenter de ce qui est le moins défectueux b .

Les conclusions d'un souverain qui a mérité conci«8iooi l'admiration des peuples, autant par Taudace de ses ^unéomeitt' ' entreprises que par la sagesse qu'il a mise à les pro- ^'rlK^^M. portionner à ses forces, se résument dans ces mots, à propos de la tolérance nécessaire en fait de religion : ce Me faudrait-il pas être en démence pour se figurer que des hommes ont dit à un homme, leur semblable : Nous vous élevons au-dessus de nous parce que nous aimons l'esclavage, et nous vous donnons la puissance de diriger nos pensées à votre volonté ? Ils ont dit, au contraire : Nous avons besoin de vous pour maintenir les lois auxquelles nous voulons obéir, pour nous gouverner sagement, pour nous défendre ; du reste, nous exigeons de vous que vous respectiez notre volonté. »

Frédéric, dans son remarquable Essai sur les formes Frédéric, de gouvernement, tend à penser qu'il est dans la ciJ^^^wn^B destinée des hommes de vivre sous la directioq d'un chef unique ; car, si selon lui la monarchie peut être le pire des gouvernements, elle peut être aussi le meilleur de tous. Frédéric, qui accueille plus d'un roturier, n'a d'estime sérieuse que pour les nobles. Son dédain pour la populace, qu'il ménage comme un propriétaire intelligent fait de son troupeau, est presque égalé par le chef des classes moyennes. ^ J'entends par peuple, écrit Voltaire à Damilaville, la populace, qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps et la capacité de s'instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me parait essentiel

de la Frmneo •ld«rAmériqM.

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La démoeret(« défendue

et décrite par Voltaire.

qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, c'est le- bon bourgeois, c'e^ l'habitant des villes; cette entreprise est assez forte et assez grande, b

Placés au point de vue que leur permettaient leurs habitudes et les conditions de leur existence, ces deux hommes ignorent ce que produiront sur leurs successeurs des conditions intellectuelles et matérielles différentes. Ils ressemblent au voyageur gravisisant une montagne, qui à chaque pas voit grandir le pays développé à ses pieds et ne sait pas jusqu'où s'étendra Thorizon à la halte prochaine.

Les classes moyennes de la France qui avaient la fierté que donne le développement intellectuel, saluaient avec une ardente sympathie leurs pairs d'Amérique, qui soutenaient une héroïque lutte en dépit delapopulace, c'est-à-dire de cetteréunion d'hommes chez lesquels l'intelligence n'est pas née ou a été étouffée par les vices, et des classes les plus riches qu'énerve souvent une vie trop facile. En rapport direct avec les masses populaires, elles avaient communiqué presque à leur insu leurs passions et leurs idées à une foule qu'attachait à elles le cours naturel et irrésistible des choses.

Voltaire, imitant les pythies antiques qui rendaient des oracles malgré elles-mêmes, avait prêché la démocratie, tout en ne croyant pas à la possibilité de faire descendre les lumières jusque dans les couches les plus profondes de la société. <r Je vous avouerai, disaitil avec sa verve de bon sens, que je m'accommoderais

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VOLTAIRE DÉFINIT LA DÉMOCRATIE. ns

assez d'un gouvernement démocratique. Je trouve que ce philosophe avait tort qui disait à un partisan du gouvernement populaire : Commence à ressayer dans ta maison, tu t'en repentiras bien vite. Avec sa permission, une maison et une ville sont deux choses fort différentes. Ma maison est à moi^ mes enfants sont à moi, mes domestiques, quand je les paye, sont à moi; mais de quel droit mes concitoyens m'appartiendraient-ils ? Tous ceux qui ont des possessions dans le même territoire, ont droit également au maintien de Tordre dans ce territoire. J*aime à voir des hommes libres faire eux-mêmes les lois sous lesquelles ils vivent, comme ils ont fait leurs habitations. C'est un plaisir pour moi que mon maçon, mon charpentier, mon forgeron, qui m'ont aidé à bâtir mon logement, mon voisin l'agriculteur et mon ami le manufacturier, s'élèvent tous au-dessus de leur métier, et connaissent mieux l'intérêt public que le plus insolent chiaoux de Turquie. Aucun laboureur, aucun artisan, dans une démocratie, n'a la vexation et le mépris à redouter; aucun n'est dans le cas de ce chapelier qui présentait sa requête à un duc et pair pour être payé de ses fournitures : « Estce que vous n'avez rien reçu, mon ami, sur votre partie. — Je vous demande pardon, Monseigneur, j*ai reçu un soufflet de monseigneur votre intendant. » Plus « les lois de convention se rapprochent de la loi naturelle, disait-il une autre fois, et plus la vie est supportable ». Puis, jugeant les gouvernements populaires avec son ferme et impartial génie, il écrivait : « Une république n*est point fondée sur la vertu : elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen

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qui contient Tambition des autres, sur Torgueil qui réprime, sur le désir de dominer qui ne souffre pas qu'un autre domine. De là se forment des lois qui conservent l'égalité autant qu'il est possible : c'est une société où des convives, d'un appétit égal, mangent à la même table. »

Semblables aux Américains, qui, au début de leur lutte contre l'Angleterre, ignoraient le but qu'ils voulaient atteindre, les Français s'étaient attachés à récrivain de Ferney, comme à l'organe de leurs volontés, comme au prophète de leurs espérances. Peu leur importait que ce prophète eût courtisé les grands, eût courtisé les rois, comme lui reproche de nos jours plus d'un apôtre attardé des privilèges et de l'intolérance; ils comprenaient, comme l'écrit un de ses contemporains, Suard, que ceux qui le représentaient comme le flatteur des rois et le fauteur du despotisme, « ont bien sottement apprécié ses ménagements qu'il n'avait pour la puissance que dans la vue de la fléchir en faveur de la philosophie, et de faire passer sans obstacle des vérités qu'il croyait utiles au genre humain ». Ils l'avaient élu pour leur chef, pour leur représentant, et Paris, le centre intellectuel de la France, allait, en le recevant en face d'un gouvernement aveuglé, mettre en pleine lumière la violence redoutable des passions qui fermentaient dans la nation *.

• Àrehivet mtionalesy 0*473, année 1777. Le nninîstrc de la maison du roi à Dooet de La BouUaye, 5 août, 12 octobre, 9 décembre; à Terrin, 30 septembre, 2 novembre; à Chazerat, 5 décembre, au comte de Périgord, 13 décembre; à Daine, 30 octobre. p«474, année 1778. Le jniniBtre de la naaison du roi à M. de Cypierre, 13, 18 et 20 mars, 8, 23 am), 5 août; à Lambert, prévôt général de la marécbaassée d'Orléans,

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TRAITÉ ENTRE LA FRANCE ET L'AMÉRIQUE. i37

Au moment où Voltaire pensait à revoir Paris, sa Tra^é d'amitié

* . ' et de commefce

ville natale, dont l'avait tenu éloigné le caprice a un euireUFi-ancar

, , , .,...11 1 1 et les Éiau-Unis,

pnnce, les événements liaient de plus en plus la eféYnerms. . France à un pays révolte contre un roi. Le 6 février, un traité de commerce et d'amitié reconnaissant l'indépendance deTAmérique, décidait que les Américains seraient traités, sous le rapport des droits et des impôts, comme la nation la plus favorisée ; et que le roi défendrait autant qu'il le pourrait les vaisseaux des États-Unis contre les Barbaresques. L'article 23 admettant la liberté la plus complète pour les navires de transporter les marchandises ou les personnes appartenant à des nations ennemies ou amies, quels que soient les ports vers lesquels ils se dirigent, ne faisait d'exception que pour les canons, les bombes, piques, épées, lances, enfin tout instru* ment de guerre, qui étaient traites d'objets de contrebande. Le préambule du traité d'allianoe portait « qu'il était conclu, pour le cas où l'Angleterre, par ressentiment de la liaison et de la bonne correspondance, suite du traité d'amitié et de commerce,

28 man, 8 ft^ril ; à Necker, 20 mars, 5 août ; h Chazerat et k du Deffand, prévôt général, 9 avril; à Vergennes, 11 avril. 16 mai; à Douet de La BouUaye, 17 avril, 8 octobre, au comte de Périgord, 19 juin; à Poyvert, à Lecomte, procureur général; aux capitouls de Toulouse, 17 juin ; au garde des sceaux, 12 juillet; au marquis de Bonnae, 9 août, à de La Tour, 3 juin. 0*475; année 1779. Le ministre de .la maison du roi à Necker, 4 mars, à Daine, 3 décembre ; au marquis de Lemps, 2 et 7 tvrl); au eomte de Périgord; au procureur du roi de la maréchaussée d'Aix; au garde des sceaux, 6 mai, 13, 20 juin; à Saint-Priest, 8 juillet; à Meulan d'Ablois; à Necker, 3 décembre. Corres^tondance secrète et inédite sur Louis IVl, Marie-Antoinette, la cour et la ville, publiée par Lescure, tome f, p. 179. ~ Œuvres posthumes de Frédéric lly roi de Prusse, tome VI, p. 63, Gi, 66, G8, 77, 84, 86 et suiv. — Œuvres de Foliaire, tomes XXXIX, p. 433; LXIÏÎ, p. 114; LXVI, p. 56 et suiv., 61. — Mélanges de liuérature publiés par Suard, Paris, 1808, in-8,loaM I»p. SI .

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f38 LIVRE PREMIER.

romprait la paix avec la France, sait par des hostilités directes, soit en empêchant son commerce et la navigation d'une manière contraire au droit des gens;... dans ce cas, Sa Majesté et lesdits États-Unis étaient résolus de joindre leurs projets et efforts contre les entreprises de leur ennemi commun d. Dans Tarticle 2, il était dit que Tobjet essentiel et direct de l'alliance défensive était de maintenir efficacement la liberté, la souveraineté et Tindépendance absolue et illimitée des États-Unis, tant en matière de gouvernement que de commerce. L'article 8 portait rengagement pris par le roi , en cas de guerre entre la France et l'Angleterre, « de ne déposer les armes qu'après avoir fait reconnaître, par la Grande-Bretagne, l'indépendance et la souveraineté des États- Unis de l'Amérique. »

Le traité avec Uu mois après la signature simultanée de ces deux estcommMTqué traîtés, Tambassadcur de France à Londres, le ^Loiîdresf* marquis de Noailles, avait ordre de communiquer 43 mars 1778. jj^^ mluistrcs anglais la convention qui liait les États- Unis avec la France. « Le roi a fait dire au roi d'Angleterre, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, qu'il avait fait un traité avec les Américains. Milord Stormond a reçu dimanche ordre de sa cour de quitter la France. Il y a apparence que notre marine, dont on s'occujte depuis longtemps, va bientôt être en activité. Dieu veuille que tous ces mouvements n'amènent pas la guerre de terre ! t Puis elle continuait sans transition: « Nous avons eu une affaire dans laquelle le roi m'a montré bien de la confiance et de Tamitié. Dieu merci, elle est finie mieux qu'on ne pouvait Tespérer. »

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politique, mars 1778.

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