‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 38 sur 177 · MADAME DE BOURBON KT LE COMTE DARTOIS · texte numérisé non relu

MADAME DE BOURBON KT LE COMTE DARTOIS

L'affaire que la reine semblait mettre presque au Quereiiedebid niveau d'une guerre avec TAnj^leterre, était une uDe^ql^^sûon querelle qui avait eu lieu au bal de l'Opéra. Vivement intriguée par le comte d'Artois, la duchesse de Bourbon avait voulu arracher le masque de son interlocuteur, quand ce prince, irrité, repoussa son agression en froissant celui de la princesse. L'aventure ne tarda pas à devenir publique, chacun la raconta à sa manière, et l'insulte qui avait pour cause une jalousie entre M"' de Canillac et la duchesse, prit en un instant les proportions d'une question politique. Les nouvellistes affirmèrent que M°** de Bourbon avait dit au roi <r qu'elle demandait moins une réparation comme princesse que comme femme et citoyenne, dont la plus infime doit être respectée partout, et principalement sous le masque » . Tout Paris prit fait et cause pour elle , les femmes surtout se déchaînèrent contre le comte d'Artois, dit Besenval, qui, écrivant sa narration en 1778, sous l'impression du moment, ajoute cette remarque caractéristique : « En général, le public, on ne sait pourquoi, n'aimait pas la famille royale, la reine, et M. le comte d'Artois surtout. » Chargé de rétablir la concorde entre les personnages compromis dans la querelle, Besenval nous initie à des détails puérils, qui contrastent étrangement avec la gravité des fonctions attribuées aux princes par Timagination populaire. La princesse, d'après lui, avait dit « que le comte d'Artois était le plus insolent des hommes, et qu'elle avait pensé appeler la garde du bal de l'Opéra pour le faire arrêter » ; propos relevé par Maurepas comme un manque de respect au roi, qui

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nécessitait des excuses. Le prince de Condé, chef de la famille, ne s'y refusait pas, « mais il ne voulait pas articuler que jamais lui, ni ce qui lui appartenait, ne manquerait à Sa Majesté ni à la famille royale* C'était précisément ce mot de famille royale qui faisait la pierre d'achoppement, parce que les rois ne veulent pas considérer les princes comme en faisant partie, et les princes veulent toujours en être. Comme chacun tenait bon de son côté, cela occasionna beaucoup d'allées et de venues qui n'aboutissaient qu'à faire manquer M. le prince de Condé aux rendezvous que le roi lui donnait. Enfin Sa Majesté ordonna à M. le prince de Condé de se rendre à Versailles, suivi de M. et deM°"' la duchesse de Bourbon, et, les ayant fait entrer dans son cabinet, où était M. le comte d'Artois, il signifia, non pas en père de famille, mais en roi, qu'il voulait que le passé restât dans l'oubli, et surtout qu'on n'en reparlât plus ». M"*" de Bourbon, continue Besenval, <r en assurant le roi que son intention n'avait jamais été de lui déplaire, n'avait pas ajouté et à la famille royale. M. le comte d'Artois ne lui avait fait aucune réparation ; par conséquent elle se tenait toujours pour offensée, et M. le duc de Bourbon se croyait obligé d'en demander raison »• Un duel fut donc résolu en famille : il eut lieu au bois de Boulogne. Après cette sorte de comédie, qui pouvait être sanglante, malgré la politesse des combattants vis-à-vis l'un de l'autre, chacun des adversaires vint chercher au théâtre l'approbation du public. La duchesse de Bourbon fut reçue à la Comédie française avec de tels transports qu'elle en versa des larmes, affirme un journal ; son époux

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