‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 46 sur 177 · VOLTAIRE AU THEATRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE AU THEATRE FRANÇAIS

qnî Tattendaît, dont le nombre, grossi de gens de vouaire an

^ . ,. •, . ,. . » ., Théâtre Français.

toutes conditions, remplissait non seulemewt la cour du Louvre mais celle des princes, jusqu'aux Tuileries où se trouvait alors le Théâtre Français. La terrasse du jardin était couverte de inonde et du plus loin que la voiture fut aperçue, des battements de main, des cris de joie s'échappèrent d'une multitude en délire. Quand le vieillard descendit de son carrosse, avec sa grande perruque à nœuds grisâtres, ses longues manchettes de dentelles et son habit de velours cramoisi doublé d'hermine, costume qui était de mode quarante années avant, l'attendrissement et l'admiration furent portés au comble; La foule se pressait pour venir à lui, puis se rejetait en arrière pour lui livrer passage. Lorsque appuyé sur le bras du procureur Clause et du marquis de Villette, il entra dans la salle et commença à monter les degrés qui conduisaient à la loge des gentilshommes de la chambre, il se vit arrêté à chaque pas par des dames de la plus haute société qui cherchaient à le voir, à le toucher et dont plusieurs arrachèrent, dans leur enthousiasme, des poils de sa. fourrure. A peine fut-il assis entre M"* Denis et M°"* de Villette, que le parterre tourné vers lui, cria tout d'une voix : La couronne ! La couronne ! L'acteur Brizard entrant dans la loge plaça sur la tête du poëte une couronne de laurier. « Ah ! vous voulez donc me faire mourir à force de gloire », articula Voltaire d'une voix étranglée par l'émotion, la joie et les larmes. Il voulut passer la couronne à M*"' de Villette à laquelle le parterre criait de la rendre au poëte, jusqu'à ce le prince de Beauvau fit cesser le débat en

exécutant les ordres du public et la pièce commença. Ce ne fut qu'une longue suite d'applaudissements frénétiques aux endroits où reparaissait la jeunesse du grand écrivain et de silence respectueux, dit La Harpe, aux parties du dialogue où sa vieillesse se faisait sentir. La toile tombée, le public se reprit à applaudir avec plus de vivacité que jamais quand les comédiens entraînés par a un enthousiasme et une ivresse qu'il faut avoir vu pour y croire^ » écrit d'Alembert à Frédéric, firent à la hâte les apprêts d'une manifestation semblable à celle que l'actrice Clairon avait exécutée quelques années avant dans son salon. Le buste de Voltaire fut porté sur le théâtre, des vers s'improvisèrent et quand la toile se releva c'était une place publique « ou l'on venait d'ériger un monument à la gloire du génie. A ce spectacle sublime et touchant, qui ne se serait cru, écrit Grimm, au milieu de Rome ou d'Athènes ? Le nom de Voltaire a retenti de toutes parts avec des acclamations, des tressaillements, des cris de joie, de reconnaissance et d'admiration. L'envie et la haine, le fanatisme et Tintolérance n'ont osé rugir qu'en secret, et pour la première fois peut-être, on a vu Topinion publique en France jouir avec éclat de tout son empire. C'est Brizard en habit de Léonce, c'est-à-dire en moine de Saint-Baxile, qui a posé la première couronne sur le buste; les autres acteurs ont suivi son exemple, et après l'avoir ainsi couvert de lauriers, M""' Vestris s'est avancée sur le bord de la scène x> en face de Voltaire couronné, comme Tétait son image de marbre et s'adressant à lui, dit :

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