MORT DE VOLTAIRE
€ Monsieur de Voltaire, dit-il en propres termes, pwoiesduoaré
' *^ "^ , ^ àid Saint -Sulpke
d'après La Harpe, vous êtes au dernier terme de àvoiiaire;
votre vie : reconnaissez-vous la divinité de Jésus- par
Christ? D Le malade, étendant sa main et repoussant voitai^expî^u
le curé, répéta deux fois : ce Jésus^Christ ! Jésus- ^ "^ *^'
Christ ! laissez-moi mourir en paix, » Vous voyez
bien^ dit M, de Tersac à Gaultier, qu'il n'a pas sa
tête. Et il sortit avec lui, A ce moment, la garde
s'étant approchée du lit. Voltaire lui montra les deux
prêtres qui s'éloignaient , en s'écriant d'une voix
assez forte : Je suis mort, a Je priai, ajoute Gaultier
à son récit, les parents de me faire avertir dès que la
connaissance lui serait revenue ; ils me le promirent.
Hélas! je me proposais de revoir le malade lorsque,
le lendemain, on m'apprit qu'il était mort trois
heures après que nous l'eûmes quitté, c'est-à-dire
le 30 mai 1778, à onze heures du soir. »
« Jusqu'au dernier moment, dit plusieurs années après, M"* de Villette à lady Morgan, qui l'interrogeait sur la fin de son bienfaiteur, oc tout respira la bienveillance et la bonté de son caractère ; tout annonça en lui la tranquillité et la paix, la résignation, sauf le petit mouvement d'humeur qu'il montra au curé de Saint-Sulpice, quand il le pria de se retirer en lui disant : Laissez-moi mourir en paix. »
Telle fut la fin d'un vieillard qui regrettait vivement la vie, et devait porter, aux yeux de ces foules ignorantes qu'entraîne la société dans sa marche, sans qu'elles aient conscience de leurs propres idées, la responsabilité d'une évolution sociale qu'il n'avait pas fait naître, mais dont il avait com-
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QD icaDdale.
pris le but et earactérisé mieux que personne la portée.
Mesures arrôtéea Le iwinistre de la maison du roi Atnelot, forcé de
par ia famille
pour empêcher tenir coiîipte des dispositions de la magistrature, du clergé et d'une population ardente, conseilla à tout le monde le silence. L'archevêque de Paris et le curé de Saint-Sulpice, ne croyant pas à la nécessité d'un scandale que des fanatiques, comme M™ de Nivernais et de Gisors, appelaient de tous leurs vœux, se prêtèrent aux arrangements qui pouvaient sauvegarder leurs scrupules, a Je consens, écrit M. de Tersac, que le corps de M. de Voltaire soit emporté sans cérémonie, et je me départs à cet égard de tous les droits curiaux. d L'abbé Gaultier écrivit à la suite du consentement du curé : a Je soussigné certifie à qui il appartient, que je suis venu à la réquisition de M. de Voltaire, et que je l'ai trouvé hors d'état de l'entendre en confession, d Le ministre donna une autorisation de transporter le corps à Ferney ou ailleurs, et la famille, qui craignait que l'évêque d'Annecy, moins prudent que l'archevêque de Paris, ne fit un éclat qui amènerait peut-être une émotion populaire, convint avec Amelot qu'il serait déposé dans l'abbaye de Scellièresen Champagne. Pour empêcher la profanation des restes de Voltaire, il fallait se hâter, car si le public assiégeait les abords de sa demeure pour demander de ses nouvelles quand il n'était déjà plus, des scènes d'exaltation d'un autre genre se produisaient ailleurs, comme l'on en peut juger par la bizarre manifestation des religieuses de Saint- Joseph, sous les fenêtres de la marquise du Deffand, en punition de la visite faite dans leur maison par son ancien
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KNTERREMENT DE VOLTAlRt:. 183
ami, comme la profusion d'inspirations poétiques remplies d'anathèmes contre legrand écrivain, que dictait la haine aux Trappistes de Mortagne, comme la précaution qu'aurait prise, à ce qu'affirme le prince de Barialinski, le curé Tersac de faire tenir un registre, par la garde-malade installée à Thôtel de Yillette, de tout ce que Voltaire dirait contre la religion pendant sa dernière maladie^ afin de pouvoir repousser en justice les prétentions de la famille si elle eût voulu forcer le clergé de procéder à un enterrement.
Dès le lendemain même de la mort, il fut procédé ^^^jJ^f.JJ^baT'* à l'embaumement du corps, et Voltaire, revêtu d'une de sceinères;
lettre de l'étèque
robe de chambre, coiffé d'un ample bonnet de nuit, de iroyes. fut installé dans un carrosse à six chevaux, dans l'atti- labbé. tude d'un homme endormi. Ce jour-là, 31 mai, ^J°*"*^*l'abbé Mignot descendait au monastère, expliquait au prieur le malheur qui lui était arrivé, et lui demandait d'accueillir les dépouilles de son oncle jusqu'à ce qu'elles puissent être menées à Ferney, où il il avait désiré être enseveli. Le lendemain arrivait, à midi, le corps qui fût déposé sur une table, mis dans un cercueil, et présenté à l'église à quatre heures. Le 2 juin, à cinq heures du matin, les prêtres des environs vinrent dire plusieurs messes basses, suivies d'une messe haute de Requiem^ et le cercueil fut mis dans une fosse creusée dans la partie de l'église séparée du chœur. La cérémonie était finie depuis quelques heures quand le prieur reçut une lettre de l'évêque de Troyes,qu'avaitprévenuàlahâterarchevêquedeParis. « Je viens d'apprendre. Monsieur, disait-il, que la famille de M. de Voltaire, qui est mort depuis quelques jours, s'était décidée à faire transporter
son corps à votre abbaye pour y être enterré, et cela parce que le curé de Saint-Sulpice leur avait déclaré quMl ne voulait pas l'enterrer en terre sainte. Je désire que vous n'ayez pas encore procédé à cet enterrement ; ce qui pourrait avoir des suites fâcheuses pour vous... » — a Je reçois à l'instant, Monseigneur, répondit le prieur, à trois heures après midi, avec la plus grande surprise, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, en date du jour d'hier, 2 juin ; il y a maintenant plus de vingt-quatre heures que l'inhumation du corps de M. de Voltaire est faite dans notre église, en présence d'un peuple nombreux. Permettez-moi, Monseigneur, de vous faire le récit de cet événement. Dimanche soir, le 31 mai, M. Tabbé Mignot, conseiller au Grand conseil, notre abbé commandataire. . . arrive en poste. . . Il me dit, après les premiers compliments, qu'il avait eu le malheur de perdre M. de Voltaire, son oncle ; que ce monsieur avait désiré, dans ses derniers moments, d'être porté, après sa mort, à sa terre de Ferney, mais que le corps, qui n'avait pas été enseveli quoique embaumé, ne serait pas en état de faire un voyage aussi long; qu'il désirait, ainsi que sa famille, que nous voulussions bien recevoir le corps en dépôt dans le caveau de notre église... Aussitôt, M. l'abbé Mignot m'exhiba un consentement de M. le curé de wSaint-Sulpice, signé de ce pasteur, pour que le corps de M. de Voltaire pût être transporté sans cérémonie; il m'exhiba, en outre, une copie collationnée^ par ce même curé de Saint-Sulpice, d'une profession de foi catholique, apostolique et romaine, que M. de Voltaire a faite entre les mains d'un prêtre, approu-
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LE PRIEUR DE SGELLIËRES ET L'ÊVÉQUE DE TROYES. i85
vée en présence de deux témoins^ dont Tun est M. Mignot, notre abbé» et l'autre un monsieur le marquis de Yillevielle. Il me montra en outre une lettre du ministre de Paris, M. Amelot^ adressée à lui et à M* de Dompierre d'Homoy» neveu de M. Tabbé Mignot, et petit-neveu du défunt, par laquelle ces messieurs étaient autorisés à transporter leur oncle à Ferney ou ailleurs. D'après ces pièces, qui m'ont paru et qui me paraissent encore authentiques, j'aurais cru manquer au devoir d'un pasteur si j'avais refusé les secours spirituels dus à tout chrétien... il ne m'est pas venu dans la pensée que le ouré de Saint-Sulpice ait pu refuser la sépulture à un homme dont il avait légalisé la profession de foi, faite tout au plus six semaines avant son décès, et dont il avait permis le transport tout récemment au moment de sa mort ; d'ailleurs, je ne savais pas qu'on pût refuser la sépulture à un homme quelconque, mort dans le corps de l'Église, et j'avoue que, selon mes faibles lumières, je ne crois pas encore que cela soit possible... Je sais, d'après les Canons, qu'on ne refuse la sépulture qu'aux excommuniés, lata sententia, et je crois être sûr que M. de Voltaire n'est pas dans ce cas. Je crois avoir fait mon devoir en l'inhumant, sur la réquisition d'une famille respectable, et je ne puis m'en repentir. J'espère, Monseigneur, que cette action n'aura pas pour moi de suites fâcheuses; la plus fâcheuse, sans doute, serait de perdre votre estime ; mais, d'après l'explication que j'ai l'honneur de faire à Votre Grandeur, elle est trop juste pour me la refuser. »
Cette lettre, pleine de dignité, donne raison à
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d'Alembert quand il dit au roi de Prusse
Ne
Détails] ostiflés
par Taadace
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persislance des meDsoDges.
croyez pas, au reste, Sire, pour Thonneur de la nation, que tous dévots et même les évêques approuvent la conduite abominable qu'on a tenue à Tégard de ce grand homme. Parmi plusieurs prélats, je pourrais nommer Tarchevêque de Lyon... prélat qui ne craint pas d'être accusé de relâchement, puisqu'il est regardé comme janséniste ; il a dit hautement qu'il ne comprenait rien à la conduite du curé de Saint-Sulpice et de l'archevêque de Paris ; que rien n'était plus contraire aux lois el à l'usage constant de l'Église. . . Plusieurs curés pensent de même... Le curé de Sain t-Étienne-du -Mont... a dit publiquement qu'il l'aurait enterré dans son église entre Racine et Pascal, qui, en effet, y sont inhumés. ^
Si, comme le disait Voltaire, la vie d'un homme quelqu'il soit ne vaut pas quatre lignes d'écriture, quand elle n'est pas mêlée à celle de son pays, il est impossible de tenir ce langage pour celui qui est devenu y par suite des circonstances et de la nature de son génie, l'incarnation d'un siècle entier. Les détails dans lesquels nous sommes entrés se justifient par l'audace et presque la démence du mensonge que provoquent les passions politiques ou les passions religieuses. Les corporations dans lesquelles s'étaient cantonnés les maîtres de l'industrie comme les magistrats, les administrateurs des provinces comme les chefs du culte, s'unirent instinctivement pour rejeter sur un seul homme la responsabilité qui incombait à tout un peuple. Ne pouvant avouer qu'ils étaient, soit par leur propre faute, soit par suite de l'erreur du jugement de leurs adversaires, en
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