‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 52 sur 177 · LES ADMIRATEURS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LES ADMIRATEURS DE VOLTAIRE

Ctiiai que dans Athènes eût adoré la Grèce;

Que dans Rome, à sa table, Auguste eût fait asseoir.

Nos Céurs d'aujourd'hui n*ont pas voulu le voir*

a Qu'espérez- VOUS de tant de barbarie? écrivait Grimm indigné, qu'apprendrez-vous à l'univers en exerçant, sur cette dépouille mortelle, votre furie et votre vengeance, si ce n'est la terreur, l'épouvante qu'il sut vous inspirer jusqu'au dernier moment de sa vie ? Voilà donc quelle est aujourd'hui votre puissance ! un seul homme, sans autre appui que l'ascendant de la gloire et des talents, a résisté soixante ans à vos persécutions, bravé soixante ans vos fureurs, et ce n'est que la mort qui vous livre votre victime, ombre vaine, insensible à vos injures, mais dont le seul nom est encore l'amour de l'humanité et l'effroi de ses tyrans, . . Faibles et lâches ennemis de Tombre d'un grand homme... effacerez-vous son souvenir de la mémoire des hommes... Est-ce par quelques défenses puériles, par quelques anathèmes impuissants que vous pensez enchaîner ces torrents de lumière répandus d'un bout de l'univers à l'autre? Non, sa gloire est au-dessus de toute atteinte... L'opinion publique, l'hommage de tous les talents, celui des hommes distingués chez toutes les nations... avaient érigé pour lui une sorte de tribunal supérieur en quelque manière à tous les tribunaux du monde, puisque la raison et l'humanité seules en avaient dicté le code... c'est à ce tribunal respectable que Ton a vu s'évanouir plus d'une fois les foudres de l'injustice, de la calomnie et de la superstition : c'est là que fut vengée l'innocence des Calas, des Sirven et des Labarre. »

n. lâ

Ateaglement

fréquent

des

gouteroements.

Irrésistibles

forces

que créent

les

transformations

d'esprit chei

iQs peuples.

i94 LIVRE PREMIER

Terribles imprécations qui révélaient, dans le sein de la nation, dés passions ardentes prêtes à se changer en fureurs quand les classes éclairées du pays viendraient, par suite de leurs déceptions successives, à tendre la main aux foules. Turgot avait entrevu ce moment dangereux lorsqu'il disait au roi : a Tout mon désir est que vous puissiez toujours croire que j'avais mal vu et que je vous montrais des dangers chimériques. » Mais il est si difficile aux hommes de changer leurs habitudes d'esprit, d'accepter la discussion avec ceux qu'ils ont toujours dominé, qu'une sagesse prévoyante a été bien rarement départie aux chefs des peuples. Ces chefs du reste que l'imagination des foules idéalisent parfois au point de leur prêter des qualités surhumaines, sont le plug souvent aussi médiocres en intelligence que la plupart de leur^ sujets. Habitués, comme les fils de riches familles, à voir depuis l'enfance tous leurs désirs satisfaits, ils deviennent généralement inférieurs comme eux aux hommes qui ont eu à subir les luttes et les déceptions de la. vie pour se créer un bien être. Livrés, par syjt.e de leur éducation, à la merci de leurs serviteurs, ils dépendent d'eux, et l'histoire njontre, dans les phases brillantes que traverse l'humanité, plus de grands ministres que de grands rois.

La marche de l'intelligence étant soumise à des lois aussi irrésistibles que celles qui président au développement du corps, il se produit, sçjus la forme de fureurs meurtrières, des monstruosités intellectuelles semblables à celles que fait naître, dans le dopaaine physique, la compression forcée^des membres. La longue soumission des nations à leurs

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