‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 57 sur 177 · LES DISCIPLES DE ROUSSEAU ET CEUX DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LES DISCIPLES DE ROUSSEAU ET CEUX DE VOLTAIRE

L'espèce d'automatisme que révèlent les civilisations de la Chine, de Tlnde, de TÉgypte, de TAmérique avant les conquêtes de l'Espagne et de l'Eu* rope, en nous montrant les hommes construisant d'une façon à peu près identique leur ruche aux différents degrés de leur développement intellectuel, se fesait sentir à ce moment de l'histoire des Français. L'extension des classes moyennes qui puisent, au dire de Montesquieu, a dans la médiocrité et le mélange de la bonne et de la mauvaise fortune 2>, des sentiments de douceur et de pitié, avait contri* bué à semer partout des idées de liberté et d'égalité dans le cœur du peuple. Le bon sens de la nation, égaré dans l'cchauffement de la lutte^ pouvait la pousser à vouloir écraser ses adversaires en prônant les maximes du contrat social si facilement acceptées par Napoléon P% quand il disait à Sainte- Hélène, ce le premier devoir du prince est de faire ce que veut le peuple; mais ce que veut le peuple n'est presque jamais ce qu*il dit : sa volonté, ses besoins doivent se trouver moins dans sa bouche que dans le cœur du prince * . »

Mais l'esprit d'impartiale justice, le respect des

* Dans le Contrat social, on lit : « La volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utililé publique ; mais il ne s^ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la môme rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours : jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c'est alors seulement qu'il paraît vouloir ce qui est mal. » Le correctif que Napoléon trouve aux erreurs de jugement du peuple dans le cœur du prince, Rousseau le cherche dans l'isolement des hommes et dans des délibéralfons individuelles et solilaires : a Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la vérité générale, et la délibération serait toujours bonne, w (Courre* de Rousseau, tome VII, p. 51, 52.)

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Lei disciples de hommcs et dc la liberté individuelle devaîetit renaître et ceux de à h suilc des orages. Napoléon le sentait bien, car il parlait rarement avec éloge de Voltaire, nous apprend un compagnon de sa captivité. Il haïssait instinctivement, avec sa passion exclusive de gloire personnelle, l'écrivain qui avait aimé ses semblables et mis en lumière les besoins de l'humanité à tous les étages de la société. 11 ne devait pas s'écouler du reste une génération avant que la France soit conduite à expérimenter une seconde fois les théories de Rousseau et celles de Voltaire, appliquées par deux hommes que les événements avaient portés au pouvoir. Celui qu'on a nommé le César moderne, a légué à sa patrie Napoléon IIÏ qui, à l'imitation de son oncle, a cherché, dans la satisfaction de ses passions matérielles et des délires de son imagination, la voie dans laquelle il voulait conduire les Français, et l'écrivain de Ferney a reparu dans M. Thiers, dont la longue existence a été consacrée, comme la sienne, à la défense des aspirations, soit fugitives soit tenaces de la nation *.

* Àrchivet du ministère de la marine (Carton ËUts-Un», 1774-1786). Mémoire présentant une idée générale sur la rivalité de la France et de l'Angleterre, et le projet de nuire le plus aux Anglais en cas de guerre avec eux, par E. d'Arros (Carton Correspondance générale, 1777). Projet de descente en Angleterre, remis au roi Louis XVI par le comle de Broglie (Carton Campagne 1775). Blémoires et projets (Mémoire sur la manière dont la France peut disposer une descente en Angleterre, lu au grand comité assemblé chez M. de Maurepas, le 20 juillet 1778, et approuvé d*une voix unanime par tous les ministres du roi). Sur le projet de MM. le maréchal et comte de Broglie d'une descente en Angleterre, il est écrit, au-dessous du titre, par M. de Guibert : Manuscrit appartenant à Tauteur, c'est à ce qu'il paraît une copie faite en 1804, comme l'indique un chiffre au crayon.— La Minerve française, 1814, in-8, tome VIII, p. 59. — Œuvres de Montesquieu. Paris, 1795, in-12, tome H, p. 101. — //i«foirc du Consulat et de i'iFmjjire, par M. Thiers. Paris,

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