‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 71 sur 177 · D'ESTAING JUSTIFIÉ · texte numérisé non relu

D'ESTAING JUSTIFIÉ

vco d'un chef, si Bouille, exclusivement cantonné par le peu d'étendue de son intelligence, dans les devoirs de sa profession, se rapprochait des officiers de la marine par son hostilité contre les idées qui dominaient dans le public, il n'acceptait pas pour cela toutes leurs injustices contre d'Estaing. « C'est le seul amiral français, écrit-il, que j'aie vu tirer parti de ses frégates pour éclairer Tennemi, désoler son tîommerce et protéger le nôtre; qui ait fait sortir des divisions de vaisseaux pour Tinquiéter et le tenir en échec; qui ait accéléré les réparations de son escadre et ait eu la précaution d'avoir toujours un certain nombre de vaisseaux de garde, prêts à faire voile pour exécuter sur le champ les signaux et les mouvements que les circonstances imprévues peuvent exiger. » Résumé qui fait saisir les qualités capitales déployées par d'Estaing dans la mission qui lui avait été confiée, résumé que n'affaiblit pas la mauvaise humeur d'un soldat lorsque Bouille écrit brutalement au ministre, trois mois après l'arrivée de l'amiral : ce II m'est impossible de servir plus longtemps sous les ordres de M. d'Estaing. Si le sort des colonies lui est confié et que je ne reçoive pas mon congé, je vous préviens que je pars, et vraisemblablement plusieurs officiers supérieurs en feront autant. Je suis prêt à faire au roi tous les sacrifices possibles, ie^ consens même à être sous les ordres d'un officier général de mer si le bien du service l'exige, mais celui-là est au-dessus de mes forces. »

L'arrivée d'une flotte qui donnait aux Anglais une pribedesannoah supériorité maritime, tandis que les Français dispo- "^"«Tto^f*'*' saient de plus de troupes de terre que leurs adver- *• chtriwton.

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saircs, amena dans les Antilles une sorte de trêve tacite durant plusieurs mois. Pendant ce temps les Anglais débarquèrent des troupes en Géorgie^ à Tembouchure de la Savannah. Du mois de décembre 1778 au mois de septembre 1779 ils dominèrent cet État, battirent le général Lincoln envoyé à sa défense par le Congrès et entrèrent dans la Caroline du sud. L'attaque de Charleston échoua par suite de la faiblesse du parti royaliste vis-à-vis de ses adversaires, de Tattitude énergique des habitants de la ville et de Tarrivée de Lincoln avec de nouvelles troupes. Les exploits des Anglais se bornèrent, dans la Caroline comme dans le Connecticut, à des dévastations dans lesquelles ils employèrent souvent des nègres comme guides de leurs expéditions \ Conquête de vwe Lcs dcux flottcs s'étaicut reuforcécs ; les Anglais, snrTes An|uiis par Tescadre du commandant Rowley et les Fran- . çais par la venue de celle du comte de Grasse. L'ami-

* ÀTchivei de la marine. Campagnes. Carton 77. Lettre de d'Eslaiog & Laurens, président du conseil, 26 août 1778, dans laquelle sont retracées toutes lés difficultés qu'éprouva la flotte française en face de Sandy-Hook. Lettre de Gérard à d'Estaing (lettre en chiffres), du 28 août 1778. Correspondance générale. Relation de ce qui s'est passé à l'arrivée de M. d'Estaing à la Martinique et dans son expédition sur Sainte-Lucie, extraite d'une lettre détaillée écrite par un officier supérieur, témoin oculaire et partie agissante, en date du 1" janvier 1779. — Histoire de la guerre de l'indépendance ^ par Balta, tome IH, p. 3$5 et suiv., 391 et suiy., 396 et suiv., 403 et suiv., 405, 423 et suiv., 426 et suiv., 433 et suiv., 442 et suiv., 446 et suiv., 452 et suiv., 462 et suiv., 475 et suiv. — Mémoires du général Lafayette^ tome f, p. 190 et suiv., 193 cl suiv., 199 et suiv., 201 et suiv. Voir la lettre de Washington à Sullivan, p. 211, 213 et suiv., 217, 223. — Mémoires du marquis de Bouille, publiés par Berville et Barrière. Paris, 1821, in-8. On peut voir, dans le chapitre 1" consacré à un aperçu sur les causes de la révolution française, les opinions qui devaient créeriin antagonisme entre lut et l'amiral d'Ëstaiog. — £»<>< sur la vie du marquis de Bouille, par son petit-fils. Paris, 1853, in-8, p. 57 et suiv., 62 et suiv., 66, 67, 68.

19 juin 1779.

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CONQUÊTE DE LA GREiNADE. 2oo

rai Byron eut désiré un engagement maritime, mais d'Estaing quoique aussi fort en navires que son adversaire, voulait profiter de sa supériorité en soldats de terre. Apprenant, le 6 juin, que Byron quittant Sainte-Lucie, avait fait voile au nord vers Saint-Cristophe, pour protéger un convoi de bâtiments marchands partant pour l'Europe, il ordonna, sans perdre un instant, au chevalier Du Rumain de s'embarquer sur cinq de ses vaisseaux et de courir en sens inverse de Byron, s'emparer de l'île Saint-Vincent. Le pavillon français y flottait le 19 juin, peu de jours avant l'arrivée du chevalier de Lamotte- Piquet, avec six vaisseaux de haut bord.

D'Estaing, devenu par celte recrue, supérieur aux conquête do la Anglais à la fois sur terre et sur mer, résolut d'atta- 4 juiîicTi779; quer immédiatement la Grenade. Il quitta Fort- erdxsîïng. Royal, le 30 juin^ avec vingt-cinq vaisseaux de ligne, et douze frégates et parut devant l'île le t juillet. L'attaque fut vivement conduite par des troupes débarquées sous les ordres de plusieurs officiers que d'Estaing, cite avec éloge, et le 4 juillet, lordMacartney piqué de voir ses offres de capitulaiton rejetées par d'Estaing, se rendait à discrétion plutôt que d'accepter les conditions de Tamiral français. Macartney expliquant à milord Germaine, la raison qui l'avait fait agir ainsi , lui écrit : o: Le comte d'Estaing refusa tout net d'entrer dans aucune négociation; il rejeta nos articles in toto; il m'envoya aussitôt la lettre ci-jointe avec des propositions comme son ultimatum que votre Seigneurerie regardera sans doute comme le projet le plus extraordinaire qui soit jamais entré dans la tête d'un

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général ou d'un politique. M. d'Ëstaing, qui s'imaginait que la seule apparition de ses forces le mettrait en état de prendre Tile sans coup férir, avait apporté avec lui, de la Martinique, cette capitulation toute faite... Je n'eus pas besoin de délibérer pour déclarer que je ne signerais jamais de pareilles conditions... qui étaient non seulement aussi inouïes qu'humiliantes, mais encore si insidieuses et si équivoques.. • qu'elles auraient fourni en tout temps des prétextes pour priver les capitulants de leurs vies et de leurs biens. » Exagérations de Tamour-proprè blessé que d'Ëstaing réduit à sa véritable valeur, quand rendant compte de ses actes, il dit au ministre, avec une franchise où la bonhomie s'unit à la fine raillerie d'un homme maître de lui : a L'élonnemenl de lord Macartney de s'être vu forcé en aussi peu de temps, dans un lieu qu'il croyait inexpugnable, l'ont décidé à m'envoyer sur le champ proposer de capituler... Ce gouverneur général avait répondu avec autant de hauteur à ma sommation qu'il en avait témoigné, depuis plusieurs années, dans tous ses procédés avec la nation et avec les gouverneurs représentant Sa Majesté. Je l'ai imité pendant quelques instants. Deux de ses projets, qui n'offraient que les conditions de la Dominique plus ou moins adoucies ont été rejetés. Je lui ai envoyé, par M. le vicomte de Noailles, celles que je lui accordais. Il a mieux aimé se rendre lui et sa colonie à discrétion ; plusieurs heures que je l'ai forcé de prendre pour y réfléchir... ne l'ont pas fait changer d'avis. ^ Ce « lord Macartney, gendre de lord Bute^ écrit-il dans une autre lettre, n'est pas un homme indiffé-

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