‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 79 sur 177 · LES AMBITIONS DE L'EMPEREUR JOSEPH · texte numérisé non relu

LES AMBITIONS DE L'EMPEREUR JOSEPH

et de gloire militaire, avait jeté les yeux sur la Bavière lm ambiuons de dont le prince, sans héritier direct, devait avoir pour successeur TÉlecteur Palatin Charles-Théodore. Préparant à l'avance les voies à la réussite de ses projets, il avait^ moitié par menace, moitié par insinua* tion courtoise, obtenu la promesse d'une cession de territoire que ce prince lui abandonnait plutôt par désir de conserver la paix que par suite de sa reconnaissance des droits invoqués par l'empereur.

Joseph, comme l'en accuse Frédéric, avait-il jeté les yeux sur l'Orient pour enclaver, dans les frontières de son empire, la Servie et la Bosnie ; pensaitil, en promenant ses regards sur le midi de ses États, ajouter Trieste et le Milanais au Tyrol ? L'acquisition d'une partie de la Bavière qui lui ouvrait un passage vers le Tyrol, n'était-il, en supposant acquis le duché de Wirtemberg « auquel la cour de Vienne, dit Frédéric, pensait avoir des prétentions bien légitimes » que le commencement d'acquisitions a qui auraient formé comme une galerie qui de Vienne, en se liant les unes aux autres » conduisait l'Autriche « jusqu'aux bords du Rhin où l'Alsace, qui avait fait anciennement partie de l'Empire, pouvait être répétée, ce qui menait enfin à la Lorraine qui naguère avait été le domaine des ancêtres de Joseph, »

Frédéric, en exposantles prétentions de Joseph, ne fait tout au plus que devancer la naissance de quelques-unes d'entre elles, oc Le roi de Prusse, écrit Marie-Thérèse, le 30 juin 1777, à Mercy, ne laissera sûrement pas de faire à la France les insinuations les plus odieuses contre nos vues sur la succession de Bavière et contre nos projets de conquêtes sur la

Porte en cas de guerre avec la Russie. Il paraît, par la correspondance de Goltz, qye le roi de Prusse s'en est procuré quelque notion ou du moins .qu'il en soupçonne quelque chose. )> Deux ans avant cette lettre, Joseph, sur l'annonce mensongère de la mort prochaine de cet ennemi redouté, avait prescrit une réunion de troupes en Bohême. Il avait conçu à ce moment le projet, affirme Frédéric, d'offrir au successeur du trône de Prusse de rendre la Silésie ou de subir une guerre à laquelle il n'était pas préparé. Une iDsiîtution Ces combinaisons de deux souverains, l'œil fixé

royale ne doDoe

aucanegaranue sur la cartc, uou pour aidcr aux intérêts des nations,

de «ècurité aux . . i -i i

nauoDs. mais pour jouer au hasard de leurs convoitises et de leur vanité le bien-être et la vie des hommes, montre qu'une institution royale est loin de présenter les garanties dont on lui fait si souvent honneur en l'opposant au gouvernement des assemblées. Dan« cette froide discussion du roi de Prusse sur les prétentions qu'il attribue à son adversaire, dans les combinaisons de Joseph qui ne sont que le plagiat des moyens employés par l'ennemi de sa maison, il serait facile de trouver l'origine de l'exclamation de J.-J. Rousseau : ce l'espèce humaine divisée en troupeaux de bétail, dont chacun a son chef pour le dévorer. »

Le 30 décembre 1777 Tévénement escompté par l'ambitieux Joseph se réalisait. <c L'électeur de Bavière vient de mourir, écrit le 4 janvier 1778, Marie-Thérèse à Mercy, événement bien fatal et auquel j'ai toujours souhaité de ne pas survivre. » L'empereur, avait signe, la veille même de cette lettre, la convention qu'il négociait depuis quelque temps

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avec rélecteur du Palatinat et ses troupes entraient dans les pays cédés à rAutriche.

Les craintes de Timpératrice se réalisèrent immédiatement par l'espèce de soulèvement que provoqua dans l'Europe entière ce procédé violent. L'an^ nonce d'une guerre prochaine courut dans Paris ; plus d'un officier pensa à la formation de ses équipages et la reine écrivit à la comtesse de Polignac : a qu'elle craignait bien, en effet, que dans loccasion présente, son frère ne fit des siennes », imprudentes paroles que Mercy se hâta de relever « en lui représentant toutes les conséquences d'un propos de cette nature, puisque s'il était connu des ministres français, ils ne manqueraient pas d'en conclure que la Reine, loin d'adopter les vues de son auguste maison et de les soutenir, les craint au contraire et les désapprouve. » Je suis maintenant certain, ajoute Mercy à Marie-Thérèse, que la reine, dans l'occasion, « réglera ses propos d'après les intentions de Votre Majesté. »

Marie-Thérèse, qui avait jugé avec l'intuition du M^rie-Thérèse génie, l'immense changement qui se produisait dans JJ^^et^JJ^^ouires l'esprit des peuples, qui repoussait, au début du règne, françaw. toute immixtion de sa fille dans les affaires politiques de la France, avait fléchi devant un danger présent et actuel. La perspective d'une guerre, d'une rupture de relations avec le cabinet de Versailles, lui faisaient oublier de sinistres pressentiments, et les intérêts de la France allaient subir la pression d'une mère qui veut à tout prix épargner à son fils les conséquences d'une conduite imprudente.

Les ministres étaient aussi vivement impressionnés que Louis XVI des embarras que pourrait faire sur-

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gir une guerre en Allemagne, au moment où les ' Français étaient engagés dans une lutte avec TÂngleterre. Aussi, quand Ma rie- Antoinette voulut reproduire à son époux les leçons de Mercy sur les affaires de Bavière, devant les manœuvres du roi de Prusse, insistant sur les dangers d'un refroidissement dans ralliance, le roi lui répondit brusquement : « C'est l'ambition de vos parents qui va tout bouleverser ; ils ont commencé parla Pologne, maintenant la Bavière fait le second tome; j'en suis fâché par rapport à vous, — Mais répartit la reine, vous ne pouvez pas nier, monsieur, que vous étiez informé et d'accord sur cette affaire de Bavière. — J'étais si peu d'accord, répliqua le roi, que l'on vient de donner ordre aux ministres français de faire connaître, dans les cours où ils se trouvent, que ce démembrement de la Bavière se fait contre mon gré et que nous le désapprouvons. t>

Quand le roi de Prusse eut pris la défense des droits de l'électeur de Saxe qui réclamait, pour des biens allodiaux ^ situés dans la partie de la Bavière envahie par Joseph, une indemnité de quarante-sept millions de florins, quand il soutint les réclamations de l'électeur des Deux-Ponts, légitime successeur de l'électeur palatin, contre le traité conclu à Munich sans sa participation, Marie-Thérèse fut vivement émue. Découvrant ses craintes et ses ressentiments, elle écrivit à Mercy, en parlant du roi de

* Une terre aliodiale est une terre dont quelqu'un a la propriété absolue, et pour raison de laquelle le propriétaire n'a aucun seigneur à reconnaître ni aucune redevance à payer. (Encyclopédie méthodique, au mot : AUodiaK)

Prusse : a Nous deux ne pouvons exister ensemble, cela ferait un changement dans notre alliance (avec la France), ce qui me donnerait la mort. » Énergique expression des douleurs dont son âme était déchirée qui troubla au dernier point Marie*Antoinette, la fit pâlir et fut Tobjet de confidences de sa part à Tabbé de Vermond. Mercy dut apprendre à Vermond ce qu'il avait à dire, et quoique Marie-Thérèse écrivit, dans son affection de mère, ce je vous recommande dans cet instant plus encore la situation de ma fille que même nos affaires ^, elle ne pouvait tenir à ses dévorantes inquiétudes. Elle disait à Marie-Antoinette, à propos de la guerre: « Jugez de ma peine... l'empereur et le prince Albert y seraient les premiers acteurs ; l'idée seule me fait presque succomber. »

A ce moment la reine était sur le point de voir se crosgeAse de la réaliser les désirs qu'elle formait depuis tant d'an- 't'aTèref "* nées. Les obstacles qui empêchaient le roi d'espérer *^ ^^Sterct™' un héritier, avaient disparu depuis plusieurs mois, «* ^^ ^^"^^ *• et le public devisait chaque jour sur la possibilité d'une grossesse, quand le 19 avril 1778, Marie-Antoinette put enfin l'annoncer à sa mère. Tout à ses visées politiques, Mercy pensa de suite à profiter de cet événement et écrivit à sa souveraine. <K L'état de grossesse de la reine lui donne maintenant une consistance si supérieure à celle qu'elle a eue par le passé, qu'il en résulterait ici en tout sens les changements les plus avantageux si cette auguste princesse savait évaluer sa position, ainsi que tout le parti qu'elle en peut tirer, eu égard à la portée d'esprit et de caractère du roi et à la

l'ÎO • LIVRE DEUXIÈME.

tournure de ses ministres actuels. Je fais tout ce qu'il m'est possible pour éclairer les idées de la reine à cet égard... Le plus grand embarras consiste en ce que la reine ayant trop tardé à s'occuper des affaires sérieuses, elle n'en a point l'habitude. »

Une suite de lettres s'échangeaient, à cette époque même, entre Joseph et Frédéric, puis entre l'impératrice directement et le roi de Prusse, qui n'amenèrent aucun résultat, ce Nous voilà en guerre, écrit le 7 juillet Marie-Thérèse à Mercy... et quelle guerre ? Il n'y a rien à gagner tout à perdre. Le roi est entré de force à Nachod ; il va nous entourer de tout côté, étant plus fort de quarante mille hommes que nous ». Cette nouvelle fait fondre en larmes la reine, le roi, qui la trouve dans cette tristesse, verse des pleurs avec elle et lui déclare a qu'il ne pouvait supporter de la voir dans une si grande inquiétude, qu'il voulait faire tout au monde pour apaiser sa douleur, qu'il y avait toujours incliné, mais que ses ministres l'avaient retenu, le bien de son royaume ne lui permettant pas de faire plus qu'il n'avait fait. j> La reine, ajoute Mercy, « par une longue déduction, prouva alors au roi que son honneur et sa gloire même lui prescrivaient de toutes autres mesures contre le roi de Prusse. Le roi n'y contredit pas. » Puis l'ambasadeur continuant à rendre compte de cettre étrange diplomatie où une jeune femme comprend à peine la portée des arguments qu'on lui inspire, parle d'un entretien de celte princesse avec Maurepas ce celui-ci ayant voulu recourir à ses subterfuges ordinaires , la reine , élevant la voix lui dit : Voici, monsieur, la quatrième ou cinquième fois que je vous parle des affaires, vous

n'avez jamais su me faire d'autre réponse ; jusqu'à présent j'ai pris patience, mais les choses deviennent trop sérieuses et je ne veux plus supporter de pareilles défaites. » Puis se rappelant la leçon qu'elle avait reçue « elle exposa, dit l'ambassadeur, toute la suite des événements depuis le commencement de l'affaire, et montra comment la France s'était prêtée aux cajoleries du roi de Prusse et au lieu de le retenir, l'avait rendu, s'il était possible, plus opiniâtre. » Mercy ajoute « Maurepas, surpris d'entendre la reine parler avec tant de vivacité et de connaissance de cause, se confondit en excuses et en protestations de dévouement,» Que pouvait-il faire de plus? si ce n'est après avoir entendu, avec une respeclueuse politesse, Texpression des désirs de l'Autriche, d'essayer, par des voies détournées, de soustraire la France aux dangers d'une politique insensée. Les ministres français, d'accord avec le roi de Prusse, usèrent de toute leur influence à Constantiople pour empêcher la guerre entre les Turcs et les Russes.

La czarine^ débarrassée de toute inquiétude sur ses ''p^^^J^"^ ^' frontières, soutint avec hauteur la cause de son allié Manc-Antoineite

, . , . A . 1 ®^ Joseph II.

Frédéric, et Joseph n eut bientôt pour appui que le frêle dévouement d'une jeune femme qui, après avoir chapitré Maurepas, courait à une table de jeu jusqu'à deux heures du matin perdant quatorze cents louis en quelques jours, puis une autre fois décidait qu'elle se refuserait à tout amusement tant que dureraient les circonstances critiques où se trouvait sa maison, décommandait une fête à Trianon et ne reprenait ses habitudes de vie que sur les observations de sa mère. Mercy profita des quinze jours d'agitation

et d'inquiétudes de Marie-Antoinette pour « donner, à cette auguste princesse, comme il l'écrit autant d'idées qu'il était possible des affaires générales et de leur application aux principes du système actuel. i> La reine, ajoute-t-il, « est maintenant fort en état d'en raisonner avec le roi et les ministres », et, dans cette même lettre, il prie l'impératrice, par ordre de Marie-Antoinette, de demander a comme de son propre mouvement », le comte d'Esterhazy pour apporter à Vienne la nouvelle des couches de la reine de France. Moins heureux, à ce qu'il paraît, dans ses objections contre le choix de ce jeune seigneur que dans ses leçons de politique, il conseille à sa souveraine dé ne pas accéder aux désirs de sa fille et de refuser ce choix dans une lettre qui ne compromettrait pas son ambassadeur.

Mercy et Marie- Soucicux OC dcs dégoûts ct dcs tracasscrics » com^mettentia commc il l'écrit, quc produirait à la cour cette misîes^Fn^^çd?.* sion domestique accordée à un des habitués de la société Polignac, au détriment des plus grands seigneurs, Mercy n'a qu'une idée confuse de la violence et de la ténacité des passions qui se développaient au-dessous du monde où il vivait. Marie-Thérèse, frappée du vide qui s'est fait autour d'elle, et de la popularité du roi de Prusse, s'écrie avec anxiété : (( Nous avons négligé tout le monde, nous ne disons rien et le roi de Prusse prévient tout le monde par ses écrits, cajoleries et émissaires grands et petits )>. A quoi l'ambassadeur réplique : « Il est de grande conséquence que l'on ne tarde pas plus longtemps à répondre aux assertions insidieuses et fausses dont le roi de Prusse infecte toute l'Europe. Il y a ici la

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race indigne des encyclopédistes ou philosophes modernes qui sont ses apôtres et induisent tout le public en erreur. 11 n'y a que par la voie d'impression que l'on puisse remédier à pareil inconvénient. » Étrange, correspondance tenue trois mois à peine après le couronnement de Voltaire au Théâtre Français, inconcevable aveuglement en face de la puissance de ce fils d'un greffier du Parlement qui a fait plier la tête de tous les rois, constante confusion de la cause et de Veffet de la part d'une souveraine de génie et d'un ambassadeur d'une incontestable habileté. Aucun d'eux ne cherche l'origine de la popularité de Frédéric, aucun d'eux ne semble se douter qu'il existe une irrésistible force, en dehors du petit monde où il vit, qu'à entrevue le roi de Prusse et sur laquelle il s'appuie. Une mère pleine de sollicitude et de tendresse, un ambassadeur dévoué et alliant une affection presque paternelle au respect dû par un sujet, s'entendent pour entraîner malgré ellemême une malheureuse princesse dans des démarches incohérentes, qui attacheront à ses élans de tendresse pour sa famille, l'odieux d'une trahison nationale, et la feront baptiser, par les Français irrités, du nom d'un peuple ennemi de leur indépendance. Frédéric, fesant de la diplomatie et de la guerre pas» deTe^chen,

j , . . 1- • ^ . T *3mai 1779.

avec sa décision ordinaire, termina promptement une campagne « stérile en grands événements », comme il le dit. La paix signée à Teschen, le 13 mai 1779, mit fin aux anxiétés de Marie-Thérèse et des ministres français ; mais il est probable que l'intervention d'une reine, qui avait déjà indisposé la nation par ses prodigalités, resta dans le souvenir confus .

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Naissance de

Madame,

fille du roi,

depuis duchesse

d'ÀDgoulème,

19 décembre 1778.

de ce grand public ou tout se conserve, comme ces épaves perdues dans les profondeurs de la mer, Jusqu'au jour où une tempête les arrache des bas fonds pour les faire apparaître à la surface des eaux ^

La nouvelle de la grossesse de la reine avait causé, dès qu'elle fut annoncée, une véritable Joie, « elle lui a ramené, écrit un nouvelliste, bien des gens et a fait oublier, différents torts qu'ils imputaient à cette princesse excusable pourtant, ne fût-ce que par sa Jeunesse et son extrême vivacité. » Quand l'époque de l'événement attendu approcha, l'intérêt du public redoubla. « Il y a plus de deux cents personnes de qualité, restant ordinairement à Paris, écrit Mercy, qui sont venues s'établir à Versailles, où on ne trouve plus de logements et où les vivres ont triplé depuis cette époque. »

Dès les premières douleurs, le gouverneur de Paris dépêcha un de ses pages à l'Hôtel de ville où se réunit le conseil de la capitale , attendant avec impatience la fin de l'événement. Le ministre de la maison du roi écrivit à l'archevêque de Paris : « La reine étant actuellement en travail pour accoucher, le roi m'ordonne de vous en informer et de vous marquer qu'il désire que vous or-

* Correspondance secrète entre Marie- Thérèse et le comte de Mercy t tome ni, p. 88, 112, 115, 150, 151, 158, 161, 168 et suiv., 170, 171, 172, 174, 186, 196, 201, 219 et suiv., 221, 222, 227, 228, 229 et suiv., 231, 235, 239, 243 et suiv. -- Œuvres posthumes de Frédéric II, roi de Prusse^ tome V, p. 204 et suiv., 222 et suiv., 225 et suiv., 227, 232 et suiv., 259 et suiv., 265 et suiv., 293 et suiv., 314 et suiv. — Œuvres de JrJ, Rousseauy tome VHi, p. U. — Mémoires secrets pour servir à Vhistoire des lettres, tome Xlï, p. 81. — Correspondance secrète inédite, publiée par Lescure, tome I, p. 06.

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NAISSANCE DTNE PRINCESSE. 281

donniez des prières. » fl prévint le lieutenant de police, Lenoir de l'événenaent prévu, finissant par ces « mots : Les prières que l'archevêque ordonnera.... mettront bientôt le peuple en mouvement sur un événement aussi important et intéressant. » Le capitaine des gardes du gouverneur et un officier des gardes du corps du roi, venant ensuite simultanément, annoncèrent la venue au monde d'une princesse, et les présents, pour ce qu'on appelait l'ouverture du ventre, furent portés, suivant l'usage. La ville de Paris donna une botte d'or ornée du portrait de la reine à l'accoucheur Vermond. Des spectacles gratuits furent préparés pour le peuple, des jeunes filles pauvres furent dotées par la reine, et l'événement de leurs mariages, comme la naissance de la princesse, furent rappelés par des médailles frappées exprès pour consacrer ces souvenirs.

La joie naïve et désintéressée de la foule formait un singulier contraste avec la nature de celle qui régnait à Versailles. La perspective de la venue d'un enfant royal, en amenant des espérances de profits, y causait une émotion dont on annoblit trop souvent l'origine. Necker, témoin de cette sorte de liesse, renonça de suite à la singulière prérogative d'un contrôleur général a en suppliant y> le roi de le décharger du soin de faire exécuter la layette du prepremier enfant qui lui était né. La princesse de Chimay avait dû, sept mois à l'avance, s'occuper de « tout ce qui pouvait être utile au linge et dentelles delà reine pendant ses couches » et la princesse de Guéménée de tout ce qui avait rapport à l'enfant. Necker, d'accord avec le roi, fixa la somme desti-

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née à la layette à 110,000 livres; mais madame de Guémenée la fit monter à 187,000. La dépense de la garde-robe de la reine, fixée à 1SO,000 livres, qui avait été outrepassée de 37,106 livres, en 1777, le fut en 1778 de 64,521 livres et en 1779 de 106,108 livres. Chacun cherchait à s'approcher d'une source de revenus qui étaient si bien distribués par un pur caprice, qu'ils s'appelaient grâces dans le vocabulaire de la cour. Le comte de Lacépède, colonel au service d'Espagne, s'était empressé de solliciter la place de menin, c'està-dire de gentilhomme attaché à la personne du dauphin. Le ministre lui avait fait observer a qu'ilne serait pas question de sitôt de nommer des menins à l'enfant dont la reine était enceinte, » et répondait au baron d'Espagnac, qui recommandait une personne pour une place de femme de chambre, qu'il en fallait huit pour l'enfant à naître et qu'il y avait quatre à cinq cents demandes.

L9 roi et la relue Lc 8 févricr, la rcinc devait venir à Paris pour aisuteraa assistcr au Te Deum chanté en action de grâce de

^*^poTu*°^ son accouchement ; elle était joyeuse de ce voyage, °"i^°flnef* disait à tout le monde de venir la voir passer. Le

8féTrieri779. ^qj gyajt aunoucé a qu'il avait commencé à partager de nouveau la couche de la reine )> et il parlait de la venue prochaine d'un dauphin. « Cette nouvelle, ajoute le journaliste, répandue exprès parles favoris de Sa Majesté, jette la joie dans le public et ne contribuera pas peu à procurer des : Vive le roi ^ et la reine. » Les vingt-huit carrosses accompagnés de détachements de gardes du corps, chevaux-légers et des officiers de la fauconnerie, s'avancèrent dans

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