‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 80 sur 177 · SILENCE DES PARISIENS · texte numérisé non relu

SILENCE DES PARISIENS

les rues au milieu d'une foule compacte. La marchande de mode de la reine, mademoiselle Berlin, qui jouissait, comme on disait, de « l'honneur de travailler directement avec Sa Majesté pour tout ce qui concerne cette partie de sa garde-robe » était à son balcon, avec ses trente ouvrières, quand le cortège longeait la rue Saint-Honoré, « Ah! voilà mademoiselle Bertin, dit la reine, en l'apercevant, et elle lui fit de la main un signe de protection. Mademoiselle Bertin s'inclina, en faisant une révérence ; le roi se leva, applaudit des mains, autre révérence qui se reproduisit plusieurs fois, car toute la famille royale et les courtisans, imitant le maître, saluèrent la modiste à qui ces politesses donnèrent un relief merveilleux en augmentant , comme dit le nouvelliste, la considération dont elle jouissait déjà.

Celte promenade entréprise avec cet entrain de gaîté que révèle ce petit épisode, n'empêcha pas Marie-Antoinette de s'apercevoir que les cris de : Vive le roil vive la reine ! sur lesquels elle comptait, avaient été faibles et peu fréquents. Elle revint au château de la Muette d'assez mauvaise humeur et Ton crut, dans le public, que le lieutenant de police avait été réprimandé pour s'être trop fié sur le bon vouloir des Parisiens et de n'avoir point, suivant Tusage, distribué de l'argent pour ce qu'on appelle k&ahoyeursj destinés par leurs cris à mettre la populace en train. « Je ne dois point dissimuler à votre Majesté, écrit Mercy à l'impératrice, quelques jours après cette apparition de la famille royale à Paris, je ne dois point dissimuler que, lorsque le roi et la

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LlVnK OEUXIÈME.

reine sont venus à Paris, les démonstrations du public n'ont pas répondu tout à fait à ce que l'on aurait pu s'en proniettre. Il y a eu des acclamations de Vive le roi et la reine dans certains endroits de la ville ; dans d'autres, il a régné un grand silence, et on remarquait en général que l'empressement du peuple tenait beaucoup plus à la curiosité qu'à des mouvements d'affection. j> II ajoute : « Cette tiédeur avait quelques causes accidentelles, entre autre le renchérissement des vivres. Quoique la reine n'entre pour rien dans de semblables motifs, cependant l'humeur du public le rend plus disposé à la critique. L'idée de la dissipation et des dépenses qu'elle occasionne, enfin l'apparence d'un désir immodéré de s'amuser dans un temps de calamité et de guerre, tout cela peut aliéner les esprits et demande un peu de ménagement. »

Aveux précieux qui portent la lumière dans ces masses profondes où fermentent tant de passions ignorées. La jeune mère, entretenant de son enfant l'ambassadeur, lui développait ses projets d'un plan pour son épouse gggç q^ réfléchi d'éducation. « On a commencé à

et son enfant. °

retrancher les harangues usitées ci-devant, écrit Mercy à Marie-Thérèse, et on veut éloigner des premiers regards de l'enfant royal toutes les images de grandeur.... Le roi, auquel un exercice habituel est devenu nécessaire pour la conservation de sa santé, n'a pas voulu sortir du château, pour faire la moindre promenade, pendant les huit premiers jours des couches. Au réveil de la reine, il se trouvait le premier au chevet de son lit... et partageait le temps de la journée à aller de chez la reine auprès de son

Intérieur de la

famille royale,

projets de la

reine pour

l'éducation de

sa fille, tendresse du roi

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