‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 87 sur 177 · PENSIONS ET GRACES ACCORDÉES · texte numérisé non relu

PENSIONS ET GRACES ACCORDÉES

M. Berttn.est gratifié d'une pension de 69,000 livres et l'État paie 300 livres annuellement à une mère de sept enfants, la veuve du conducteur à la pourvoirie Podemain, qui a été écrasé par la voiture do ministre si bien dédommagé. La pensée de modération dans les dépenses n'a d'application que vis-à-vis des personnes étrangères à la cour. La veuve du savant La Condamine attend cinq ans la décision qui portera sa pension de 1,500 livres à 2,000 ; l'académicien Thomas n'a que 2,000 livres de pension; Saurin que 1,000 et l'historiographe Garnier, qui a droit à une pension de 1,800 livres depuis 1772, voit décider, par mesure d'économie^ qu'elle ne prendra date que du 1*' janvier 1780 et qu'il perdra par conséquent les huit années qui n'ont pas été payées. Quand M. Pauly sollicite une augmentation de pension, le ministre écrit au directeur de l'Académie des sciences :

a Je n'ai point laissé ignorer à Sa Majesté les travaux pénibles de ce géographe et surtout le service important qu'il a rendu aux sciences en rassemblant et en rapportant à l'Académie les expériences faites par l'abbé Chappe et qui eussent été perdues sans lui. Sa Majesté m'a dit que malgré toute la justice qu'elle rendait à ce géographe, il ne lui était pas possible, dans les circonstances présentes, d'accorder des pensions. y>

Au moment même oii il exprimait son refus, Ayiditédadnc

- ,,,,.. de Gaines et de

Mercy avertit Marie-Therese que « la reme, vive- m- de Lambaiie. ment sollicitée pour plusieurs grâces, s'est prêtée aux îhMànces de ses favoris et favorites... que le duc de OuineSw* a désiré que sa fille épousât le

300 uvRE deuxième:.

fils unique du marquis de Castries. t> Une des a premières conditions de ce mariage, écrit-il, a été que le roi daignerait doter Tépouàe d'une somme de cent mille écus* Cette demande, présentée par la reine et fortement appuyée par Sa Majesté a été combattue par le ministre des finances qui a objecté les besoins de l'État et l'embarras dans les moyens d*y suffire... Le duc de Guines a trouvé le moyen de terminer le mariage de sa fille avec le fils du marquis de Castries avec tous les avantages qu'il avait en vue, c'est-à-dire le titre de duc héréditaire pour son gendre et cent mille écus de dot pour sa fille... Il a fallu tout le crédit de la reine pour obtenir de pareilles grâces. Sa Majesté aurait voulu ne pas paraître les avoir effectuées, mais le public ne s'y est pas trompé. » Un mois après l'annonce de la réussite des desseins du duc de Guines, en septembre 1778, la reine se trouva presque réduite à la compagnie de la princesse de Lamballe, par suite d'une indisposition de madame de Polignac et du séjour à Tannée de la plupart des seigneurs qui faisaient partie de sa société habituelle. Cette disette de monde, qui tournait à son profit, pour employer les expressions de Mercy, fut immédiatement saisie par madame de Lamballe comme une occasion de gains personnels. La surintendante importuna la reine de demandes considérables et sollicita ce entre autre qu'une partie des domaines de la Lorraine lui fut accordée par acensement ^ sous la redevance annuelle de six cent mille livres, » c'est-à-dire moyennant une rente à peine égale à la moitié de leurs revenus. La reine,

* L'aeeosement ou bail à cena est une varité du bail à rente.

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LES CONVOITISES DE MADAME DE LAMBALLË 30i

semblable à ces femmes spirituelles et aimables qui sont l'honneur d'un salon et causent la ruine d'une famille, ne savait que dire. « Par un reste de bonté, nous apprend Mercy, j'ai vu la reine embarrassée de décliner pareilles demandes, et il m'a paru de mon devoir de représenter à Sa Majesté tous les inconvénients de compromettre sa protection et son crédit pour un objet également injuste, absurde, et qui occasionnerait d'autant plus de clameurs qu'il s'agirait d'aggraver les finances de l'État dans un temps où elles ne suffisent pas aux besoins pressants d une guerre. »

Il n'était plus question, on le voit, de quelques louis seulement auxquels prétendaient les petits serviteurs du château, comme nous l'a appris madame Campan, en racontant la venue en France de l'empereur Joseph. Les prétentions croissaient, non pas en vue des services à rendre, mais de la richesse et de la position plus ou moins élevée de la personne qui exerçait une fonction. Ce point de vue, qui est une aberration d'esprit, a été observé par les administrateurs habiles sachant, depuis longtemps, que les meilleurs serviteurs sont les hommes modestes qui calculent la rémunération de leurs efforts sur la valeur des travaux dont ils sont chargés et non sur la satisfaction de leur vanité. Les Français commençaient à saisir vaguement cette vérité qui est en fin de compte une des causes de la tendance des peuples vers les gouvernements démocratiques, et leur bon sens, en se développant, devenait un danger nouveau pour des personnages qui n'avaient pas conscience des appréciations que faisaient naître leurs

m LIVRE DEUXIÈME.

actes. Mercy triompha facilement des convoitises de madame de Lamballe qui, depuis quelque temps, d'après ses observations^ n'était ce plus que tolérée et presque toujours avec ennui » dans la eoterie qui enveloppait Marie-Antoinette. Mais si Mercy put avec avantage^ rappeler à la reine les grâces pécuniaires ce que la princesse de Lamballe avait su se procurer, en obtenant une charge., pour le moins inutile » ce genre d'argument devait faire un tout autre effet quand il s'agirait de madame de Polignac. Réflexions de Lc duc dc Gulucs^ éloigné de la reine pour avoir

M"» de Polignac -^ o r

snr l'instabilité voulu imposor sa volonté, la froideur de cette princesse pour madame de Lamballe après des marques éclatantes d'affection, devaient donner à réfléchir à une favorite au cœur froid et calculateur comme madame de Polignac et lui faire comprendre la base fragile sur laquelle reposait sa brillante situation personnelle et celle de sa famille, a Ce qui arrive au duc de Guines, écrit Mercy à Timpératrice, au mois de décembre 1779, pourrait bien avoir porté la comtesse de Polignac à méditer sur l'instabilité de la faveur*. • mais soit par l'effet de pajreilles réflexions, soit parce que ladite comtesse a lieu d'être alarmée sur sa santé, je vois que depuis peu elle est extraordinairement occupée à profiter du moment pour assurer uoe grande fortune à sa famille. ]f> M- de Polignac Le duc do Viltcv^y ayant, par raison de santé, àeV9Cf^ot!%ur demandé comme suruivancier dans sa charge de ditt^mmo. capitaine des gardes du corps, le duc de Lorges, fils du duc de Givrae, madame de Polignac sollicita cet emploi pour son futur gendre, le comte de Graflft*

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LES GONVOITlâBS DE MaDaMË DË PÔUGNAC. 303

mont, et obtint, pour ce jeune homme de vingt ans, une faveur semblable à celle qu'elle avait assurée deux ans avant à son époux » au grand chagrin de la famille de Noailles. <k Ce sera un grand dégoût pour la famille du duc de Civrac, ainsi que pour un nombre d'autres gens de cour qui étaient plus en mesure d'espérer une pareille faveur d, dit Mercy avant d*apprendre à l'impératrice que la comtesse ne prétendait rien moins que de se « procurer en pure don, un domaine du roi, de cent mille livres de rentes. On a déjà jeté les yeux, dit-il, sur une terre de la couronne située en Lorraine et qui est le comté de Bitche. La favorite a bien senti que, sans courir le risque évident de mettre ses vues intéressées a découvert, elle ne pourrait pas donner ellemême le mouvement à une demande aussi exhorbitante; ainsi il a fallu faire agir comme d'eux-mêmes les partisans, et M. le comte d'Artois s'est d'abord chargé de cette commission avec le concours de quelques affidés les plus intimes de la comtesse. Us ont de concert présenté le projet à la reine, en joignant jusqu'à l'importunité les sollicitations les plus vives. Toute prévenue que soit Sa Majesté pour sa favorite, elle a été un peu effrayée d'une idée si déraisonnable ; cependant elle a fini par l'adopter et par entrer ça discussion sur les moyens de la remplir. Ces moyens ne sont pas à beaucoup près faciles, et d'autant moins que, depuis quatre ans, on compte que toute la famille de Polignac^ sans aucun mérite envers l'État et pçu» pure faveur, s'çst déjà procurée^ tant en grandes charges qu'en autres bienfaits, pour près de cinq cent mille livres à^ r^vQUMS annuel^* ^

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Mercy et Tabbé de Vermond firent les derniers efforts pour dissuader la reine de se prêter à une pareille demande ; mais leur influence n'arrêta que peu de jours cette princesse, car un mois ne s'était pas écoulé depuis l'annonce d'un semblable dessein, que l'ambassadeur mandait à Vienne : « J'ai rendu compte à Votre Majesté des projets avides de la comtesse de Polignac, ainsi que des mesures qu'elle avait prises pour les faire réussir. Cette affaire devenue très sérieuse, a pris, dans tous ces points, la tournure que j'avais prévue. .. On ne saurait s'imaginer avec quelle importunité on s'est per^mis de presser la reine sur cet objet... Les représentations sages du directeur général des finances avaient produit leur effet ; la reine était convenue qu'il serait absurde de demander un domaine pour sa favorite, qu'il suffirait de lui donner 200,000 livres pour payer ses dettes et d'assurer, pour le mariage de sa fille, une dot de 25,000 livres de rentes perpétuelles. Quelque considérable que fut ce traitement, les Polignac n'en ont point été satisfaits; le comte deMaurepas, auquel ils sont vendus, s'est prêté à favoriser toute l'étendue de leur cupidité ; il a disposé le roi par l'abus des prétendus désirs de la reine, et en forçant, en quelque sorte, la main à cette auguste princesse. Après un enchaînement de manœuvres qu'il serait trop long et inutile de déduire ici^ il a été décidé que la comtesse de Polignac renoncerait à sa demande du comté de Bitche, mais qu'elle aurait 400,000 livres pour payer ses dettes, la promesse d'une terre de 35,000 livres de revenus et ,de 800,000 livres en argent pour la dot de sa fille. On

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