LES CONVOITISES DE MADAME DE POLIGNAC
mie pour la détruire par des remontrances directes. Le tmron de Breteuil m'a dit un bieninfmi de cette jeune dame, continue-t-elle, et a soutenu qu'il était Avantageux pour la reine d'avoir une compagne telle que la comtesse de Polignac qui lui était attachée de cœur et possédait bien des ressources pour contribuer aux satisfactions de sa souveraine. J'en suis convenu... mais je lui ai fait sentir que je me doutais s'il convenait de leur prodiguer des largesses trop fortes en argent. Le baron ne trouve rien de trop dans celles que la reine voudrait procurer à la comtesse de Polignac, ni de trop onéreux pour un roi de France. J'ai trouvé à propos de ne plus lui répliquer. »
 ce moment le public était aussi instruit que l'ambassadeur des projets de la reine, car, presqu'à la date de ces lettres échangées entre Vienne et Paris, un nouvelliste écrivait, avec une pointe d'ironie, à propos du séjour de la Cour à la Muette : « Tout le monde est émerveillé de l'amitié excessive de la reine pour madame Jules : depuis sa couche elle ne cesse d'y aller chaque jour. Sa Majesté veut, dit-on, que le nouveau-né soit fait duc et il est question de lui faire acheter, par le roi, le duché de la Meilleraye, que vend la duchesse de Mazarin. Toute la famille des Polignac s'empresse de profiter de ce rayon de faveur. Si le cœur de la reine est susceptible des sentiments auxquels on veut que les souverains se livrent peu, on sait qu'il y a aussi l'inconstance, jointe! trop ordinairement à la sensibilité extrême, et l'exemple de madame de' Lamballe doit effrayer. »
Mercy écrivait, le 1 8 novembre, à l'impératrice que
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Mort de la reine s'attachait tous les jours davantage à sa société S9 ooTembrim particulière qui devenait de plus en plus celle du roi, il lui signalait le jeu énorme qui avaiteu lieu à Marly, les friponneries scandaleuses qui s'étaient passées dans ce séjour, puis répondant aux préoccupations de rimpératrice, en prévision de la mort de Maurepas, lui parlait a de la réputation de talent et de ca*. pacité de rarchevêque de Toulouse i». Hais cette lettre ne devait pas être lue par Marie-Thérèse. La grande souveraine, qui n'avait manqué à aucun de ses devoirs comme épouse, comme mère et comme reine, s'était éteinte au milieu de ses enfants le 24 novembre. Marie-Antoinette fondant en larmes, écrivit à l'empereur Joseph : « Oh ! mon frère, oh ! mon ami, il ne me reste donc que vous dans un pays qui m'est et me sera toujours cher... 11 ne me reste qu*à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi. » Complète erreur, ce n'était pas seulement une mère que perdait Marie-Antoinette, c'était un con* seiller éclairé, c'était le seul conseiller qui pouvait se faire parfois écouter. Que devenait Mercy, que devenait Yermond^ malgré leur dévouement sincère et désintéressé, sans l'appui de l'impératrice? Que pouvaient leurs avis, que pouvaient désormais leurs conseils auprès de cette jeune femme qui a soumis son époux à ses caprices au point que Louis XYI écrit à la comtesse de Polignac, quand elle est absente, pour la rappeler auprès de son amie et qu'au grand étonnement des courtisans il a été lui rendre visite à Paris? Faveur inouïe « qui a fait, dit Mercy, plus de sensation dans le public
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MORT DE MARIë-THÉBëSE. 309
que toutes les grâces utiles accordées à la favorite*. »
Si un étranger, abordant pour la première fois en France et jugeant de la nation par les hommes chargés de la gouverner a pu écrire : « La ruine complète de toute moralité y est un fait roalhejireusement incontestable et incontesté.*, aucune figure de rhétorique, aucune recherche d'expression, ne sauraient en donner une idée, i> comment le ministre des finances auquel s'adressaient toutes les convoitises pour obtenir satisfaction ne s'en serait-il pas aperçu? Aussi Necker n'avait-il pas tardé à comprendre comme Turgot, qu'il ne pouvait pas rester isolé au milieu du monde de la cour et qu'il avait besoin d'un point d'appui pour résister aux désordres et aux délapidations qui annulaient toutes les ressources d'un grand pays, écrasaient le travail
* Àrehivêi natûmalei, OM22, 30 juillet, 14 octobre, 23 décembre 1780. 0*129, novembre 1780. 0*234, 4 et 22 octobre 1778. 0'234, 14 mars, 9, 11 et 18 avril, 8 et 18 jain, 19 août, 2 septembre, 19 octobre, 22 et 26 décembre 1779. 0'236, 23 janvier, 13 février, !•' avril, 26 mai, 1*' et 16 juin, 23 et 30 juillet, 12 août. — Lettret du ministre de la maison du roi à Sainte-Foy, des 6 et 22 septembre, 14 octobre, 21, 23 et 24 novembre, 17 et 31 décembre 1780. 0*237, 6 janvier, 25 mari, 1» et 12 avril 1781. OUIO, 11 mars, 16 et 23 mai, 19 juin, 13 juillet, 1-' août, 14 décembre 1778. 0*420, 13 29 janvier, 7 juin 1779. 0*421, 10 juin 1780. 0*422, 4 et 13 avril nSi. — Archives nationales, 0^236 : Brevet de duc sous le nom de duc de Guicbe au comte de Grammont, capitaine des gardes du corps en survivance du duc de Villeroy, 15 avril 1780. Le comte Jules de Pollgnac créé duc héréditaire, 20 septembre 1780. 0U21. Le ministre de la maison du roi au duc de Polignac, 22 septembre 1780. — Correspandanee secrète de Marie-Thérèse et de Mercy, tome III, p. 222, 223, 237, 255 et suiv.; 321, 350, 356, 368, ^70 379, 381, 391, 392, 396, 411 etsuiv., 415 et suiv,, 421 et suiv., 429, 431, et suiv., 437 et suiv., 440, 487 et suiv., 490. — Mémoires secrets pour servir à ^histoire des lettres, tomeXY, p. 136 et suiv. 152, 161, 163; tome XVI, p. 101.
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3i() LIVRE DEUXIÈME.
producteur et entretenaient une irritation dans les esprits dont l'expression devenait chaque jout de plus en plus vive. Turgot, nïesurant avec le coup d*œil du génie, la force des obstacles qu'il avait à briser avait songé à un appel effectif de la nation entière. Il ne pouvait en être de même de Necker. Arrivé au pouvoir par l'appui de grands seigneurs qui ne blâmaient les abus et ne les combattaient la plupart du temps que lorsqu'ils ne profitaient pas aux leurs ou à leurs amis, Necker avait longtemps vécu, comme cela arrive si souvent à des gens affectueux, dans une e&pèce d'atmosphère de bonnes intentions, confondant ses désirs avec des réalités effectives, quand les nécessités de Tadministration lui révélèrent les abus qui dévoraient les provinces. Livrées sans défense à l'audace des intérêts particuliers, les populations éloignées des villes les voyaient se se multiplier et s'accroître, sans avoir la chance d'obtenir, de certains corps de l'État, une protection qu'ils accordaient parfois aux simples citoyens dans les résistances qu'entraînaient leurs intérêts personnels. Necker crut, à l'exemple de tous les ministres qui s'étaient succédé depuis l'ouverture du règne, devoir résumer ses observations dans un mémoire destiné au roi seul. Ce mémoire, qui devait être publié en 1781, par suite d'un abus de confiance, fut donné â Louis XVI en 1778.
Il débute en affirmant qu'une foule de plaintes «e sont toujours élevées contre la forme d'administration employée dans les provinces, qu'elles se n&" nouvellent plus que jamais et qu'on ne pourrait y rester indifférent sans avoir peut-être de justes re-
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