ES RÉFORMES DU DUC DE GHOISEUL
appris à Necker les souffrances populaires, ne lui avait fait ni apercevoir ni craindre la force que donne le désespoir à une nation. 11 pensait avoir le temps d adoucir peu à peu les misères qu'il voyait et en cela il était tout Topposé de Turgot qui voulait en attaquer la source et disait qu'il fallait détruire le mal et non le perfectionner * . ,
Une œuvre singulière du duc de Choiseul, datant de cette époque, fait ressortir l'impossibilité où se trouvent la plupart des hommes, de briser, à un certain âge^ les habitudes de vie et d'esprit qui ont circonscrit jusqu'alors leur intelligence. Dans un projet de finance et de liquidation des dettes de l'État écrit en 1777, Choiseul opère en imagination sur le peuple comme s'il se trouvait devant une matière inerte, comme s'il s'agissait d'un troupeau de bétail. Après avoir donné comme conseil au roi de livrer tous les revenus delà France à gérer à deux compagnies de fer-
CoDcepiioBs du
dac de Choiseul
en fait de
fioances; ses
plaos pour des
assemblées
provinciales,
^ Mémorial de Gouverneur Morris, traduit par Auguste Gandais, Paris, 1842, in -8% tome II, p. 12 et gnis.^ Mémoires secrets pour servir à Vhistoire des lettres, tome XVI, p. 27; tome XVII, p, 128, 133, 136, 141, 148, 152, 153, 154, 184, 323; tome XVHI, p. 15. — Correspondance littéraire et philosophique y par Grimm et Diderot. Paris, 1812, iQ<^, p. 80. Il y a là une erreur de date ; on parle, en 1777, de l'organisation de l'administration provinciale du Berry, qui n'a eu lieu que l'année suivante. — Mémoires de Weher (collection Berviile et Barrière), 1822, in-8, tome I, p. 142. — Œuvras d'Alexis de ToequevillCy mélanges et fragments historiques. Paris, 1865, in-8, p. 165. — De l'administration des finances de France, par M. Necker, 1785, in-12, tome 11, p. 160. — Mémoires secrets à'Àugeardy p. 108 et suiv., 110. — Œuvres de Condoreet, tome V, p. 123, 151. — Collection complète de tous les ouvrages pour et contre Necker, Utrechi, 1781, in-d, tome III, p. 1 et suiv. — Recueil général des an^ ciennes lois françaises, par Isambert et Jourdan» tome XXV, p. 354 et suiv.; XXVI, p. 85, 118. — Œuvres complètes de la baronne de Staël, 1820, in-8, tome XII, p. U.— Œuvres de Turgot, Paris, 1844, grand in-8, tome II, p. 502 et suiv.. 515, 525, 540, 547, 549.
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miers généraux et de receveurs généraux, se recrutant elles-mêmes pendant cinquante ans, il écrit cette phrase singulière : oc Deux cent six millions sont une furieuse somme à tirer des peuples, quand on leur a tiré déjà deux cents millions sur leur consommation, et que Ton n'a d'espérance de diminution que dans cinquante ans : cepejidant je crois que nous sommes dans la situation où il faut que le roi et son ministère ait le courage d'ordonner la peine. » Dans ce budget qui ne devait pas varier et pour lequel le roi s*engageaità n'envoyer, dans ce long espace de temps, ce aucun édit d'imposition ni d'emprunt à ses parlements », les revenus destinés au roi et â sa famille, restaient aussi immuables que les charges de la nation, c'est-à-dire s'élevaient toujours à trente-deux millions. Choiseul fait allusion à la connaissance qu'il a d'un projet tendant à mettre toutes les provinces en pays d'État, mais, en l'approuvant, il croit que le moment n'est pas propice à cette réforme et pense qu'il faut beaucoup réfléchir à une organisation pareille pour qu'elle n'entraîne pas des troubles dans le royaume et ne nuise point à la prérogative de la couronne. y>
Quand l'année suivante il juge l'organisation provinciale du Bérry, c'est la prérogative royale qui fixe son attention principale, et les fonctions des commissaires du roi ne paraisent pas assez bien définies, a Dans l'état monarchique tel qu'il existe, le royaume est la terre seigneuriale de la couronne, comme les terres des particuliers sont la seigneurie des fiefs et des biens ressortissant à leur justice... le premier devoir du roi est d'avoir un œil attentif sur sa pro-
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